Longtemps épargnée par toute opération ou agissement pouvant entacher son image ou prêter à certaines interprétations, l'ANP se trouve aujourd'hui face à une situation inédite. Des arrestations frappent depuis un moment des officiers de haut rang, d'autres pourraient l'être prochainement, les évènements s'accélèrent'abla Chérif - Alger (le Soir) - Ces arrestations de généraux s'accélèrent à une cadence à laquelle peu d'observateurs s'attendaient, laissant peu de place aux lectures pour l'instant en raison du rythme auquel s'opère le processus. Une certitude, cependant, la situation n'est plus celle qui prévalait auparavant.
La première arrestation d'un officier de haut rang a, en effet, eu lieu en 1993. Les Algériens apprennent alors avec étonnement la mise aux arrêts du général-major Mustapha Beloucif et sa condamnation à vingt ans de prison par le tribunal militaire de Blida. Accusé de détournement de fonds, Beloucif retrouve toutefois la liberté sur décision de Liamine Zeroual. Ce dernier se dit soucieux de l'image que peut renvoyer l'ANP en incarcérant ses éléments. Durant son passage à la tête du ministère de la Défense, il a préféré mettre au placard le dossier d'un haut gradé qui lui avait été présenté en lançant une phrase qui en disait long : «Quelle image allons-nous projeter '»
La donne change avec l'arrivée de Abdelaziz Bouteflika. Le nouveau Président, qui veut s'attirer la sympathie des Algériens, laisse croire qu'il ouvre un front avec les généraux les plus représentatifs mais se garde d'agir, ou de laisser faire avant que son pouvoir ne soit bien assis. C'est durant son quatrième mandat que deux généraux sont arrêtés. Le 27 août 2015, l'ancien patron de la lutte antiterroriste, Abdelkader Aït Ouarabi, plus connu sous le nom de Hassan, est interpellé puis écroué avant d'être jugé et condamné à cinq ans de prison pour «destruction de documents» et «infraction aux consignes».
L'ancien patron du DRS, Mohamed Mediene, sous les ordres duquel il avait servi et écarté de ses fonctions quelques mois auparavant, témoignait dans une lettre publique des actions menées en faveur de la Nation par son ancien collaborateur.
Durant la même année, un autre général est arrêté. Suite à des déclarations hostiles au Président Bouteflika et son frère Saïd, Hocine Benhadid est à son tour interpellé (fin septembre 2015) et mis sous mandat de dépôt. En juillet, il est mis sous liberté provisoire pour des raisons de santé.
La situation se tasse, puis rebondit de manière spectaculaire trois ans plus tard. Cette fois l'opération touche cinq généraux-majors soupçonnés «d'enrichissement illicite» et «abus de fonction». Le 14 octobre 2018, l'ex-directeur du MDN, les ex-chefs des première et deuxième Régions militaires, l'ancien commandant de la quatrième Région militaire, et l'ancien commandant de la Gendarmerie nationale sont mis aux arrêts. Leurs documents de voyage leur ont été auparavant confisqués. Ils sont remis en liberté un mois après, sur décision de Bouteflika, annoncent à ce moment des sources bien informées.
Le répit de certains d'entre eux n'est que de courte durée. Les noms de Saïd Bey et Habib Chentouf, respectivement anciens patrons des deuxième et quatrième Régions militaires, réapparaissent lors de la diffusion d'un communiqué du tribunal militaire de Blida annonçant que le premier avait fait l'objet d'une arrestation et qu'un mandat d'arrêt avait été lancé contre le second. Cette structure, jusque-là peu connue pour dévoiler la teneur de ses activités judiciaires, confirme dans le même texte ce que l'opinion soupçonnait depuis un moment : les généraux ciblés font y compris l'objet d'enquêtes spectaculaires qui ont abouti, dans le cas des deux concernés, à la découverte d'un plan de conspiration.
Le texte fait référence à la découverte d'armes de guerre octroyées à des personnes non habilitées à les détenir. Ces hauts gradés font-ils eux aussi partie du groupe de conspirateurs arrêtés ce samedi ' Au cours de cette journée, il a été procédé à l'arrestation du général de corps d'armée Mohamed Médiène, plus connu sous le nom de Toufik, et de l'ancien patron de la sécurité présidentielle le général-major Athmane Tartag. Avec le général Hassan, il figurait parmi les hauts gradés les plus puissants du pays. Hier encore, aucun communiqué n'avait cependant rendu officiels les faits qui s'étaient produits. Est-il attendu que la procédure judiciaire soit enclenchée pour pouvoir donner ensuite lieu à un texte '
Cette procédure était, en tous les cas, en cours dimanche après-midi au tribunal de Blida et n'avait pas encore pris fin que d'autres sources bien informées laissaient entendre que la série d'arrestations pourrait s'étendre à d'autres hauts officiers. L'ANP est face à une situation inédite.
A. C.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Abla Chérif
Source : www.lesoirdalgerie.com