Blida - A la une

L'Algérien est plus sensible au discours religieux que médical Pr Tahar Rayane. Président de la Société algérienne de néphrologie, dialyse et transplantation



- Pourquoi les gens sont-ils encore réticents au don d'organes à partir de personnes en mort cérébrale '
J'avoue que je n'ai pas un bon bilan à vous annoncer. D'ailleurs, le nombre de greffes rénales a baissé par rapport à l'an dernier. D'abord, il n'y a pas eu de transplantation à partir de donneurs en mort encéphalique. Il y a eu des tentatives de demande aux familles, en vain. Il faut bien comprendre que les personnes en mort encéphalique représentent seulement 10% des personnes décédées. Nous constatons que la famille algérienne n'est pas encore prête. Il y a des explications sociales et psychologiques. L'Algérien n'a plus confiance en le corps médical. Les familles font davantage confiance aux imams. Tout le monde sait que l'Algérien est plus sensible au discours religieux que médical, d'où, à mon avis, la nécessité de lancer des prêches pour sensibiliser sur cette question. Le citoyen qui dit être mal reçu dans les structures sanitaires ne peut pas accepter qu'on prélève des organes à partir d'un proche. Nous pouvons avoir tous les moyens techniques et financiers, comme c'est prévu dans le prochain institut du rein qui doit ouvrir à Blida au premier semestre 2012, mais cela ne suffit pas'
Les organes ne s'achètent pas. Rien n'incite les gens à donner un organe. Subsiste également, chez certains, un doute religieux, alors que la question est définitivement tranchée : le ministère des Affaires religieuses a donné son feu vert. Statistiquement, le taux de refus est de 90%, alors qu'en Tunisie, il est de 70%. Nous avons encore un long chemin à faire, d'autant plus que la mort cérébrale n'est pas fréquente. Il faut donc s'y prendre très tôt et cibler les catégories à sensibiliser, comme par exemple les conducteurs de deux roues qui, dans les autres pays, sont les premières victimes des accidents de la route. Je note également que le milieu médical lui-même demeure réticent par rapport au don d'organes'
- Mais les statistiques annoncées et la médiatisation des greffes laissent entendre que le don d'organes commence à se développer'

Jusqu'en 1986, nous n'avons pas vérifié la qualité des greffes ni effectué de suivi. Les centres greffeurs risquent de faire n'importe quoi parce qu'il n'y a pas d'audit. Il faut contrôler cette activité rigoureusement et ne pas seulement se limiter aux chiffres. Les équipes cachent leurs chiffres réels. Combien y a-t-il eu de rejets, de morts ' Certains spécialistes effectuent des greffes dans leur intérêt personnel et pas ceux des malades. Ils se vantent pour viser les postes de ministre. L'agence nationale de greffe d'organes et de tissus, annoncée depuis longtemps, n'a toujours pas vu le jour.
- Il manque encore un fichier national des greffeurs et des donneurs'
Nous avons tout fait pour le mettre en place. Depuis trois ans, l'association a élaboré des cartes de donneurs pour les distribuer au grand public. Nous essayons en effet de préparer le terrain. Mais il nous faut une politique incitative pour répondre aux 7000 malades en attente. A ce rythme, nous ne pourrons jamais régler leur problème, surtout que 3700 nouveaux cas sont enregistrés chaque année. Nous sommes dans une situation de pénurie d'organes aiguë. Il ne faut pas se leurrer : certains n'auront jamais de rein. Si nos propositions sont prises en considération, la nouvelle loi sur le don d'organes élargira la liste des donneurs aux conjoints' Le champ des donneurs vivants n'a pas été élargi, alors que cela se fait dans les autres pays voisins. Cela dit, il faut être vigilant pour éviter le business d'organes.
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