Achoura ! Une fête religieuse pas comme les autres, le versement de la Zakat par les riches afin d'aider les pauvres. Ainsi, chaque année, les riches font le compte de ce qu'ils possèdent et en remettent 2,5% aux pauvres. C'est une obligation que Dieu a cité dans le Saint Coran et les historiens rapportent que lorsque la Zakat était versée de manière régulière et remise à ses véritables destinataires cités eux aussi dans le Saint Coran, les gouvernants musulmans avaient réussi à éradiquer complètement la pauvreté de leur société. Pour être obligé de verser la Zakat, il faut posséder, pendant une année, une somme bien définie qui a été fixée cette année à un peu plus de 15 millions de centimes. Durant les premières années de l'Islam, la Zakat était ramassée par des fonctionnaires puis redistribuée par le commandeur des croyants à ceux à qui elle est destinée. Donc cette année, comme les précédentes, nous nous retrouvons dès la matinée de l'Achoura en face de nuées de femmes, la plupart vêtues de guenilles, un vieux couffin ou un sachet sale accroché au bras, qui se déplacent en groupes de 5 à 6 de magasin en magasin, de villa en villa, demandant la Zakat. Leur nombre est si important durant cette journée qu'elles paraissent être les seules à occuper les rues et ruelles des villes. Dès qu'elles voient un magasin ouvert, elles s'agglutinent devant la porte, jouant du coude, les plus fortes sont les premières. Certains commerçants remettent des billets de 100 ou 200 DA à chacune, mais dans un brouhaha indescriptible, fait de cris, d'insultes et de pleurs d'enfants. Des femmes prennent deux ou trois fois, alors que d'autres ne peuvent pas arriver jusqu'à celui qui leur remet l'argent. Ailleurs, dans d'autres villes, dans d'autres quartiers c'est le même spectacle : des dizaines de groupes de femmes de tout âge, sont là à attendre, à quémander, parfois violemment, comptant et recomptant l'argent qu'elles ont amassé. Dans certains cas, qui ne sont malheureusement ni rares ni isolés, c'est à une véritable curée qu'elles se lancent, attaquant presque le bienfaiteur qui ramène le montant de sa Zakat pour le leur distribuer. Dans les magasins ou les habitations, les gens sont plutôt à l'abri, mais il y en a qui ramènent la Zakat et qui la distribuent à ces femmes. Il y a une année, un vieillard a failli être lynché par une vingtaine de femmes en furie dont chacune voulait prendre plus que les autres. Il a fallu l'intervention d'un policier qui passait par là pour le sauver de leurs mains. D'ailleurs, et jusqu'à ce que la caisse de la Zakat soit instituée, personne ne pouvait dire si ceux qui l'ont reçue des années durant ne sont plus pauvres ou bien si leur Zakat est arrivée dans les mains pour lesquelles elle est destinée. Ceci, malgré la campagne menée par le ministère des Affaires religieuses pour les inciter à la verser dans la caisse prévue à cet effet, puisque ces fonds sont destinés à des personnes dans le besoin afin qu'elles puissent faire fructifier ce qui leur est remis et sortir définitivement du lot des pauvres. Alors, la confiance sera-t-elle rétablie pour permettre cela ? C'est aux pouvoirs publics de tout faire pour cela.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : sofiane
Ecrit par : Tahar Mansour
Source : www.lequotidien-oran.com