Blida - Revue de Presse

Il y a dix ans, un 6 Novembre



La nuit du martyre de Sidi El-Kébir La nuit du mardi à mercredi 6 novembre 1996, le petit hameau de Sidi El-Kébir, dans la wilaya de Blida, juché sur ses 400 mètres d’altitude sur le mont de Chréa, est une de celles qui, dans la mémoire d’un peuple, resteront écrites en lettres de feu que rien ne pourra éteindre. Cette nuit-là, le GIA que dirigeait Antar Zouabri depuis le mois de juillet précédent, succédant à Djamel Zitouni, a procédé à l’une de ses funestes descentes. Des familles, paisibles et qui ne vivaient que de ce que leurs bras pouvaient arracher au sol sur lequel elles vivotaient en s’accrochant à l’espoir d’un lendemain meilleur, seront sa cible. L’ancien délinquant Antar Zouabri qui a été touché par la grâce intégriste dans le sillage de son grand frère qui s’est converti en «commandeur du bien et pourfendeur du mal» avant de connaître une fin lamentable dans un accrochage, a voulu donner un aperçu de ce que pourrait être le «Califat» qu’il aurait voulu instituer dans le pays par le fer et le feu. Depuis son arrivée à la tête du GIA, il s’est donné un nom qui conviendrait mieux à un Calife: Abou Talha Antar Ibn Mohamed Ben Kacem Ben Rabi’ê Zouabri. Deux mois avant cette nuit terrible qu’a vécue le hameau de Sidi Kebir, Zouabri avait, dans une publication du GIA, le bulletin El-Jama’ât, clairement annoncé son projet. Il s’agit de «l’instauration du Califat sur le modèle du Prophète (...), par l’application du Coran, et par la victoire contre les impies, par l’application des préceptes de l’Islam, en obligeant tout le monde à s’y conformer». Y aura-t-il un jour quelqu’un qui pourrait expliquer au commun des mortels comment un quidam du genre de Zouabri pourrait se référer à ce que les musulmans ont de plus sacré tout en commettant les atrocités qui lui sont connues?Cette nuit du mardi à mercredi 6 novembre 1996, le hameau s’est endormi dans la peur comme toutes les nuits précédentes. Depuis plus d’une année, régulièrement les Algériens, les entrailles serrées par la crainte que la une des journaux de la presse nationale allait leur exploser à la figure avec un autre massacre. Déjà, le samedi précédent, c’était le tour de Douaouda, dans la wilaya voisine de Tipaza qui avait connu son martyre avec le massacre de treize personnes. Et plus que des personnes, c’étaient des femmes au nombre de dix et trois enfants. Le hameau qui avait raison d’avoir peur et qui ne dormait, en fait, que d’un œil est brutalement réveillé par les cris terribles et fatalement terrifiants des premiers suppliciés. Les hordes du GIA, en grand nombre et lourdement armées, sont méthodiques. Les témoins diront à des journaux qu’ils sont venus avec une liste. Ce sont essentiellement six familles qui sont ciblées. Le bruit courrait que c’étaient celles qui avaient des enfants enrôlés au sein de l’armée. Au total, trente six personnes sont massacrées à l’arme blanche. Toutes les armes blanches. Du couteau à la hache en passant par la scie. Les cartes d’identité des jeunes en âge d’être incorporés dans le service militaire ont été confisquées en prévision de ce qui arriverait à leurs familles au cas où... L’année suivante, dans le numéro 13 daté de juin 1997 du bulletin El-Jama’ât, le «mufti» du GIA (Mahfoudh Assouli alias Abou El-Moundhir) expliquera le pourquoi de ces massacres. «Quand vous entendez parler de tueries et d’égorgements dans une ville ou dans un village, sachez qu’il s’agit de partisans du Taghout, ou du respect des ordres des chefs du GIA qui ordonnent de faire le bien et de combattre le mal». Plusieurs familles fuiront les lieux, mais Sidi El-Kébir ne se videra pas de ses habitants. Bien au contraire, ces valeureux enfants opteront pour la résistance et créeront un groupe d’autodéfense. Aujourd’hui, il ne reste du GIA que sa triste réputation mais les martyrs du hameau resteront à jamais un repère dans la mémoire que la patrie leur doit.
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