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Fatma Ammiche, une potière nonagénaire qui défie le poids des années (PORTRAIT)



Fatma Ammiche, une potière nonagénaire qui défie le poids des années (PORTRAIT)
A 90 ans, Fatma Ammiche, habitant à Hammam Melouane (35 km à l'est de Blida), manie toujours, et non sans une touche de perfection, l'art de fabriquer des objets d'artisanat traditionnel en argile, très prisés par les touristes qui visitent cette paisible vallée. Cette artiste, affectueusement appelée Khalti Khoukha, a aménagé un petit espace dans sa modeste demeure faisant partie d'un ex-camp de regroupement colonial, au chef-lieu de la commune, où sont amassés les "ingrédients" nécessaires, sacs d'argile verte, argile cuite et moulue, servant de "ciment" pour ses objets d'art, cendre et bois secs.C'est dans ce décor des plus sobres qu'elle exerce ce petit métier depuis, dit-elle, plus de 70 ans. Vivant seule, elle ne trouve compagnie qu'en passant la majeure partie de son temps à "fructifier" l'argile, comme elle insiste à le souligner. "En fabriquant ces ustensiles, je me sens réellement utile pour la société. Cette terre verte mérite bien d'être transformée en des objets nécessaires pour les ménagères", lance, sur un ton d'assurance, cette nonagénaire, très respectée par ses voisins immédiats et les touristes qui se rendent régulièrement en cette localité, en quête de fraîcheur et de quiétude. Evoquant son attachement à son métier, Khalti Khoukha va jusqu'à le qualifier de sa "raison d'existence". "Même lorsque je me sens fatiguée, je ne peux m'en passer. Je suis convaincue que si j'arrête le travail, je passerai dans l'autre monde", avoue-t-elle. Le temps n'est pas parvenu à apposer son œuvre "destructrice" sur la sagacité de cette femme qui a bravé vents et marées pour demeurer ainsi, l'une des icônes de Hammam Melouane. "Le travail d'argile nécessite, certes, beaucoup d'efforts physiques, mais ma force réside justement dans ma résistance. En maniant l'argile, je me sens épanouie et toute proche de ma première nature. Ne sommes-nous pas créés à partir de cette terre '", lance-t-elle. L'argile signifie, également, pour cette nonagénaire, un "trésor", qu'elle a fini par adopter et "apprivoiser" tout au long de sa vie. "J'ai commencé à me familiariser avec l'argile dans les champs sur les hauteurs de Megtaâ Lazreg, lorsque je paissais un troupeau de chèvres en compagnie d'autres fillettes, aujourd'hui toutes disparues de ce monde. Alors que les autres fillettes jouaient et erraient entre les arbres, moi, j'enlevai de l'argile verte et je fabriquais de petits objets", se rappelle-t-elle. Un gagne-pain assorti d'un capital de sympathie Khalti Fatma parvient à pallier aux besoins de sa vie quotidienne à travers la vente des objets artisanaux qu'elle fabrique, l'allocation forfaitaire de solidarité (AFS) de 3.000 Da qu'elle perçoit mensuellement n'étant pas à même de lui assurer une vie décente. Ce métier lui a fait, aussi, gagner le respect et la sympathie des autres. "Il y a des touristes qui me rendent visite rien que pour m'offrir des cadeaux ou des sommes d'argent. C'est ce que j'ai gagné de plus cher dans ce métier", se réjouit-t-elle. Aujourd'hui, cette artisane achète tous les éléments nécessaires pour son métier (argile, bois, argile cuite et moulue et cendre), car elle est incapable de se débrouiller seule. "Je fais presque de la sous-traitance", dit-elle. Mais, en dépit de cela, Khalti Fatma compte encore poursuivre son travail. "Je compte encore rester fidèle à la terre, jusqu'à ce que je sois mise dedans, c'est-à-dire jusqu'à mon dernier souffle", a ajouté, déterminée, cette femme, une des témoins de l'histoire contemporaine de la région, qui garde sa mémoire intacte. Sa touche artistique aussi? Par Ahmed Haniche


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