L'université Saad Dahlab de Blida a abritémercredi une importante rencontre qui a regroupé plusieurs spécialistes entoxicomanie Algériens, Tunisiens et Français, pour discuter des méfaits de ladrogue sur l'individu et, par extension, sur toute la société. Il ne faut pas oublier que l'Algérie, d'unpays de passage, est passée à celui de consommateur puis, depuis deux ou troisans à celui de producteur. Le CHU Frantz Fanon de Blida a donc organisé cetterencontre, en collaboration avec l'université Saad Dahlab, l'Office national delutte contre la drogue et la toxicomanie, représenté par son directeur général,M. Sayeh Abdelmalek, le président de la commission des droits de l'homme, Me.Farouk Ksentini, ainsi que plusieurs spécialistes en toxicomanie de France,comme les Pr Bertelier, Jean-Pierre Demange et Claude Lefèvre, ou encore les DrBenabid, Ouertini et Benkassoula du service l'espoir de Tunisie. L'objetpremier de cette rencontre concerne le toxicomane qui, selon les diversintervenants, «doit être considéré comme un malade qui a droit à un traitementmédical adéquat». C'est d'ailleurs cette idée qui a été développée par M. Sayehlors d'un point de presse improvisé dans le hall de la bibliothèque centraleprès de la salle où se tenait la rencontre et qui a déclaré en substance : «lasituation est grave en Algérie qui, de pays de passage emprunté par lesnarco-trafiquants marocains ou africains pour arriver vite en Europe, elle est devenueune destination pour la consommation locale puis, afin de ne plus dépendre desrégions productrices du Rif marocain d'un côté et augmenter leurs profits endiminuant le prix de revient, un pays producteur, même modeste». L'orateurrappela les 6000 plants de pavots découverts dans la wilaya d'Adrar, les 600 à800 toxicomanes traités chaque année dans les centres spécialisés, les 9.879personnes dont 90 étrangers arrêtées en 2006 ainsi que les quantitésastronomiques saisies durant les six mois écoulés pour tirer la sonnetted'alarme sur cette véritable endémie qui touche la frange la plus fragile descitoyens, celle des jeunes et des adolescents». Revenant à l'objet de larencontre, le D.G. de l'office de lutte contre la drogue et la toxicomanie annonçaque la loi du 25 décembre 2006 considère, dans ses articles 5 et 6 que : «letoxicomane est un malade qui doit recevoir les soins adéquats dans les centresspécialisés». Pour pouvoir répondre à la demande de ces soins que lesspécialistes estiment importante, l'Algérie ne dispose pour l'instant que de 5centres de ce genre, qui n'arrivent plus à suivre le rythme malgré toute labonne volonté des personnels qui y sont employés. Donc, et pour augmenter cescapacités, un important programme est mis en marche et concerne la création de15 autres centres de désintoxication à travers le territoire national de 53bureaux de réception et de diagnostic dont le rôle principal sera d'être àl'écoute du toxicomane dans son milieu, de le recevoir, de diagnostiquer sesmaladies et de le diriger vers les structures les mieux adaptées pour sa priseen charge. Toujours dans le cadre de la lutte contre le trafic de drogue, lecitoyen est appelé à jouer un rôle plus efficace en déclarant tout mouvementsuspect aux autorités afin d'endiguer le mal avant qu'il s'étende. Tous lesintervenants ont affirmé d'ailleurs que, sans le concours actif des citoyens,les services de sécurité ne peuvent presque rien faire contre les trafiquantsde drogue qui multiplient les ruses et stratagèmes pour faire passer leurpoison et, surtout, pousser les jeunes à consommer plus. En ce qui concerne lesinterventions des spécialistes, le professeur Kacha a développé l'idée dans lechoix entre punir ou guérir le toxicomane et a fait la différence entre letoxicomane qui ne peut plus se passer de drogue jusqu'à ce qu'il soitdésintoxiqué et qui doit être donc considéré comme malade et l'autreconsommateur occasionnel qui doit être lui aussi aidé et sensibilisé contre lesrisques qu'il encourt. Le Professeur Gilbert Ferray (France) a, lui aussi,parlé de réflexions sur les concepts de maladie, de déviance et d'exclusionsociale en matière de troubles mentaux liés à la consommation de drogue, enposant toujours la problématique de considérer la toxicomanie comme maladie oucomme déviante. Tous ont essayé de trouver la formule adéquate pour faire ladifférence entre le malade et celui qu'il faut punir et la conclusion qu'onpeut en tirer c'est que le toxicomane qui accepte d'être désintoxiqué bénéficiede l'exemption de poursuites pénales et son cas est suivi jusqu'à guérisontotale de la dépendance. Il faut donc pour le toxicomane démontrer sa volontéde suivre des cures de désintoxication pour que le procureur arrête lespoursuites à son encontre et le mette à la disposition des autoritéssanitaires. Ainsi, et par cette rencontre, les spécialistes tentent une autreapproche de la lutte contre la drogue, la toxicomanie et les crimes qui luisont liés en dépénalisant le consommateur afin de l'inciter à poursuivre unecure de désintoxication.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Tahar Mansour
Source : www.lequotidien-oran.com