
Dans sa dernière lettre adressée aux journalistes à l'occasion de la célébration de leur Journée nationale, où le président Bouteflika appelle de ses v?ux à la mise en place d'une autorité de régulation de la presse écrite, se cachent des visées abstraites. A décortiquer son message, l'autorité en question n'est qu'un autre outil de répression ; pour preuve, sa phrase on ne peut plus ambiguë : «Un espace pour établir davantage de compréhension entre le pouvoir et la presse écrite.» Une confirmation claire des visées de cette autorité qui ne sont autres que d'écraser toute forme d'opposition et d'expression libre.Ce n'est pas tout, le Président s'est montré dur envers la presse électronique qu'il qualifie d'ailleurs de «danger». Pour Bouteflika, il n'est donc pas «politiquement correct» qu'un simple citoyen devienne un médiateur de plein droit, qu'il exprime ses opinions librement sans intermédiaire dressé pour le surveiller et le contrôler, sans les canaux traditionnels de censure, enfin sur internet sans recours au pare-feu. Dans la même lettre, le Président appelle la presse nationale à transmettre «la vérité, rien que la vérité», autrement dit, dire la vérité qui arrange les desseins du pouvoir, la vérité qui découle d'une seule voix, la sienne.Pour nos gouvernants, le journalisme est synonyme de propagande, sa raison d'être n'est autre que de servir leurs intérêts et d'obéir à leurs ordres. La presse est à la fois considérée comme l'émanation d'un seul courant politique, le vecteur d'une seule idéologie et enfin la voix des intellectuels organiques. Le pouvoir ne peut pas concevoir ni admettre que la presse est un pouvoir indépendant, comme devrait l'être la justice, et constitue en définitive un contre-pouvoir.La presse est l'un des mécanismes de la construction des opinions publiques, le réceptacle de leur expression ; elle exerce, de par son rôle social, un contrôle de l'action gouvernementale. De ce fait, elle doit jouir d'une immunité pour son action indépendante, un protection de son expression libre et la souveraineté de sa parole, loin de toute forme de répression qui émanerait des gouvernants, car ils ne sont en vérité que des fonctionnaires au service de la nation et non des dieux à aduler. Puisqu'il s'agit ici de vérité, disons-le clairement : certains journaux, dont celui entre vos mains, subissent des pressions, traversent une situation difficile et affrontent une mort programmée par le pouvoir.La presse, en Algérie, doit choisir entre son existence en concédant sa liberté de ton et de critique, d'un côté, de l'autre, sa liberté d'expression. Et dans ce cas, résister au chantage par la publicité jusqu'à l'épuisement puis simplement l'extinction. N'est-ce pas une vérité 'Les singes ont été tellement sages de par le temps qu'ils n'entendaient pas, ils ne voyaient pas et surtout ne parlaient pas, jusqu'au jour où ils décidèrent de rompre le silence, de faire leur mue ; ils se détachèrent de leur sagesse. Ainsi, au Maroc ils sont devenus des acrobates, en Inde des dieux? En Algérie ? sauf ceux de Béjaïa et de Blida ? ils sont considérés comme des chiens. Aboyez, aboyez?
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Anouar Rahmani
Source : www.elwatan.com