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Le jardin Sidi Yakoub, ou le bois sacré aux mille et une histoires



Lorsque nous pénétrons pour la première fois dans le jardin Sidi Yakoub, l'on est d'emblée frappé par l'ancienneté du lieu où des oliviers sauvages aux formes mystérieuses semblent vous accueillir âprement en raison de leur antériorité temporelle, mais leur cordialité légendaire vous plonge dans une douce béatitude. Il laisse en vous cette sensation de bien-être au point où vous n'avez plus envie de quitter l'endroit.Le jardin Sidi Yakoub, dénommé officiellement jardin Mohammed V, est appelé tendrement par les Blidéens bois sacré. Un endroit qu'on lit comme un livre d'histoire tant il est rempli de souvenirs et autres chroniques, faisant de cet emplacement un havre de paix et que les ans avaient chargé de rappels tant idylliques que spirituels. Et ce sont notamment les personnes à la recherche d'échappées rustiques qui le fréquentent. C'est peut-être pour retrouver ce lien dissimulé avec la nature mais c'est surtout pour s'accointer avec le mysticisme qui occupe le lieu qu'elles y vont.
En réalité, dans ce jardin, un illustre homme pieux, décédé en odeur de sainteté en 1521, dort de son sommeil éternel. Il s'agit du saint Sidi Yakoub Echarif dont la magnifique qoubba ou mausolée ajoute au décor ce zeste d'extase et d'émerveillement pour un endroit déjà séculaire rien que par son apparence.
L'on dit que Sidi Yakoub serait venu d'Andalousie avec sa famille après avoir quitté Cordoue en 1499 pour s'installer quelque temps à Marrakech au Maroc.
Dans cet espace qui deviendra plus tard le jardin qui porte son nom, il avait dressé ses tentes pour un repos de quelques jours avant de reprendre son chemin vers La Mecque pour accomplir les pieuses cérémonies du pèlerinage et satisfaire ainsi à l'obligation religieuse.
Pour les besoins de son bivouac, Sidi Yakoub avait fiché par terre des pieux qu'il laissa en l'état après avoir déposé ses tentes tout en se disant qu'il les utilisera après son retour des lieux saints de l'islam. Mais qu'elle ne fut pas sa surprise lorsqu'en lieu et place des piquets, il verra s'élever de grands oliviers sauvages à telle enseigne qu'il ne reconnut plus l'endroit. Décidément, les piquets se sont transformés en oliviers ou zeboudj tels qu'on les appelle dans la région. Toutefois, fatigué par le voyage d'autant qu'il avait atteint un âge avancé, le saint homme tomba malade et rendit l'âme sous la tente qu'il a dressée.
Reconnaissant sa sainteté, on éleva sur sa sépulture un mausolée digne de sa pureté de l'âme, celle-là même qui lui a valu son agrément auprès du Tout-Puissant. Et depuis, les Blidéens venaient en ziara, tous les samedis, se recueillir sur sa tombe pour rendre hommage à cet illustre homme dont on dit qu'il aurait été le maître de l'autre saint homme et non moins fondateur de la ville de Blida, le saint tutélaire Sidi Ahmed El Kebir. Il n'y pas si longtemps, les senteurs du benjoin et de l'encens parfumaient encore la place, chose qu'on ne voit plus de nos jours depuis la fermeture du mausolée. Il est aussi intéressant de savoir que des tentatives de couper les oliviers sauvages par les militaires français furent vaines.
Les traces des coups de haches sont encore visibles. C'est la baraka de Sidi Yakoub, affirment les anciens, qui a empêché les soldats d'accomplir cet abominable forfait, d'où l'appellation du lieu par le bois sacré. Et justement, c'est l'ombrage de ces arbres, ajouté à celui des pins d'Alep, qui confèrent au jardin Sidi Yakoub cette physionomie quelque peu, baroque voire mystérieuse.
Il n'est pas sans rappeler enfin qu'un édifice semblable dans son architecture au mausolée de Sidi Yakoub s'y trouve à l'entrée du jardin. C'était pour accueillir, au mois de septembre 1860, Napoléon III lors de sa visite à Blida qu'il avait été érigé. Telle est l'histoire de ce bois sacré aux mille et un contes.
M. Belarbi
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