Complètement isolées durant quatre jours et privées d'électricité et de gaz, des centaines de familles, occupant les hameaux et autres constructions érigées d'une manière éparse sur le flanc de Chréa, sont tétanisées à l'évocation des bulletins météorologiques spéciaux et stupéfaits devant l'incompétence des autorités face aux aléas climatiques.
Meurtries et éprouvées par les moments extrêmes auxquels elles étaient confrontées, les familles se sentent méprisées par les autorités locales.
Bon nombre de citoyens n'ont pas hésité à montrer du doigt les autorités et dénoncer «l'attitude laxiste adoptée par ces dernières face aux multiples doléances». Après la tempête et l'apparition sporadique du soleil, les habitants redoutent les conséquences de la fonte de la neige. Mais cela est une autre affaire car, aujourd'hui, les habitants s'attendent à de nouvelles chutes de neige.
BMS (bulletin météo spécial). Trois lettres qui hanteront à tout jamais les esprits des habitants du quartier Souika, des lieux dits Chlalta,
Ben Ali, cité Abrar et autres endroits disséminés sur le flanc de la montagne de Chréa qui, faut-il le rappeler, n'a pas connu d'aussi importantes chutes de neige depuis 2005.
Trois lettres qui reviendront, tout de même, jusqu'au 23 février, date à laquelle prendront fin ces bulletins, selon la météo. Trois lettres et trois jours qui seront gravées dans les esprits des habitants de cette localité et dont beaucoup en garderont des stigmates.
Les habitants de ces lieux, qui subirent trois jours durant le froid glacial sans électricité et sans gaz, ne décolèrent pas.
Coupés du reste du monde durant ces jours, du fait de l'enneigement des routes, seules voies d'approvisionnement ou de déplacements, les citoyens se sentent, aujourd'hui, meurtris et blessés dans leur amour-propre.
Néanmoins, et faisant montre d'altruisme, propre à l'Algérien, ils ne cessent d'avoir des pensées «pour les autres familles habitant dans des endroits isolés, lesquelles n'ont donné aucun signe de vie depuis le début du déchaînement des éléments naturels.
Hormis les fortes chutes de neige (des amoncellements atteignant plus d'un mètre cinquante par endroits) et les avalanches qui peuvent être engendrées, les familles devaient faire face à l'obscurité et n'avaient, comme seul moyen de se réchauffer, que «les quelques bûches constituant les réserves d'une journée ou deux».
En un mot, les routes étant coupées (rendues impraticables par les épaisses couches de neige), les habitants de ces localités sont restés bloqués et pris au piège durant trois jours. Sans secours et dans l'obscurité durant la nuit, ils n'avaient d'autre choix que d'attendre et attendre encore. Les défaillances, voire la rupture des moyens de communication rendaient ces attentes interminables.
«C'est à ce moment précis que nous avions besoin de l'aide des autorités locales», déplorent les citoyens qui, abondant en critiques, affirment que «ce drame vécu par les citoyens aurait pu être évité si les autorités avaient pris en considération les doléances que nous avions exprimées il y a environ six mois».
Ami Moha est sidéré. Le mur entourant et protégeant sa maison s'est effondré sous le poids de la neige, et les éléments de la Protection civile, dont l'assistance est fortement louée, entreprennent de faire place nette à l'aide d'un engin.
Après les chutes de neige, les constructions existantes, dont certaines datent de l'époque coloniale, ont été sérieusement éprouvées. Aujourd'hui, les familles, tout en gardant les yeux rivés vers le ciel, devront faire face aux conséquences découlant de la fonte des neiges. Il est fait état de l'effondrement de plusieurs habitations suite aux chutes de neige et multiples infiltrations d'eau.
«Les autorités ne nous écoutent pas»
Quelques encablures plus loin, nous sommes pris à témoin par d'autres citoyens très en colère. «Depuis bien longtemps, les autorités locales ont été interpellées par les citoyens qui exigeaient, entre autres, le rétablissement de l'éclairage public (des poteaux existant sur un tronçon de cette route menant vers Chréa),
la réfection du téléphérique qui aurait permis l'évacuation des citoyens résidant en des endroits isolés et accessibles seulement par des pistes sinueuses», martèlent des citoyens sur un ton plein d'animosité. «Où sont les moyens matériels et toute la logistique dégagée dans le cadre du plan Orsec '»
s'interrogent ces derniers. Sur la route qui sépare le quartier Souika (Blida) de la station de Chréa dont la distance est d'environ 20 kilomètres, nous rencontrons d'innombrables véhicules (APC, gardes forestiers, Protection civile, Gendarmerie nationale, police, ANP) qui tentaient de dégager la route mais dans le sens de la montée. «Ils viennent tous de Blida après trois jours de silence», vocifère un citoyen qui ajoute :
«Il est tout de même scandaleux qu'une station d'hiver comme Chréa ne soit pas dotée d'engins pour dégager les neiges et d'en faire usage en de telles circonstances.»
«Après les multiples plaintes des citoyens, le chef de daïra s'est rendu sur les lieux et promis l'installation du gaz mais ses promesses sont restées vaines», révèle un autre citoyen qui affirme que «devant nos doléances, les responsables locaux se rejettent mutuellement la responsabilité mais ce n'est que lorsque le drame arrive que leurs incompétences sont mises en évidence». A environ 6 kilomètres du sommet,
une plaque mise en évidence nous indique la direction de la cité Abrar. Impraticable par véhicule, nous sommes contraints d'emprunter à pied cette piste tortueuse. Nous sommes arrêtés par des jeunes qui nous dissuadent d'aller plus loin. «Les familles résidant dans cette région vivent dans des conditions extrêmes et nous n'avons que le bois pour seul moyens de nous réchauffer»,
témoignent ces jeunes qui, tout en pointant de l'index le sommet des crêtes où des maisons sont entièrement recouvertes de neige, déclarent : «Nous n'avons aucune nouvelle des familles qui y résident, et ce depuis une semaine.» Dès lors, et devant ces déclarations, force est de nous interroger sur l'utilité des hélicoptères qui ne cessent d'effectuer des vols.
Vols de reconnaissance ou de secours ' Une question qui taraude les esprits des citoyens qui n'ont de cesse loué l'aide et l'assistance apportées par les militaires (ANP) occupant les cantons implantés sur la montagne. Par ailleurs, et en dépit de l'interdiction qui leur est signifiée par les gendarmes en faction sur la route de Chréa et à quelque 7 kilomètres de Blida, des groupes de jeunes, garçons et filles,
se sont rassemblés pour construire des bonhommes de neige ou pour jouer. Seuls les camions de déblaiement ou les voitures de service étaient autorisés à faire l'ascension vers la station de Chréa. Les techniciens de l'opérateur de téléphonie Nedjma faisaient partie de ces personnes en mission de réfection et de contrôle des relais de téléphonie qui présentaient des défaillances en matière de transmission et dont certains étaient totalement inopérants.
Même les sangliers et la faune ont fui le froid
Le froid et la neige n'ont pas été les seules difficultés rencontrées par les familles de Chréa et plus particulièrement celles dont les habitations sont implantées à 200 et 300 mètres d'altitude.
Si, aujourd'hui, celles situées en aval de la montagne craignent les effets des fontes de neige, celles situées dans les hauteurs appréhendent des rencontres inattendues avec des sangliers ou autres animaux peuplant la forêt et dont la multiplication a été encouragée par l'absence de chasseurs.
Des témoins affirment que «durant les trois jours de neige, les sangliers sont sortis de leurs caches pour chercher de la nourriture et, pour cela, ils se sont aventurés jusqu'aux environs des habitations en quête de quelques déchets». Selon les mêmes témoins, «trois personnes auraient été blessées par des sangliers dont une a été évacuée vers un hôpital vu la gravité de ses blessures».
Ces accidents n'ont pas manqué d'attiser la peur des citoyens de cette région dont les enfants empruntent quotidiennement la route pour se rendre à l'école.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : D M
Source : www.letempsdz.com