Blida - Revue de Presse

Blida: Scènes de tous les jours





Nous sommes au niveau de la gare routière de Blida. Des milliers de femmes, hommes, enfants se rendent quotidiennement dans cet endroit, qui pour faire ses emplettes, qui pour rejoindre une autre ville ou une autre wilaya. Des cris, des appels, des klaxons, des ronflements de moteurs assaisonnés aux mille et une odeurs nauséabondes, aux fumées des bus poussiéreux et à celle des innombrables fast-foods. Soudain, un cri strident s'élève de l'entrée du marché Guassab, et une foule compacte se rassemble aussitôt, chacun essayant de voir et de savoir. Après quelques minutes de flottement, nous apprîmes qu'il s'agissait d'une femme d'une cinquantaine d'années qui pleurait encore et qui expliquait à qui voulait l'entendre qu'on lui avait volé son porte-monnaie contenant plus de 4 millions de centimes, avec lesquels elle allait acheter des habits pour sa fille qui se mariait dans deux mois. Des visages compassés, d'autres moqueurs, d'autres enfin courroucés entouraient la femme, assise à même le sol.

Des policiers arrivèrent et la femme reprit ses pleurs de plus belle avant de les accompagner pour déposer plaintes. Non loin de là, au niveau des bus, des policiers en civil arrêtent un jeune homme qui avait subtilisé le téléphone portable à une jeune fille, qui tentait de se hisser dans un bus au milieu de dizaines de personnes voulant toutes y accéder. Autres lieux, autres scènes. Cette fois, nous sommes dans le marché à bestiaux de l'Arba, un vendredi matin. A partir de 5 heures, les maquignons y affluent pour y vendre leur bétail ou pour en acheter. Ils ne sont pas les seuls, il y a les petits éleveurs, il y a les agriculteurs qui proposent des bottes de foin et il y a ceux qui abattent des boucs, des chevreaux, des brebis ou des moutons et qui en vendent la viande à des prix défiant toute concurrence. C'est interdit car il n'y a pas l'estampille du vétérinaire et les contrôleurs ne pardonnent pas. Justement, il y en a deux qui s'approchent, accompagnés des agents du service d'hygiène de l'APC. Les policiers sont un peu plus loin, peu nombreux par rapport à l'endroit.

Un contrôleur demande à l'un des bouchers de lui montrer l'estampille (qui n'existe pas), puis essaie de toucher la viande pour voir de lui-même.

L'homme, rouge de colère, se rue vers le contrôleur, une hache à la main et lui ordonne de s'en aller et de le laisser tranquille. Le contrôleur ne put que se sauver, ne pouvant rien faire. Il n'y a pas longtemps, nous avons eu connaissance de ce jeune, âgé de 20 ans et déjà repris de justice, qui s'attaquait aux jeunes filles esseulées en essayant d'abuser d'elles par la force et la menace.

Quelques kilomètres plus loin, ce sont deux jeunes, encore au lycée, qui essaient de subtiliser de l'argent de la caisse d'un commerçant. Et partout ailleurs, aux abords des lycées, des collèges et même des écoles primaires, les dealers font la loi. Il n'y a qu'à voir les arrestations opérées par les différentes sûretés et par les brigades de gendarmerie disséminées à travers le territoire de la wilaya de Blida, même si les quantités saisies sont parfois minimes, ce ne sont en fin de compte que celles saisies, combien y a-t-il de kilogrammes qui sont consommées ? Personne ne peut répondre. Nous pourrons nous étendre sur des pages entières sans arriver à rapporter toutes les exactions subies par les citoyens partout où ils se rendent, dans les administrations par des agents qui s'estiment maîtres incontestés des lieux. Aux abords des lycées, des énergumènes sont là, à bord de voitures flambant neuves appartenant aux parents ou sur de grosses cylindrées dont ils font ronfler les moteurs pour épater les jeunes filles.

Souvent, ils cherchent à les prendre avec eux de force, les insultant quand elles n'acceptent pas. Les villes de la Mitidja sont surpeuplées depuis la grande «Harba» des années de braise et les régions rurales sont toujours désertes malgré la volonté des pouvoirs publics de persuader les anciens habitants à y retourner.

Les citoyens sont témoins, chaque jour, de scènes qui mettent aux prises des policiers qui veulent faire leur travail proprement et des citoyens récalcitrants qui ne l'entendent pas de cette oreille.

Les jeunes qui vendent des fruits ou autres choses aux portes des marchés, obstruant les entrées, bloquant la circulation, salissant tout et s'en prennent aux policiers dès qu'ils veulent les en chasser. Bien sûr, certains diront qu'il faut bien que ces jeunes gagnent leur vie et que l'Etat n'avait que leur garantir un travail décent, mais il faut rappeler aussi que pour construire des logements à un rythme normal, l'Algérie a été obligée d'importer une main-d'oeuvre chinoise, car nos «hommes» ne veulent pas travailler dans un chantier «pour un salaire de misère», disent-ils.

Mais pourquoi les Algériens sont-ils arrivés à ce point ? Invoquer uniquement les séquelles des années noires n'est certainement pas équitable envers nous-mêmes, car après plusieurs années de paix retrouvée, nous aurions pu sortir complètement de l'ornière.


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