Il se passe de drôles de choses à Saïda et à Nâama. Villes où un correspondant de presse vient d'être mis en prison avec cette facilité aujourd'hui habituelle à la justice algérienne. S'il est vrai qu'un reporter, quel qu'il soit, n'est pas au-dessus de la loi, la justice, elle, est loin d'être au-dessus de tout soupçon. C'est simple : Bachir Larabi, collaborateur d'El Khabar, a rapporté des faits troublants liés à la gestion d'un dossier foncier par le wali de Nâama. Au lieu d'enquêter sur l'affaire, qui fait notoriété dans la région, le procureur de la République poursuit le journaliste et celui qui l'a informé. Le représentant du parquet a sûrement oublié d'engager une action contre les personnes qui ont fait des photocopies des documents étayant l'écrit de presse, aidé à envoyer le fax et servi le café lors de la rencontre du journaliste avec sa source. Le « crime » n'est-il pas collectif, à suivre la logique de la condamnation prononcée par la Cour ' On peut l'avancer, sans crainte, la cour de Saïda, dont dépend le tribunal de Nâama, vient d'ouvrir la voie à une dérive qui ne résiste pas à la raison du droit. Désormais, si l'acte fait jurisprudence, seront mis en prison les journalistes et ceux qui les informent. Et quand on connaît le caractère extensible de la diffamation dans les pratiques judiciaires algériennes, les victimes seront nombreuses. Car, il s'agit bien d'une évolution-régression inquiétante dans la lecture et l'interprétation des dispositions pénales. Dispositions déjà lourdes et en retard par rapport au monde d'aujourd'hui. Le tribunal n'a pas exigé une enquête sur les faits dévoilés par le journaliste. Qu'un wali fasse ce qu'il veut du patrimoine foncier sous sa responsabilité sans troubler le sommeil d'un procureur de la République, censé défendre les intérêts de la société, n'est en soi pas étonnant. La mauvaise habitude en Algérie est que le parquet ne prend jamais l'initiative d'ouvrir une information sur des faits de corruption ou de mauvaise gestion imputables à des responsables locaux ou nationaux. Et quand, par chance, des instructions sont engagées, l'oubli et l'usure deviennent des armes redoutables, efficaces parfois. Il n'y a qu'à citer le cas du wali de Blida poursuivi en justice depuis des mois mais dont le procès n'a pas encore eu lieu. Dans cette affaire, l'Etat a eu une curieuse réaction : Blida est, depuis presque une année, sans wali. Sanction ' L'opinion nationale ne sait pas encore qui a cette puissance de demander des comptes aux walis. Ceux-ci dressent-ils des bilans au président de la République qui les nomme sans que les critères ne soient publiquement connus ' Au ministre de l'Intérieur ' Comment l'argent des wilayas est dépensé et qui contrôle les projets ' Il faut bien qu'un jour les lumières soient braquées sur les petites fortunes qui s'amassent dans le pays profond à l'ombre de l'impunité.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Faycal Metaoui
Source : www.elwatan.com