Blida

BLIDA : EN ATTENDANT LE PROCHAIN AID



En effet, il y a quelques jours seulement, les gens attendaient avec anxiété l'arrivée de l'Aïd El-Kébir, en comptant et recomptant leurs sous, se demandant s'ils vont trouver chaussure, pardon, mouton à la hauteur de leur bourse ou s'ils vont retourner vers leurs enfants les mains vides.
De très nombreux pères de famille ont raclé les fonds de leurs tirelires pour ramener le bélier à la maison, d'autres n'ont pu, malgré les acrobaties, le faire. Deux jours avant l'Aïd, les couteaux étaient aiguisés, les marchands de tout et de rien avaient tout vendu et les réfrigérateurs étaient pleins à craquer de victuailles de toutes sortes dont la plus grande partie sera jetée à la poubelle.
Le jour ‘A' est enfin venu et ceux qui avaient des moutons sont revenus très vite à la maison après avoir accompli la prière de l'Aïd, les autres, trop pauvres ou trop pingres, sont aussi revenus très vite, ils sont rentrés chez eux mais ils n'en sont ressortis que le soir venu. Les enfants qui ont un mouton étaient fiers et les autres essayaient d'arborer un air détaché trahi par les yeux tristes et au bord des larmes. Puis tout le monde rentre chez soi pour le déjeuner aux environs de 11 h et l'odeur de foie et de c'ur grillé ou frit envahit l'air ambiant. Même ceux qui n'ont pas égorgé de mouton ont eu leurs parts de foie et de c'ur, offertes par les voisins, les amis ou les parents et chacun prend plaisir à savourer ces moments de bonheur où les nantis n'oublient jamais les démunis et les associent, pour une journée, à leur joie. Le lendemain, c'est la visite aux parents qui est programmée, avec les embrassades, les v'ux et les rencontres autour du couscous ou de la rechta. Bien sûr, chacun oublie ses ranc'urs, ses colères et ses vengeances, essayant pour une fois de pardonner, en attendant que passe l'Aïd. Et l'Aïd est passé, les embrassades et les v'ux dans les rues et au bas des immeubles se font plus rares, les gens sont plus pressés et les magasins rouvrent enfin leurs portes restées aveugles durant les deux jours de l'Aïd. Les fonctionnaires sont retournés, ce matin, à leurs bureaux mais la fête n'est pas finie puisqu'ils continueront de souhaiter un joyeux Aïd à leurs collègues qu'ils n'ont pas encore rencontrés et à faire poireauter les citoyens qui ont eu la maladresse de venir le premier jour après l'Aïd. Et comme justement l'Aïd est passé, ils s'en prennent aux malheureux en les traitant de tous les noms et en leur demandant de revenir un autre jour. Mais les employés des bureaux de poste sont tout contents de revenir à leur travail sans voir les chaînes interminables de ceux qui ont retiré, il y a de cela quatre ou cinq jours, tout ce qu'ils avaient pu engranger dans leurs comptes courants postaux. Au deuxième jour de l'Aïd, il n'y avait pas de lait dans les magasins, ce qui a fait dire à un citoyen : «Voilà pourquoi j'ai acheté 10 sachets deux jours avant l'Aïd». Les fruits et légumes étaient aussi soit sans consistance, soit introuvables car, durant près d'une semaine, il n'y aura pas de cueillette faute d'ouvriers.
Pourtant, il y a autre chose qui va retenir l'attention des Algériens, ce sont les élections locales qui ont fait que très nombreux sont ceux qui ont été surpris de rencontrer des personnes qui ne leur adressaient jamais la parole auparavant et qui les ont appelés de loin pour les embrasser très chaleureusement et leur souhaiter bon Aïd, tout en leur glissant à l'oreille : «Je suis candidat de tel parti, alors ne m'oublie pas». Et voilà, avant-hier c'était l'Aïd et aujourd'hui, ce n'est plus l'Aïd, et chacun a revêtu sa véritable peau, sans fard ni masque.
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