Les examens sont terminés, l'année scolaire aussi, l'année universitaire également.
L'été est là, avec la chaleur, le vent chaud qui assèche tout, la nuit trop courte et les journées qui n'en finissent pas. Et, bien sûr, les vacances, dénommées grandes pour les petits et congé annuel pour les travailleurs. D'ailleurs à chaque revendication, les enseignants s'entendent dire que les vacances sont accordées aux élèves et non à eux, et qu'ils n'ont droit qu'à un mois comme tous les travailleurs. Mais ces enfants, ces élèves auxquels le législateur a préconisé près de trois mois de vacances, de repos qui servira à des mois d'apprentissage, ces enfants disions-nous, mettent-ils à produit ces vacances pour se reposer?
Et même s'ils le voulaient, le peuvent-ils? La réponse est, bien entendu, «non» pour 90% d'entre eux. Nous avons donc essayé de savoir où ils passent leurs vacances, ce qu'ils font de leurs journées et de tout ce temps libre.
La première catégorie de ces enfants, ce sont les plus chanceux car ayant des parents aisés, pour ne pas dire riches. Ceux-là n'ont aucun problème, ils ont le choix des destinations et c'est généralement la Tunisie, les pays du Golfe ou l'Europe. Généralement ils ne se mêlent jamais au commun des enfants et ils sont cités par ces derniers avec un certain respect mêlé d'envie. La deuxième catégorie est composée d'enfants dont les parents, sans être riches ne sont pas pauvres et peuvent prétendre, au moins, à une quinzaine de jours en colonie de vacances. Leurs parents, fonctionnaires ou petits commerçants peuvent, quand même, leur payer quelques jours en bord de mer et, de temps en temps, une sortie en famille ou entre amis. Les autres jours, c'est le farniente, un peu de foot, quelques heures dans les cybercafés à jouer ou encore ils aident leurs parents ou voisins dans des commerces ou à faire de menus travaux pour «passer le temps». Bien sûr, ils ne s'agit pas de leur demander de lire un livre ou une revue pour ne pas oublier, ils vous regarderaient avec des yeux ronds et vous rappellent qu'ils sont en vacances et qu'il n'y a donc pas lieu de lire, comme si la lecture ne servait que pour l'école! Nous pouvons dire, sans risque de nous tromper, que cette catégorie comprend environ la moitié des élèves scolarisés. La dernière catégorie est représentée par cette frange des «laissés pour compte» composée de ceux qui ont des parents trop pauvres, des orphelins, des «sans parents» et de tous ceux qui attendent les vacances uniquement pour travailler et gagner quelques sous pour aider la famille ou pour pouvoir, au moins, s'acheter quelques vêtements made in, un MP3 pour se faire brancher ou visiter la mer, le vendredi, avec quelques copains. Ceux-là commencent à chercher du travail dès le mois de mai, ne faisant même pas attention aux examens car sachant qu'ils ne sont pas faits pour les études. Nous les rencontrons dans les cafés à faire la plonge ou à servir les clients, à aider les marchands de fruits et légumes, à vendre des broutilles dans les marchés pour femmes. D'autres encore se mettent à vendre de l'eau minérale dans les bus, sur les plages et un peu partout où il y a du monde. Jusque-là, ces petits métiers sont plutôt propres et relativement faciles, mais il y en a qui sillonnent les décharges publiques, dès le lever du jour, à la recherche d'objets en métal ou en plastique qu'ils revendent au kilo à des spécialistes de la récupération. Ils sont là jusqu'à 13 ou 14 heures puis s'en vont en poussant devant eux des remorques trop lourdes sur de longues distances, parfois jusqu'à 5 ou 6 km avant d'arriver chez les revendeurs. On les rencontre, au plus fort de la chaleur estivale, s'en revenant, comptant et recomptant le pécule qu'ils auront gagné. Certains arrivant à se faire jusqu'à 1.500 DA tous les 2 ou 3 jours. Ils se rendent ensuite dans leurs quartiers, l'air fier de celui qui a gagné sa journée, laissant loin derrière eux les études, les cartables et autres livres. Ils semblent plutôt dans leur élément, tels de petits adultes que la vie n'a pas choyés mais qui se sentent tout forts d'avoir vaincu la déveine. Leur argent, ils le partageront avec leurs pères qui n'arrivent pas à joindre les deux bouts. Un peu, de temps en temps, pour la mère ou la grande soeur pour s'acheter une djebba ou un jidjab, l'achat d'un portable pour épater les amis et, bien sûr, garder de quoi payer le taxi pour la plage, l'achat d'un bermuda pour nager et enfin en garder comme argent de poche qui leur permettra de se pavaner, de s'attabler au café, avec les grands. Quand arrive jeudi c'est le branle-bas de combat; il faut chercher celui qui les amènera à la plage et les ramènera, en essayant de payer le moins possible. Le lendemain, à partir de 8h, les bus, les voitures particulières et même les motos servent comme moyens pour rejoindre les différents plages, de préférence celles drainant le plus de monde. Le soir, c'est le grand retour, le torse nu, exhibant fièrement un bronzage parfait, l'air fatigué mais heureux. Après s'être sommairement lavé, nos enfants s'empressent de regagner leurs lits pour se réveiller, très tôt le lendemain matin, afin de reprendre les activités interrompues durant une journée. Ce temps qui les aura fait un peu oublier leur quotidien.
Et c'est ainsi que se passent ces grandes vacances que nous disons pour le repos des enfants, pour qu'«ils rechargent leurs accus et reprennent, dès le début septembre, le chemin de l'école. Mais, pourront-ils retourner dans les classes avec l'esprit clair, frais et dispos de ceux qui ont passé plus de deux mois de vacances? Rien n'est moins sûr, car ils seront surmenés, fatigués, mécontents de regagner l'école, synonymes de stress, d'incompréhension de leçons à apprendre et surtout de manque d'argent. Mais passez, quand même, de bonnes vacances.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Tahar Mansour
Source : www.lequotidien-oran.com