Comment pourrions-nous décrire toute cette joie, tous ces cris, les
youyous qui ne sont plus l'apanage seulement des femmes, ces voitures qui, par
centaines, sillonnaient les rues et les ruelles, faisant fi de toute prudence ?
Comment rapporter cette formidable explosion de joie qui n'a épargné
aucune maison et aucune famille ? Comment parler de cette déferlante, de ces
jeunes, hommes et femmes, de ces enfants, de ce tourbillon qui a pris tous les
Algériens dans son sillon ? C'est rare de voir nos villes et villages ainsi.
Tout est oublié, la misère, le chômage et le manque d'argent.
Il ne reste que l'Algérie, que ce
match gagné face au Rwanda, mais ce n'était pas le Rwanda que nous avons
vaincu, c'est l'Egypte, ce sont les autres équipes qui nous disputent
l'accession, qui voudraient nous voir revenir aux années noires, mais nous leur
avons prouvé que l'Algérie est toujours debout, et elle le restera tant que
nous verrons ces scènes de joie immense, ce formidable soutien de tout un
peuple à son équipe nationale. Déjà, durant toute la journée de dimanche, et
après avoir oublié les quelques instants de flottement suite à la victoire des
pharaons, les voitures ont repris possession de l'espace, et les fans des Verts
avaient tous revêtu le drapeau national et en avaient fait leur habit. Toute la
journée de dimanche s'est singularisée par l'arrivée massive de jeunes de
toutes les régions du pays et les abords du stade étaient noirs de monde. Le
service d'ordre, bien que renforcé et imposant, avait du mal à contenir cette
marée humaine. A partir de seize heures, la fièvre a commencé à s'emparer des
jeunes et des moins jeunes.
La totalité des magasins et cafés
restés ouverts ont allumé leurs téléviseurs et leurs postes radios d'où
s'échappaient, à fond de décibels, des chansonnettes à la gloire du onze
algérien et les derniers tubes de ce genre. On se surprenait alors à fredonner
avec eux, sans nous rendre compte. Puis, à mesure que l'heure du match
approchait, c'était le branle-bas de combat. On se serait cru à la veille de
l'Aïd ! Il n'y avait plus de pain, il n'y avait plus de lait et la plupart des
magasins étaient fermés. Dès la prière du Maghreb terminée, les fidèles sont
sortis en vitesse des mosquées. Rares sont ceux qui sont rentrés chez eux, car
voir le match en compagnie des amis, des voisins et d'autres Algériens était
plus exaltant. Dès le début du match, ce fut le silence. Et durant plus de deux
heures, on n'entendait que la voix du commentateur de la télévision partout où
nous nous sommes déplacés. De temps en temps, des cris s'élevaient à la suite
d'une action des verts, des jurons fusaient ça et là, l'arbitre était voué aux
gémonies, surtout après qu'il eut refusé un but algérien. A 21h15', c'était la
véritable folie ! Aucun algérien digne de ce nom ne pouvait s'empêcher d'avoir
la chair de poule en entendant, en voyant et en ressentant cette liesse
populaire qui n'arrive que lors des grandes occasions. Des voitures par
milliers, des camions, des tracteurs agricoles, des motos et même à pied,
toutes les places publiques, toutes les rues et ruelles de Blida ou d'ailleurs
résonnaient sous les youyous et les chants, Kassaman était chanté partout, viva
l'Algérie étaient entendus un peu partout. Des jeunes, juchés sur des camions
dans des positions parfois dangereuses, hissaient le drapeau national haut vers
le ciel, scandant des chansons à la gloire de l'Algérie et à son équipe.
Nous avons vu même un malade
mental arborer les couleurs algériennes et courir avec les jeunes. Certains
avaient les yeux embués de larmes de joie. Le but refusé par l'arbitre et le
parti-pris flagrant de ce dernier en faveur du Rwanda étaient sévèrement
décortiqués et critiqués. Le referee était traité de tous les noms d'oiseaux, insulté
et vilipendé. Et cela dura jusqu'à l'aube.
Même les femmes dans les maisons,
dans la rue, sur les balcons ont manifesté leur joie après cette victoire. Seul
le football est en mesure de créer une telle communion, et cette nuit restera
gravée à jamais dans les mémoires dans la ville des roses.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Tahar Mansour
Source : www.lequotidien-oran.com