C'est à travers toute la wilaya que les préparatifs sont menés tambour battant pour la commémoration, aujourd'hui, de la Journée du Chahid. Ainsi, et comme chaque 18 février, les Algériens ont rendez-vous avec ceux qui ont tout donné pour que nous puissions vivre maintenant libres et indépendants. Ils sont morts les armes à la main, ils sont morts sous les balles assassines de la soldatesque française, ils sont morts sous la torture, ils sont morts, car ils n'ont pas vu les mines plantées tout au long des frontières, ils sont morts enfin pour avoir osé dire «Algérie Algérienne», ou pour avoir porté le drapeau vert-blanc-rouge ! Combien sont-ils ? Un million et demi ? Tout le monde s'accorde à dire que leur nombre est beaucoup plus élevé. Chaque 18 février, les officiels, les anciens compagnons d'armes de nos valeureux Chouhada, leurs enfants déjà vieillissant sans les avoir jamais vus, ceux qui ont peu connu la guerre d'Algérie, ceux qui en ont entendu parler par leurs parents ou par les médias et aussi ceux qui en ont profité au maximum, tous les Algériens ont rendez-vous au pied des «Maqam Ecchahid» dans les villes et les campagnes, dans les cimetières des Chouhada repeints pour la circonstance, dans des déchras éloignées et abandonnées, mais qui ont vu les moudjahidine battre les soldats français aux cours de batailles mémorables, au cours desquelles, au détour d'un sentier mal entretenu, les traces indélébiles de camps de concentration, de maisons de toub rasées avec leurs occupants. Les souvenirs remonteront à la surface pour tout le monde. Même dans les villes, il est des endroits, comme Belcourt, Clos-Salembier ou Bab El-Oued à Alger, où l'odeur du sang algérien est toujours prenante et où nous retrouvons parfois des restes de bâtisses qui donnent des frissons dans le dos, et la villa Susini à Clos-Salembier est toujours là, avec ses geôles souterraines aux murs épais, pour rappeler à tous les Algériens les durs moments de la guerre de Libération nationale. Mais, si chaque année nous nous rappelons nos glorieux Chouhada, et le reste de l'année, qu'en est-il ? Avons-nous été capables de sauvegarder notre indépendance si durement arrachée, face aux vicissitudes d'une mondialisation qui nous a dévorés les uns après les autres ? Nous sommes-nous rappelés ces durs moments qu'ont passés nos parents - que nous avons passés - quand aucun Algérien ne pouvait dépasser le cap du CM2 sauf si son père était un ami de la France ? Qu'avons-nous fait pour sortir notre cher pays du sous-développement et de la misère dans lesquels l'a laissé le colonisateur ? Avons-nous su retenir nos chercheurs pour qu'ils puissent créer des richesses sans compter uniquement sur la manne pétrolière ? Qu'est devenue notre école, notre université ? Alors que dans la quasi-totalité des pays, l'école et l'université sont tenues à l'écart de toutes les dissensions, se faisant rappeler au souvenir des peuples par leurs multiples découvertes qui ont bouleversé toute la vie de l'homme, nous sommes encore à nous demander quel programme enseigner à nos enfants et comment amener nos savants à rester chez eux pour faire de la recherche scientifique, sans que les moyens leur soient donnés. Tous sont d'accord pour dire que l'école est la locomotive qui doit tirer tout le pays derrière elle pour le faire avancer dans les technologies, conditions sine qua non de maintien de toute indépendance, de quelque nature qu'elle soit. Nous entendons souvent dire que l'Etat n'a pas su prendre les dispositions nécessaires pour une gestion saine du pays, mais nous, qu'avons-nous fait pour mériter une vie meilleure ? Il ne s'agit point de réclamer des avantages mais il faut les mériter en s'en donnant la peine et les moyens. En définitive, nous nous retrouvons comme celui qui réclame d'être payé avant de commencer à produire. Notre pays est riche, certes, mais la richesse véritable est en l'homme qui produit, qui crée, qui mérite de vivre. Nous nous étonnons souvent devant l'avancée technologique à laquelle sont parvenus les Japonais, ou encore les Américains, mais qui nous empêche d'en faire autant ? Ne parlons surtout pas de transfert de technologie, personne n'accepterait de travailler pour les autres. Nous nous devons de travailler, de créer, de faire des recherches dans tous les domaines, en ayant à l'esprit uniquement le bien-être de l'Algérie entière, sans chercher une contrepartie financière ou autre et c'est seulement là que nous aurons rejoint l'esprit de nos martyrs qui ont sacrifié leur vie pour nous faire vivre dans la paix. Alors, retroussons nos manches, oublions les querelles puériles, reprenons le chemin de la vraie école, et là, nous aurons vraiment préservé ce qui a été très durement acquis par ces hommes dont nous nous rappelons un jour sur trois cent soixante-cinq, en faisant réciter Kassamen à de jeunes scouts qui n'y croient plus.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Tahar Mansour
Source : www.lequotidien-oran.com