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Les yeux rivés sur son téléviseur Mourad, ce féru de la montagne, attend avec impatience le bulletin météorologique. Sa fille de six ans, une poupée dans les bras, chante des berceuses. Lui, de son air le plus agacé, dit :
- Chut ! la météo. Elle, triste d'avoir interrompu ses chansons, se tait et retourne dans sa chambre. Le bulletin s'annonce, l'atmosphère est au suspense, Mourad a les boules, il tient son ventre, ça y est, la présentatrice apparaît à l'écran et annonce de sa voix fluette «neige et tempête sur 700 m d'altitude.
Mourad, affalé sur le divan, est contrarié.
- Et encore des routes coupées. Quel gâchis ! Je ne pourrai pas bouger ce week-end. Quelle chance pour ceux qui sont déjà là-haut, quel plaisir pour les yeux de voir cette immensité couverte de son manteau blanc. Déçu, il éteindra son poste et rejoindra sa petite fille qui est déjà couchée. Mourad n'est pas le seul à guetter la météo. Saliha, la soixantaine passée, ne rate jamais le bulletin. Et pour cause, elle doit se rendre à Blida le lendemain pour assister à une cérémonie de mariage et elle déteste rouler sous la pluie. Et manque de pot, il pleuvra et il fera très froid. «Quelle poisse !» La météo est un terme qui a enrichi le lexique des Algériens inquiets ces dernières années des perturbations atmosphériques de leur pays. Il est rentré dans nos mœurs, et il est sur toutes les langues. Grands et petits s'y intéressent, commentent et bien entendu critiquent. «Ils sont toujours à côté de la plaque, ils ont annoncé les foudres du ciel, je me suis blindée et me suis encombrée de mon parapluie que je vais encore perdre, cela fera le troisième cette saison, alors que le soleil brille.» A bord de son taxi, ce chauffeur qui n'est pas né de la dernière pluie ne tarit pas d'éloges sur les prévisions météorologiques. Il s'adresse aux passagers : «Vraiment, je leur tire chapeau, tout ce qu'ils ont prédit s'est avéré juste. D'ailleurs j'avais une course à Bordj, je l'ai annulée car ils ont prévu pluie et mauvais temps.» Un client de l'épicier du coin que j'ai croisé en faisant mes courses était tout content d'annoncer que le froid et la pluie «cesseront cette nuit, demain retour du beau temps. Ce n'est pas moi qui le dit je l'ai lu dans les journaux». La petite Maya qui n'a pas encore bouclé ses sept ans se met elle aussi de la partie. Le matin en s'apprêtant à rejoindre son école, elle s'acharne à vouloir chausser ses bottes, son père ne veut pas : «Il fait beau aujourd'hui ne t'encombre pas avec.» Elle rechigne et lui répond : «Non papa, il va pleuvoir, la météo l'a prévu.» Elle ne mettra pas ses bottes. Mais elle ne croyait pas si bien dire. La météo lui donnera raison : il pleuvra ce jour-là !
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Naïma Yachir
Source : www.lesoirdalgerie.com