Malgré les avancées technologiques dans tous les domaines et le recul de l'ignorance, le charlatanisme et les croyances médiévales ont la peau dure et le nombre de ceux qui y croient ne fait, paradoxalement, qu'augmenter. Ainsi à Blida, à Alger, ou ailleurs, des femmes et des hommes continuent de profiter d'une manière éhontée de la crédulité des gens exacerbée par des problèmes de tout ordre. Pour les femmes, elles sont reconnaissables à leur accoutrement particulier et à l'accent ainsi que par les nombreux tatouages qu'elles portent sur le visage, sur les bras ou ailleurs. Nous les rencontrons là où il y a la foule, mendiante un moment puis, sans transition aucune, elles traversent la route ou tournent dans une ruelle et se transforment en devineresse. Elles ne sont jamais seules et vous n'en trouverez aucune sans la compagnie de plusieurs autres femmes de sa condition. Elles vous interpellent et vous demandent quelques sous pour vous prédire l'avenir. Leur nombre est toutefois limité, mais nous en rencontrons encore partout. D'ailleurs il y a seulement quelques années les ruelles transversales à la rue Bab Azzoun étaient leurs fiefs et il a fallu plusieurs interventions aussi bien des riverains que des autorités pour les en déloger. Il en reste bien quelques-unes mais elles font tout pour ne pas se faire remarquer. Mais, quel que soit leur nombre ou leur présence en des endroits bien précis, elles ne font que mendier d'une autre manière. En effet, elles appellent les jeunes, hommes ou femmes, les vieillards aussi, hommes ou femmes. Elles commencent par vous demander si vous voulez qu'elles lisent votre avenir et si elles voient que vous êtes accroché elles vous demandent «melh el yed» (le sel de la main), avant de vous prendre la main, de prononcer quelques paroles incantatoires, de prendre un air docte et mystérieux avant de vous lancer: «je vois du rouge, ce n'est pas bon signe, mais n'ayez crainte, ce n'est que du s'hour que je peux vous enlever mais il faudra payer un peu cher». Si vous faîtes semblant de vous en aller, elles s'accrocheront et vous annoncent de grands malheurs si vous ne suivez pas son conseil et que vous ne lui demandez pas de vous guérir. Au cas où la personne consent à payer pour se faire désenvoûter la bonne femme lui sort une histoire incroyable et essaie de lui faire croire qu'elle sait tout de lui et de ce qui lui est arrivé. Elle lui propose ensuite de lui donner le «médicament» mais il doit débourser au moins 3.000 ou 4.000 DA! «Même si vous n'avez pas d'argent, cela ne fait rien, vous pouvez me donner cette bague en or, ou cette chaînette», ne manque-t-elle pas de préciser. Assez souvent, les femmes se font avoir, donnent de l'argent ou un bijou, et repartent avec quelques talismans ou un sachet d'herbes sèches et mystérieuses. Jusque-là, le danger n'est représenté que par les produits qui pourraient être toxiques et la perte d'un bijou ou de quelques milliers de dinars. Mais là où la prudence doit être recommandée en tous temps, c'est quand ce genre de femmes se déplacent, faisant du porte-à-porte, choisissant à dessein des bâtiments tranquilles où il n'y a pas beaucoup d'enfants jouant dans la cour. Mais là, contrairement à leurs habitudes, il n'y a qu'une seule femme qui vient, ou, tout au plus, deux. Elle frappe aux portes des habitations, s'assoit à même le sol, prend un air abattu et attend. Si c'est une femme qui ouvre, elle se relève, lui vante sa connaissance du s'hour, des hommes et affirme qu'elle sait tout. Elle ne manquera pas de jeter un regard furtif à l'intérieur, pour voir si elle est seule et commence son boniment. Elle demandera à la femme d'aller lui chercher un peu d'argent, des habits ou toute autre chose. Dès que la propriétaire des lieux rentre chez elle, elle la suit en faisant le moins de bruit possible. Parfois elle se contente de la menacer, ou l'attache avec une corde et la bâillonne avant de s'emparer de tout ce qui a de la valeur, avec une préférence pour l'argent, l'or et tout ce qui peut être porté sans attirer l'attention. Avec la dextérité acquise au fil des ans, elle ne passera pas plus de 5 minutes et s'en va, non sans fermer la porte derrière elle. D'autres fois, quand elle rencontre une femme qui veut se défendre elle pourra user d'armes blanches diverses, sans aucun état d'âme. D'ailleurs les histoires de ce genre foisonnent mais, et c'est là l'erreur, très peu de familles consentent à déposer plainte. Nous n'avons pu d'ailleurs avoir connaissance de certains cas à Blida, L'Arba, ou ailleurs, comme aux Eucalyptus (Alger) où une vieille femme faillit perdre la vie, qu'à travers les discussions avec les citoyens qui rapportent ces faits, souvent en les déformant. D'autres font boire à leurs victimes un somnifère et s'emparent de tout ce qui a de la valeur et s'enfuient. Ainsi beaucoup de femmes et d'hommes crédules se sont fait avoir d'une manière ou d'une autre par ces pseudo cartomanciennes et n'osent pas, par la suite, porter plainte, pour des causes multiples. Quoiqu'il en soit la prudence est recommandée en tous lieux, surtout pour les femmes seules qui constituent la proie idéale pour ces voleurs d'un genre particulier. Ceci pour les femmes et les hommes qui n'ont aucune instruction et que nous pouvons comprendre dans une certaine mesure. Mais là où l'entendement est dépassé, c'est quand nous rencontrons des universitaires, des hommes et des femmes ayant une instruction supérieure, des hommes et des femmes qui auraient dû s'en remettre à la science ou, tout au moins à Dieu, mais nous en rencontrons beaucoup malheureusement qui s'en vont chez les diseuses de bonne aventure ou chez certains talebs qui, s'ils avaient réfléchi un moment, auraient pu savoir qu'ils ne peuvent rien faire, malgré tout ce qui se dit sur eux. Certains sont malades et, ne voyant pas la guérison venir, écoutent les vieilles femmes et se rendent chez les hommes se prétendant capables de les guérir. D'autres veulent épouser un homme ou une femme qui ne veut pas d'eux, et il y en a aussi qui ont des problèmes d'ordres divers qui cherchent des solutions surnaturelles à des faits normaux qu'ils peuvent régler avec un peu d'intelligence et de patience. Ceci nous indique que le charlatanisme a encore de beaux jours dans notre pays et que ce ne sont ni les beaux discours, ni les lois inappliquées qui y changeront quelque chose.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Tahar Mansour
Source : www.lequotidien-oran.com