Blida - Revue de Presse

Blida Les habits, les gâteaux et le reste



Tout le monde attendait l'Aïd pourvendredi, surtout après que l'Arabie Saoudite et quelques pays arabes comme laPalestine, eurent annoncé avoir vu le croissant jeudi soir et que parconséquent l'Aïd serait le lendemain vendredi.Pourtant, en Algérie, et après quelque deuxheures d'attente après le f'tour, le ministère des Affaires religieuses informales citoyens que le Croissant n'a pu être aperçu, ce qui faisait que l'Aïdserait pour samedi. Il y a eu beaucoup de déçus et aussi beaucoup de ravis. Lesjeunes, les malades, ceux qui sont fatigués ont été déçus car, ilss'attendaient à un alignement sur l'Arabie Saoudite, comme pour le premierjour, et ont été fort surpris de la décision algérienne. Ceux qui ont étéravis, ce sont bien entendu et en premier lieu, les commerçants qui se voientgratifier d'une journée supplémentaire pour écouler leurs marchandises et, endeuxième lieu, les mères de familles qui bénéficient ainsi d'un répit pourterminer la préparation des gâteaux, effectuer les derniers achats d'habitspour les enfants, finir le nettoyage du salon, prendre une douche et faire lesmenus travaux ménagers qui allaient rester en suspens. En ville, et contrairementaux précédentes soirées, il y a vraiment la grande foule. Les magasinsd'habillement pour enfants et pour hommes sont pris d'assaut. Les premierscités sont bien sûr accompagnés de leurs parents qui essaient de trouver lameilleure qualité à des prix assez bas, ce qui est plutôt utopique. Ils secontentent souvent de pâles copies de grandes marques, comme les jeans ou leschemises cow-boy. Dans les magasins pour hommes, ce sont plutôt des jeunes,âgés entre 20 et 30 ans que nous rencontrons. Certains ont travaillé durementet ont économisé sou par sou pour pouvoir se payer un jean, un blazer, untricot et des souliers griffés. Celui qui dépense le moins en a au moins pour10 000 DA et s'en va tout heureux de pouvoir mettre des habits qui ressemblentà ceux de leurs idoles, footballeurs, chanteurs ou acteurs. Toutes les marquesvendues en Europe ou aux USA sont connues par ces jeunes qui soupèsent,essaient, sentent, comparent et analysent les vêtements proposés avant de sedécider à acheter, et tout ceci pour dire que «nous sommes des connaisseurs eton ne peut pas nous arnaquer», comme nous l'a affirmé l'un d'eux qui estressortit fièrement d'un magasin spécialisé dans les vêtements «griffa»,portant fièrement un luxueux sachet en plastique et racontant à ses amiscomment il a réussi à dénicher la bonne affaire «c'est du vrai, d'ailleurspersonne n'a réussi à me vendre des vêtements contrefaits», continua-t-il ànotre adresse. Pourtant, il lui aurait fallu payer dix fois en France parexemple, le prix déboursé pour acheter la même marque non contrefaite.Autres lieux, autres marchands, et autresclients. C'est au niveau des souks populaires que nous les retrouvons, lesclients étant surtout des personnes âgées, des chômeurs ou des pères de famillene pouvant s'offrir des habits chers et qui se rabattent sur ceux, bon marché,de ces endroits. Les vendeurs étalent leurs marchandises à même le sol, secontentant d'une bâche, et jettent pêle-mêle tricots, vestes, chemises,pantalons en lançant à tue-tête «200 DA la pièce, choisissez, il y a de toutesles tailles et de toutes les couleurs». D'autres proposent des Adidas pourenfant à 300 DA la paire, et il y en a aussi qui vendent des djebbas pourfemmes «une djebba de 1.000 DA pour 300 DA seulement» s'égosillent-ils pouraccrocher les éventuels clients. Le dernier jour du Ramadan est aussi mis àprofit par les ménagères pour faire leurs emplettes pour au moins une semaine.Les légumes, les fruits, les épices, les viandes et le lait sont achetéspresque en gros, comme si elles allaient tenir un siège d'une duréeindéterminée. Les gens achètent par exemple 3 à 4 kg de raisin, environ 8sachets de lait, la pomme de terre, malgré son prix qui est passé à 70 et 80 DAces derniers jours, à raison de 5 à 10 kg. Il faut dire que ce sont justementles commerçants qui ont été la cause directe de cette boulimie d'achat car ilsferment tout durant deux jours que dure l'Aïd. Et petit à petit, les citoyensalgériens ont pris cette mauvaise habitude de stocker de grandes quantités d'aliments,quitte à en jeter la moitié par la suite «pourvu que je ne manque de rien,surtout qu'il y a beaucoup d'invités qui viendront «est la réponse que nousavons eue de la part de quelques-uns que nous avons questionnés sur les grandesquantités achetées. Ceci, sans parler des dizaines de bouteilles de limonadeque ramènent les enfants de chez l'épicier du coin.  Quoiqu'il en soit, l'ambiance bon enfant qui règne durant cetteultime nuit du Ramadan fait oublier la cherté de la vie, les difficultés quenous rencontrons quotidiennement et même les sempiternelles querellesramadanesques se sont estompées. Le jour de l'Aïd, tous les magasins sontfermés, à part quelques cafés, les fast-foods, qui font des affaires d'or avecl'argent des enfants à qui ils vendent des casse-croûtes de merguez etcertaines épiceries de quartiers. Les gens se dirigent vers les mosquées parmilliers à partir de 7 heures et y restent jusqu'à 9, après avoir accompli laprière de l'Aïd et écouté le sermon de l'Imam. Après la prière, c'est la séancedes embrassades et des souhaits de bonheur et de longue vie que se partagenttous, ceux qui se connaissent et ceux qui ne se connaissent pas. A voir lesAlgériens le jour de l'Aïd, on se demande si ce sont les mêmes pendant toutel'année : chacun essaie de paraître le mieux possible, s'excusant auprès detous et souhaitent le bonheur et la prospérité à chaque personne qu'ilrencontre. Ils sont tout sourire, et ceux qui arrêtent leurs véhicules enpleine route, en descendant pour souhaiter bonne fête à une connaissance sontexcusés d'office, même s'il y a une file interminable de voitures qui attendleur bon vouloir. La bonhomie et la joie se lisent sur tous les visages et lesenfants vêtus de neuf égaient les rues des quartiers, faisant oublier par lamême occasion les nids-de-poule pleins d'eau crasseuse et la mauvaise odeur deségouts qui s'amusent à déverser leur eau noire et nauséabonde juste à la veillede l'Aïd. Dans toutes les demeures, les mères de familles ont préparé ledéjeuner, chose qu'elles n'ont pas faite durant un mois et ont sorti lavaisselle des grandes occasions, pour mettre en valeur les gâteaux qu'elles ontpréparés avec amour une semaine durant. Les morts ne sont pas oubliés et lescimetières sont pleins de monde. Toutes les tombes ont quelqu'un qui invoqueDieu et qui prie pour eux. De temps en temps, des pleurs se font entendredevant des tombes encore neuves, preuve que le mort n'a quitté les siens quedepuis peu. Toute la journée se passe ainsi, entre les embrassades, les visitesaux familles, les souhaits de bonheur et de joie, transmis soit de vive voix,soit par des messages.
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