Quand, au début des années 1980, des militants du mouvement étudiant avaient cru mobiliser d'autres pans de la société pour les ramener à leur cause en révélant les agressions sexuelles de policiers sur les étudiantes, ils ont obtenu en retour la pire des réactions de certains parents «inquiets» pour leurs filles.
Ces derniers ont tout simplement tenté, avec plus ou moins de «réussite» de retirer leurs filles de l'université et les priver ainsi de leurs études, manifestement moins importantes que la «honte» que procurerait un harcèlement, voire un viol qu'ils ne pardonneraient jamais à' leur progéniture !
Depuis, les choses n'ont pas beaucoup évolué, elles ont même régressé. L'«honneur» de la famille, quand il vient à être souillé, ce sont toujours les femmes, c'est-à-dire les victimes de l'agression physique et morale, qui sont coupables. D'avoir «prêté le flanc» en se faisant belles, quand ce n'est pas simplement en s'aventurant dans des espaces qui auraient dû rester l'apanage des hommes.
Des hommes qu'elles «provoquent» en permanence au point de susciter le désir' naturel, donc compréhensible, y compris quand il doit être satisfait par le chantage ou la violence physique ! Au début des années 1980, le viol et le harcèlement étaient déjà vieux mais à l'université et même au lycée, de jeunes couples, camarades de classe ou d'amphithéâtre, pouvaient encore se tenir la main, voire oser un câlin sans que ça ne devienne l'objet de monstrueux chantages. On imagine la situation, aujourd'hui, que le seul aparté entre un garçon et une fille renvoie à des temps immémoriaux des pratiques païennes !
Le viol et le harcèlement, une horrible violence faite aux femmes, continuent à être cachés partout dans le monde parce que ce ne sont pas toutes les victimes qui sont sûres de se retrouver dans une meilleure posture une fois le forfait et ses auteurs dénoncés. Mais en dépit des pesanteurs à la peau dure, le niveau de développement de certaines sociétés est tel que le silence est devenu l'exception et non la règle.
Et chez nous donc ' Eh bien, les choses sont au point où une plainte ou une dénonciation relève du miracle. Pour toutes les raisons évidentes que l'on sait, les femmes de tous âges et généralement pas de toutes conditions, subissent l'ignoble dans la douleur silencieuse.
Et quand il arrive, comme c'est le cas récemment au' lycée Ibn Khaldoun de Blida, que des adolescentes refusent de se taire, il y a comme une lueur d'espoir. Que le calvaire de ces gamines se termine, que leurs harceleurs paient pour leur ignominie et enfin que d'autres comme elles sentent que leur calvaire n'est pas une fatalité. «Je suis C. C., née en 1997, élève en première année au lycée Ibn Khaldoun de Blida.
Je témoigne avoir été victime de harcèlement sexuel de la part d'un surveillant et du directeur de mon établissement. Après avoir été embêtée par un groupe de jeunes près du lycée, j'ai été convoquée chez le directeur qui a proposé de m'aider et d'améliorer ma moyenne. En échange, je dois me rendre dans son bureau à mes heures libres'» Passons sur le détail des gestes de Monsieur le proviseur particulièrement entreprenant, comme le décrit l'adolescente dans un témoignage recueilli par un syndicat de l'éducation. Dans le même témoignage :
«Voici ce qui m'est arrivé avec un surveillant qui a l'âge de mon père et un directeur qui a l'âge de mon grand-père'» Une autre lycéenne se confie au même syndicat : «Je suis I. C., née en 1995, élève du lycée Ibn Khaldoun de Blida. Je déclare sur l'honneur n'avoir subi aucune pression dans la rédaction de ce témoignage. En apprenant ma situation difficile, due au divorce de mes parents, le directeur m'a convoquée dans son bureau..
Il m'a demandé si j'allais bien, en me touchant la joue. Il m'a proposé d'améliorer ma moyenne si je le voulais et seulement si je le voulais, tout en s'approchant de plus en plus de moi'» S'ensuivent d'autres témoignages, tout aussi épouvantables. Mais combien de lycéennes, d'étudiantes, de fonctionnaires, de femmes de ménage et de femmes tout court souffrent en silence parce qu'elles se sentent terriblement seules ' Et pas seulement. Pour que le harcèlement et l'agression sexuels soient combattus, il faudra au moins qu'il devienne un délit, voire un crime' évident pour tout le monde.
C'est encore loin d'être le cas, puisque non seulement les victimes n'arrivent même pas à se plaindre. Pire, les rôles sont parfois inversés.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Le Temps d'Algérie
Source : www.letempsdz.com