«100 DA la paire de pantoufle femme ou homme», «tout à 50 DA/pièce», «la djebba à 200 au lieu de 350 DA», ou encore «la série à 100 DA», «7 couteaux et une pierre à aiguiser pour 100 DA», c'est ce que nous entendons en général dans les marchés, en plus quelquefois des appels rauques de revendeurs de puces de téléphones qui proposent des puces à 150 DA contenant 200 DA de «Hadra». Les habits, les produits divers sont, paradoxalement, à très bon marché, contrairement aux fruits et légumes et autres produits de première nécessité qui voient leurs prix grimper en flèche de jour en jour. Nous voyons, en parallèle, ces produits cédés à des prix défiant toute concurrence, parfois moins cher que dans leurs pays d'origine. Nous avons vu durant le mois de Ramadan des assiettes de toutes dimensions, des soupières, des cuillères et tous les ustensiles de cuisine proposés à des prix si bas que, souvent, on s'en assure avant de nous engager à les acheter, parfois avec suspicion. A l'approche de l'Aïd El-Adha, on trouverait partout des haches, des séries de couteaux de cuisine et de boucher, des barbecues, des cure-dents, et bien d'autres ustensiles et produits étalés à même le sol, dans les marchés et ailleurs, au coin d'une rue ou à l'entrée d'un immeuble, et surtout, à des prix un peu plus qu'abordables. Depuis que le froid s'est installé, les pantoufles, les bas, les tricots en laine pour femmes et enfants sont cédés entre 150 et 300 DA. Et, à chaque événement, nous retrouvons les produits qui lui sont propres étalés partout, à des prix dont on ne rêvait même pas il y a quelques années. En effet, qui aurait pensé acheter une douzaine de tasse à café pour 150 DA ? Ou une soupière à 350 DA ? Ou encore une couverture pour seulement 1.000 DA ? Vous trouverez aussi dans tous les marchés, des pantalons classiques pour hommes entre 300 et 500 DA, des chemises neuves à 300 DA, des vestes et des jaquettes entre 600 et 900 DA, et aussi des souliers, par milliers, pour seulement 400 à 600 DA. Les produits cosmétiques ne sont pas en reste puisque nous pouvons acheter 6 morceaux de savon de toilette pour 70 DA, une bouteille de déodorant à 100 DA, des tubes de rouge à lèvres, du vernis à ongles, du démaquillant, du fond de teint, et bien d'autres produits encore vendus entre 20 et 50 DA. Sans parler des montres électroniques à 50 et 100 DA, des lames-torches à 100 DA et beaucoup d'autres babioles fort utiles à des prix vraiment très bas. La question qui vient naturellement à l'esprit est, bien entendu, comment est-ce possible ? Nous avons essayé de poser la question à ces vendeurs à la criée et nous nous sommes vite rendus compte qu'il serait ardu de vouloir arriver à la vérité. En effet, la plupart nous ont fait savoir qu'ils achetaient leurs marchandises chez des grossistes à bas prix car la date de péremption est proche et qu'ils la revendent à bas prix pour l'écouler. Cette explication serait vraie pour les produits périssables, comme l'alimentation (chocolat, margarine, beurre, concentré de tomate, etc...) ou les cosmétiques mais comment une série de couteau peut-elle devenir impropre à la consommation ? D'ailleurs, nous pouvons remarquer au niveau des différents marchés que les vendeurs de ces produits à bas prix vous font lire la date limite d'utilisation qui est presque toujours fixée à plus d'une année. Une autre justification nous a été donnée par certains qui affirment que ce sont là des produits qui proviennent de la vente aux enchères des saisies opérées par les services de douanes. C'est parfois vrai, mais la quantité mise sur le marché informel est vraiment trop importante pour provenir uniquement de ce créneau. Nous savons tous que ces saisies concernent un ou quelques produits saisis de manière conjoncturelle et pas répétitive, alors que nous retrouvons parfois à longueur d'année des aliments, des cosmétiques, de l'habillement, des chaussures ou encore des piles et des dizaines d'autres produits vendus à des prix vraiment très bas. Mais après diverses recherches, il est apparu que beaucoup de ces produits étaient de pâles imitations fabriquées soit localement soit dans un autre pays comme la Chine ou Taïwan. La qualité est vraiment inférieure à toutes les normes internationales ou nationales et leur durée de vie est très courte. Certains de ces produits sont des rebuts que les pays industrialisés déversent sur le tiers-monde, parfois en payant ceux qui veulent bien les reprendre, et ces personnes en profitent encore pour les revendre, même à prix réduits. Nous avons acquis une série de 6 couteaux pour 100 DA et, déjà au toucher nous pouvons nous rendre compte qu'au lieu de l'acier inoxydable comme écrit sur la pochette, c'est un matériau vulgaire et très fragile que nous avons entre les mains. C'est la même chose aussi pour l'habillement, si vous achetez une djebba par exemple vous vous rendrez vite compte qu'elle est faite dans un tissu qui part en lambeaux au premier lavage, ou encore une paire de chaussure dont la semelle se détache après quelques mètres de marche, ou bien les piles qui ne marchent pas, ou les chaussettes à 20DA/pièce qui se trouent quand on essaie de les mettre. Jusque-là le mal n'est pas terrible, mais le danger est dans les produits alimentaires ou cosmétiques qui ont des incidences directes sur la santé du citoyen. Nous trouvons actuellement du chocolat «espagnol» qui est proposé à 20 DA alors que son prix dans les magasins est à 70 DA, du concentré de tomate à 35 DA la boîte dont le prix réel est de 50 DA. Nous trouvons aussi les shampoings, les savons et plusieurs produits cosmétiques proposés pour moitié de leur prix, parfois moins et, lors de l'utilisation nous nous rendons compte que nous avons été bernés car le savon, ou le fond de teint ou encore le concentré de tomate et le chocolat s'avèrent non-conformes, périmés ou de qualité vraiment très basse. Dans certains cas, les produits sont vraiment dangereux et, en l'absence d'un contrôle rigoureux et d'un suivi sans failles, nous ne pouvons connaître le nombre de cas d'intoxication ou de maladies causées par ces produits dont une partie est cancérigène ou interdite dans son pays d'origine car dangereuse pour la santé humaine. Il n'y a qu'à prendre l'exemple du cacher qui avait causé des décès il y a quelques années dans l'Est du pays pour se rendre compte de la poudrière dans laquelle nous sommes tous assis. Car le plus grand danger réside dans le bas prix de ces produits qui font que chacun de nous ira en acheter croyant faire une affaire et réaliser quelques économies au moment où tout devient de plus en plus cher. D'ailleurs, après l'éclatement de l'affaire du cacher dans l'Est du pays, certains producteurs à Alger ont jeté des quantités importantes de leur marchandises. Il convient donc d'être très vigilant, aussi bien pour les citoyens que pour les autorités, et éviter de se laisser attirer par ces prix trop bas pour être honnêtes et comme le dit si bien un adage de chez nous «Tabaâ Rokhsou T'Khali Noussou» (si son bas prix te plaît, tu y laisseras la moitié).
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Posté par : sofiane
Ecrit par : T Mansour
Source : www.lequotidien-oran.com