«27 DA le kilogramme, c'est vraiment
donné», criait un vendeur de pomme de terre dans un marché de la Mitidja. En
effet, à l'entendre, et après que les Algériens aient vécu les années passées à
plus de 80 DA le kilo de ce tubercule, nous pouvons dire qu'à 27 DA ou même à
30 c'est vraiment donné ! Bien sûr, à première vue, ce sont de belles grosses
patates que les pères de famille s'empressent d'acheter, n'étant pas certains
de retrouver l'après-midi le même prix. Mais, arrivés chez eux, ils se voient
presque rabourés par leurs douces moitiés qui s'étonnent devant la montagne de
boue qu'elles ont enlevée de ces quelques kilogrammes de pomme de... terre ! En
effet, les tubercules que ramènent les hommes et qu'ils ont colportés sur de
longues distances, parfois jusqu'à 2 ou 3 km pour arriver chez eux, sont
recouverts d'une boue rouge et collante que les femmes enlèvent avant de laver
les pommes de terre et de les peler. Le poids de cette glaise est souvent plus
élevé que celui du légume proprement dit, et le prix s'en trouve donc multiplié
par deux. Ne croyez surtout pas que c'est juste parce qu'il a plu et qu'il est
malaisé d'ôter cette terre - bien que les fellahs soient obligés de le faire -
mais même quand le soleil brille et que la terre est sèche, les prétendus
fellahs trouvent le moyen de vendre leurs produits recouverts de terre qui,
heureusement, tombe dans le cageot à cause des frottements et des
manipulations, et cela n'arrive pas lorsque la terre est mouillée et qu'elle
colle. Pourtant, ce n'est pas tellement de laisser cette boue sur la pomme de
terre qui est étonnant, c'est l'attitude du fellah, du grossiste et du
détaillant qui ne ressentent aucun remord à vendre de la terre glaise, c'est
bien ce qu'ils font et n'ont peur ni de Dieu ni des agents de contrôle ou des
services de sécurité. D'ailleurs, l'acheteur, le client-roi, n'a même pas le
droit ni la latitude de revendiquer quoi que ce soit, car il n'a devant lui que
le détaillant qui s'estime lui aussi victime et ainsi de suite, jusqu'au fellah
qui déclare que s'il s'amusait à nettoyer son produit il se retrouverait avoir
travaillé à perte. Outre la pomme de terre recouverte d'une épaisse couche de
boue, nous trouvons les artichauts, les choux et choux-fleurs avec des pieds
qui mesurent jusqu'à 25 ou 30 cm, l'oignon vert, les fenouils, la salade verte
avec des feuilles qui dépassent de loin ce qui est admis et ce qui est
consommable, d'ailleurs le détaillant s'empresse de découper ces feuilles
inutiles, dès qu'il a pesé la marchandise. C'est donc la même chose pour la
pomme de terre, on nous vend ce qui est inutile, immangeable, que nous jetons
avant même parfois que l'on rentre chez nous. Les services concernés devraient
prendre des mesures contre ces commerçants afin de préserver le pouvoir d'achat
des citoyens qui descend en chute libre.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Tahar Mansour
Source : www.lequotidien-oran.com