Blida - A la une

Le caroubier et le baobab



C'est l'histoire d'un caroubier implanté à profusion dans l'un des plus célèbres hôpitaux psychiatriques d'Algérie et d'Afrique. Il s'agit de l'hôpital où a exercé Frantz Fanon, médecin, psychiatre, romancier, révolutionnaire et humaniste. De sa lointaine Martinique, il a ramené les effluves des Antilles, et qui, jusqu'à nos jours, enivrent tous ceux qui déambulent dans les allées ombragées de l'ancien HPB (Hôpital psychiatrique de Blida). Même si l'ombre noire obscure de l'Etranger effleure les nostalgiques de la colonisation française, il ne reste plus rien de cette époque où les Algériens y étaient enfermés par fournées entières sous le prétexte de démence. Le passage de Fanon et de son infirmier, le chanteur et dramaturge Abderrahmane Aziz, par cet hôpital, y a ramené et incrusté l'humain, l'humanisme et la paix de l'âme. Bien des années plus tard, les caroubiers de l'allée du service psychiatrie de l'hôpital ont vu arriver un autre ‘'guérisseur'' des maladies de la tête et du cerveau, feu le Pr. Ridouh. Une autre légende parmi les légendes de cet HPB de Blida, où les fous ne sont pas ceux que l'on côtoie à l'ombre d'un bosquet de mimosas, ou d'un caroubier trop généreux pour disséminer sur toutes les allées ses fruits mûrs. Et cela a fonctionné durant de longues, longues années, avec l'arrivée et le traitement de tous les fous et ceux prétendument considérés comme tels de tout le pays, jusqu'au jour où cet ancien asile d'aliénés mentaux, avec ses villas cossues construites dans les années 1930 pour les personnels soignants, a été érigé en CHU. C'est la consécration, une grande infrastructure hospitalière, avec beaucoup de spécialités, de la cardiologie à l'oncologie, la diabétologie, la chirurgie et plein d'autres spécialités. Les caroubiers de l'allée des «zinzins», pourtant, ne sont ni fiers ni heureux de ce changement radical de leur hôpital, qui a déjà soufflé ses 85 ans, ayant été ouvert en 1933. La raison en est toute simple: les gens pauvres, les gens de la moyenne, les gens d'autrefois, bons et pleins de partage sont partis. Les médecins, qui supportaient tous ces fous malgré eux, tous ces faux déments amenés là parce qu'ils n'avaient pas où aller, ne sont plus les mêmes. Les gens qui déambulent à longueur de journée, vêtus de blanc ou non, ont changé. Ils ne se plient plus en deux pour ramasser quelques caroubes pour les déguster, ils ont l'esprit, sain certes, mais ailleurs. Il n'y a plus de fous qui crient la nuit et vous glacent la sève, ou demandent de leur grande cage où ils étaient enfermés, aux passants : «Donne-moi 1 dinar, donne-moi 1 dinar STP, pour boire un café» ! Les pauvres caroubiers de l'hôpital Frantz Fanon commencent d'ailleurs à se préparer pour une longue période de migration vers le Sud, au pays des baobabs. Là où les gens apprécient la présence réconfortante de l'arbre ‘'à palabre'', la guérison par le partage, l'amour du prochain, le réconfort. Là-bas au pays des baobabs, pensent les caroubiers de l'hôpital Frantz Fanon, il n'y a pas vraiment de gens malades, il n'y a que des gens qui aspirent à un moment de douceur, de quiétude, de partage, à l'ombre protectrice d'un arbre généreux, qui offre le gîte et le couvert à une faune aussi diverse que la richesse de la savane. Le caroubier d'Algérie, déclassé, oublié et abandonné au profit d'autres plantes médicinales pas tellement ‘'nobles'', veut lui aussi partir vivre sa vie ailleurs. De préférence au pays des baobabs.
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