
Plusieurs villas à Beni Mered, wilaya de Blida, sont converties en « cliniques » par des soignants très sollicités par des citoyens venus des quatre coins du pays. Les immatriculations des dizaines de véhicules stationnés aux alentours attestent de l'attrait national de cette localité, transformée en un « royaume » de la phytothérapie. Le recours aux plantes médicinales pour soigner diverses maladies ou calmer des douleurs est, en fait, un phénomène en vogue et même incrusté dans les m?urs. Et la demande consistante sur cette forme de médication a imposé un système de travail par rendez-vous, tant les soignants ne parviennent plus à répondre aisément à une sollicitation sans cesse croissante de citoyens en quête d'une guérison sans passer par les médecins et les officines de pharmacie. Dans ces villas-cliniques, des salles d'attente sont aménagées et des secrétaires s'attellent à classer les dates et heures de visite. Le fonctionnement de ces « hospices » est identique à celui des établissements de santé publique ou privée. « Il y a des patients qui ont pris rendez-vous depuis deux semaines et attendent toujours leur tour. En moyenne, une quarantaine de personnes sont consultées quotidiennement », avoue une secrétaire exerçant dans une de ces demeures assez particulières. Dans son bureau, le téléphone n'arrête pas de sonner et les patients se bousculent pour avoir accès au guérisseur. Les disputes verbales y font partie de l'ambiance, les patients, pressés d'avoir « la potion magique », en arrivant parfois aux mains, selon cette jeune employée, visiblement dépassée.La concurrence, un vain mot !Les propriétaires de ces locaux de phytothérapie ne chôment pas à longueur d'année. Ils parviennent tous à rentabiliser leur activité, en dépit de l'alignement et de la proximité des « cliniques » sises pratiquement dans un même endroit. Mais le bon voisinage y demeure le maître mot, tant la concurrence n'a pas droit de cité. « Nous travaillons bien et éprouvons même du mal à satisfaire toute la demande. Nous sommes des collègues, mais aussi de bons voisins et nous sommes prêts à voir d'autres cliniques ouvrir ici, sans aucun souci », attestent certains guérisseurs. « Personnellement, j'ai été orienté ici par le phytothérapeute du coin qui a de nombreux clients pour cette journée. Etant pressé et souffrant de maux de dos atroces, je lui ai demandé conseil et il n'a pas hésité un instant pour me conseiller son voisin immédiat », avoue Hamid, la quarantaine, venu de Hadjout (Tipasa). A Beni Tamou, le business fonctionne à merveille et il y a de la place pour tous les connaisseurs en phytothérapie. Aucun risque sur investissement n'est à prendre.Echapper aux produits chimiques et aux effets indésirablesLe recours à la phytothérapie est motivé par le désir de bénéficier d'un traitement naturel et sans effets néfastes sur leur santé, ont confié, à l'unisson, les dizaines de patients, tous âges et sexes confondus, croisés sur les lieux. « Les médicaments conventionnels ont tous des effets indésirables et peuvent même provoquer d'autres problèmes de santé à long terme, contrairement aux plantes médicinales », argumentent-ils. Mohamed, la soixantaine entamée, persiste et signe sur les bienfaits de la phytothérapie. « Moi, je souffre d'un problème à la vessie. Je suivais un traitement chez un spécialiste, mais je ne peux prendre des comprimés car j'ai un problème d'estomac. Depuis que je me soigne avec les plantes, mon état de santé s'est amélioré et sans problème », témoigne-t-il, pour justifier son statut de « client le plus fidèle » aux phytothérapeutes de Beni Tamou. En effet, les guérisseurs, dont certains accrochent des attestations et diplômes dans la spécialité sur les murs de la salle d'attente, prescrivent des ordonnances assez particulières : des noms de plantes et de mélanges d'herbes sur des bouts de papier avec la posologie à suivre. Un métier, d'apparence assez simple, mais très réussi. Les guérisseurs se félicitent, d'ailleurs, du « succès de leur activité et de la croissance sans cesse de sa réputation ».Un contrôle rigoureux s'imposeLa réglementation de l'activité de phytothérapie constitue une nécessité absolue afin de parer à toute éventuelle conséquence sur la santé publique, estime le président du Conseil régional de l'ordre des médecins de Blida, Dr Yacine Terkmane. « Le principe de la phytothérapie est acceptable et même connu, mais l'organisation et la réglementation de sa pratique est aujourd'hui plus que nécessaire.Car on constate qu'il s'agit plutôt d'une activité commerciale, où des guérisseurs prescrivent des plantes et herbes sans aucune hésitation et considération », a-t-il regretté, dans une déclaration à l'APS. A Blida, des dizaines, voire des centaines de cabinets de phytothérapie exercent, mais leur contrôle par les services concernés est quasi absent. « Aujourd'hui, on est devant une situation de risque et il est temps de contrôler cette activité, car cela touche directement à la santé des citoyens », a-t-il insisté. La conscience des citoyens est aussi indispensable, a-t-il estimé, les appelant à la vigilance, surtout que certains traitements sont réalisés de façon industrielle au vu de leur emballage et des mélanges de produits divers, ce qui peut représenter une menace réelle pour la santé publique.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Horizons
Source : www.horizons-dz.com