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Lalla Zouleikha, la rebelle indomptée du Dahra



Lalla Zouleikha, la rebelle indomptée du Dahra
Par Farouk Zahi«Détermination et colère sont décelables dans ce regard de femme,au tempérament de feu, que le destin a propulsée un jour sur lesdevants de la scène et dont la trajectoire mérite d'être connue»(Leila Boukli-journaliste)Cette grande dame du journalisme ne croyait pas si bien dire en affirmant que la trajectoire de Yamina Oudaî, dite Zouleikha, mérite d'être connue. Ce vœu est présentement exaucé à travers la plume déliée de Kamel Bouchama qu'il n'est nul besoin de présenter à l'aimable lecteur. Prolifique, il est à son vingt-septième ouvrage. Il ratisse large, de l'histoire ancienne à la contemporaine, aux grands hommes de la nation et”? femmes et dont justement le récit ou plutôt l'épopée de Yamina Echaib, épouse Oudaî, cette bourgeoise bien née, qui a choisi le martyre pour que ses coreligionnaires vivent dans la dignité. Son père, riche négociant lettré, un mercanti dans sa connotation favorable, qui faisait partie des notables de Marengo (l'actuelle Hadjout), lui donna une éducation digne des filles des colons.Ces coups de gueule contre l'injustice, qu'elle soit administrative ou scolaire, ont fait date dans les chroniques d'alors. En septembre 1954, au lendemain du séisme qui a ravagé Orléansville (actuelle Chlef), le sous-préfet de l'arrondissement subissait une volée de bois vert de la part de Yamina qui s'insurgeait de sa partialité en matière de distribution des secours et des aides alimentaires en défaveur des autochtones.A l'école déjà , sa directrice, femme de colon, subissait sa remontrance pour le cas avéré d'un racisme primaire pratiqué sur une petite indigène par une instructrice pied-noire.A l'âge adulte et mariée à El Hadj Larbi Oudaî, nourri aux valeurs du mouvement national bouillonnant après les pogroms de l'est du pays de 1945, elle s'inscrit résolument dans la lutte armée déclenchée le 1er novembre 1954 pour l'émancipation nationale. Son fils aîné, Lahbib, incorporé dans les rangs de l'armée coloniale dans la cadre du service militaire obligatoire, démobilisé à la suite de la débâcle de Dien Bien Phu et dont il en revient blessé, exprime le vœu de se marier.Cette mère courage suggère à son fils de rejoindre plutôt ses frères au maquis avant de songer au mariage ; sa belle cousine l'attendra jusqu'à l'indépendance s'il le faut. C'est ainsi qu'il se retrouve dans les rangs de l'ALN.L'homme à la Vespa verte, l'intrépide fidaà? de Blida, n'était autre que Lahbib ; il sera la cible privilégiée du commandement militaire français.Arrêté dans un traquenard, il sera exécuté sommairement, en janvier 1957, dans une veule pratique appelée lâchement «corvée de bois» sur la route du mont Chréa. Son père El Hadj Larbi l'aura précédé dans le martyre, tout juste deux mois avant.Lalla Zouleikha, et en dépit de la perte de ces deux êtres chers, n'est pas moins convaincue de l'issue prochaine du conflit. Habituée aux descentes impromptues des sbires du commissaire Costes et du lieutenant-colonel Gérard Le Cointe, elle déjouait à chaque fois la stratégie mise en place pour la prendre la main dans le sac. Responsable d'un réseau de soutien, elle dirigeait elle-même une cellule logistique et de renseignement dans une cache chez la vénérable lalla Lbyia, au cœur même de La Casbah de Cherchell. Victime d'une dénonciation, elle sera contrainte de vite quitter les lieux pour rejoindre le maquis des Béni-Menaceur, fief de ses ancêtres hadjoutis. N'était-ce pas là que Abdelmalek Sahraoui El Berkani tint la dragée haute aux troupes du sinistre Pélissier appelés d'urgence pour contenir la révolte des Béni-Menaceur ' Elle trouva refuge parmi ses frères de combat dans ces expugnables monts du Dahra rendus célèbres par les enfumades génocidaires du 18 juin 1845 des Ouled Riah et du 8 août 1845 des Ouled Sbih, pratiquées respectivement sur les autochtones par les colonels Pélissier et de Saint Arnaud, inspirés par les précédents massacres perpétrés par le colonel Cavaignac auquel le général Bugeaud fera référence en donnant ses ordres. «La peau d'un seul de mes tambours avait plus de prix que la vie de tous ces misérables.» Telle sera la phrase que retiendra l'Histoire de la bouche même de Pélissier après son innommable forfait.En rejoignant le maquis, Yamina Oudaî fait vœu de foi pour une sublime révolution sachant d'avance qu'elle sera, elle-même, vouée au martyre. D'ailleurs, l'abandon de Khadidja, Mohamed et Abdelhamid, ses tout jeunes enfants, n'est-il pas un gage de sacrifice ' Perdre un mari affectueux et un fils chéri ne suffisait pas à Lalla Zouleikha pour réaffirmer son attachement à une cause participant du sacerdoce, elle abandonne ce qui lui restait de plus cher au monde, sa progéniture, qu'elle confie aux bons soins du voisinage. Faite prisonnière lors d'un ratissage le 15 octobre 1957, elle est ferrée à une auto-mitrailleuse blindée, image subliminale adressée à la plèbe tentée de se révolter encore. Elle mourra sous la torture dix jours après son arrestation. Cette femme du terroir algérien qui a hanté les nuits des officiers supérieurs d'une armada du pacte Atlantique ne pouvait être présentée que comme trophée de guerre. Il ne manquait à ces soudards que sa décapitation et l'empalement de sa tête par une baïonnette. Elle déclamera à ces coreligionnaires amassés de force, un sermon-testament : «Mes frères, soyez témoins de la faiblesse de l'armée coloniale qui lance ses soldats armés jusqu'aux dents contre une femme. Ne vous affolez pas. Continuez votre combat jusqu'au jour où flottera notre drapeau national sur tous les frontons de nos villes et villages. Montez au maquis ! Libérez le pays ! Tahya El Djazair !»Yamina Oudaî, cette dame de feu, sera lâchement assassinée et fera partie des «disparus» ; et pour cause, le lieu de son inhumation restera pour longtemps inconnu. Oui, Lalla Zouleikha, tu as vu juste, ton combat libérateur nous a permis de vivre libres. Nous cueillons les fruits de ton sacrifice et de celui de tes compagnons car vous avez semé la bonne graine. Khadidja, Mohamed et Abdelhamid, tes enfants ont assumé de hautes fonctions dans ce jeune Etat indépendant dont tu as toujours rêvé. Tu rends ainsi à titre posthume la monnaie de leur pièce aux Baretaud, Zanetacci, Roseau, Di Mayo, Moncassi, Papalardo, Gomez et Lucido, ces filles et fils de colons qui te traitaient comme une apatride. L'on aura remarqué la consonance gauloise comme aime à le ressasser un ancien président de la vieillotte Ve République française.Ironie du sort ou sarcasme de l'histoire, Kamel Bouchama a choisi pour présenter au public son ouvrage préfacé par l'écrivain et chercheur en histoire A. Belkhodja intitulé : Lalla Zouleikha Oudaî, la mère des résistants un lieu mythique en l'hôtel Césarée de Cherchell. Comme une vigie de l'histoire, son somptueux salon n'a-t-il pas reçu et en toutes occasions le lieutenant-colonel Le Cointe, le commissaire Costes et les tortionnaires de tout acabit ' Cette cérémonie organisée à la veille de la commémoration du 1er Novembre 1954 de cette année regroupait des hommes et des femmes de lettres, d'anciens ministres, à l'instar du moudjahid Boualem Benhamouda, Nadia Labidi, des intellectuels tels que Mme Ahmiss, les Prs Y. Mentalechta, Y. Grar et Y. Ould Moussa, des moudjahidine et moudjahidate, Annie Steiner, T. Gaid, A. Benadouda et M.Ghafir dit Moh Clichy, des journalistes, notamment Leila Boukli, des officiers supérieurs de l'Académie militaire interarmes, le Président Houari Boumediène et enfin d'anciennes coqueluches du football national. Bétrouni et Bachi tenaient à être présents pour honorer les footballeurs de l'équipe locale que Kamel Bouchama glorifie dans un opuscule intitulé : Le Mouloudia de Cherchell-Ecole de patriotisme-creuset de martyrs. Cette œuvre, préfacée par Rachid Makhloufi, restitue l'épopée glorieuse de cette équipe de football dont les membres ont tous rejoint le maquis pour ne plus revenir parmi les leurs. L'auteur expliquera d'ailleurs la relation avec Lalla Zoulikha en disant : «En plus du lien commun qui est la Révolution de novembre, l'un d'eux, en l'occurrence le chahid Abderrahmane Youcef-Khodja, blessé à mort, exhalait son dernier souffle dans les bras ensanglantés de Lalla Zoulika.» Sous le charme d'une présentation, tout au moins singulière, l'assistance, religieusement silencieuse suivait l'exposé sur data show des deux ouvrages richement agrémentés de photos d'époque, reliques historiques de valeur inestimable.Et c'est probablement pour la première fois qu'un auteur offre à son public des exemplaires préalablement dédicacés faisant fi de l'attrait matériel d'une vente-dédicace. Ne sont capables de gestes augustes que les âmes bien nées.
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