Blida - Revue de Presse

Attentat raté contre un ancien «émir» du GIA



Tentative d’assassinat ou avertissement ? L’attentat à l’explosif d’avant-hier auquel a miraculeusement échappé l’ancien chef terroriste, Mustapha Kertali dit Abou Abderrahmane, reste des plus énigmatiques, en attendant la conclusion de l’enquête menée par les forces de sécurité. Les anciens dirigeants de différentes organisations terroristes ou de l’ex-FIS, interrogés par la presse nationale sur la signification de ce crime, ont pointé du doigt, de façon unanime, les «ennemis de la réconciliation», sans pour autant apporter le moindre détail sur cette nouvelle nébuleuse qui pourrait être personne et n’importe qui. Il est cependant une autre opinion dans l’air, chuchotée ici et là, faisant état d’un possible règlement de comptes entre les anciens terroristes à propos d’un éventuel «trésor de guerre» dont ils ne profitent pas eux-mêmes. Entre ces deux opinions, le seul fait palpable, à l’heure actuelle, et sans préjuger des résultats de l’enquête, reste la «signature» de l’attentat lui-même. La tentative d’assassinat de Kertali a échoué alors que la probabilité de son ratage n’avait quasiment aucune chance, vu la manière dont l’attentat semble avoir été préparé selon ce que la presse a rapporté. Une bombe commandée à distance, placée dans son véhicule sous le siège du conducteur, devait logiquement non pas l’amputer d’une jambe comme ce fut le cas, mais carrément le pulvériser. L’hypothèse la plus plausible est donc qu’elle fut placée non pas sous le siège, mais sous le châssis, à l’avant de la voiture et c’est le moteur qui a absorbé la déflagration d’une puissance relativement faible puisque le pare-brise, d’après les photos, n’a pas été arraché. Cela signifie que l’auteur, qu’il soit un individu ou un groupe, était plus tenté par lancer un sérieux avertissement à la victime que par sa liquidation physique. Soit parce qu’il a besoin d’elle vivante pour parachever quelque sombre dessein, soit pour adresser un message à d’autres. Tout le problème reste de savoir qui a intérêt à s’en prendre à l’ancien «émir» de la katibat Er-Rahmane du GIA pour la région de Larbâa (Blida). Et avant tout qui est-il? Kertali est souvent présenté par les médias, qui se sont intéressés à lui il y a quelques années, comme un «émir de l’AIS» alors qu’il n’a jamais appartenu à cette ancienne organisation terroriste. Celle-ci, contrairement aux régions Est et Ouest du pays, n’est jamais parvenue à implanter un «émirat» dans le centre du pays où elle comptait quelques groupes du fait de désaccords entre eux sur celui qui devait les diriger: les groupes locaux voulaient désigner eux-mêmes leur «émir» alors que l’organisation tenait à le nommer elle-même. L’ancien maire/FIS qu’est Kartali a sévi en électron libre à la tête de son groupe constitué de terroristes de sa région Larbâa jusqu’au moment où il a rejoint, avec armes et bagages, le GIA à la faveur du «pacte d’unification» de mai 1994. Ce dernier était dirigé alors par Cherif Gousmi qui a pu rallier à lui nombre de groupes et organisations jusque-là autonomes, en essuyant un refus de la part de l’AIS qui s’est en démarquée. Kertali restera donc «émir» de Larbâa et deviendra même «coordonnateur» des groupes de la région qui englobe Meftah (actuellement tellement convoitée par l’ex-GSPC) et Sidi Moussa jusqu’à sa rupture avec le GIA en décembre 1995, selon ses propres déclarations dans une ancienne interview. Il n’a pu convaincre ses propres terroristes de la justesse de sa dissidence dans laquelle il ne sera suivi que par une quinzaine d’entre eux alors que plusieurs dizaines la constituaient. Jusqu’à l’été suivant, redevenu autonome avec son groupe, il traversera des moments très durs, pourchassé dans le cadre de la lutte antiterroriste, mais également par le GIA qui le considérait comme un «traître». Durant cette période, où il avait la possibilité de mettre fin à son calvaire en déposant les armes dans le cadre de la loi sur la «Rahma», alors que l’AIS était entrée directement dans des pourparlers avec les autorités pour mettre fin à son terrorisme, il a choisi de créer sa propre organisation. Il annoncera, en effet, la naissance de ce qu’il a appelé le «Mouvement islamique pour la prédication et le djihad» (MIPD), le 16 juillet 1996, qu’il disait regrouper des transfuges du GIA, l’ancien «Mouvement pour l’Etat islamique» (MEI) et le «Front islamique pour la djihad armé» (FIDA), qui avaient rallié eux aussi, comme lui, le GIA en 1994. Dans le communiqué annonciateur, signé de lui et repris à l’époque par l’AFP dans une dépêche datée du 22 juillet 1996, il proclame sa défiance à l’égard du GIA, condamne les «parties découragées et le FIS et son armée» (AIS), en fustigeant toute idée de «réconciliation». Curieusement, l’«afghan» algérien, Abdellah Anas, «exilé» à Londres, était le premier à lui déclarer son soutien, dans une interview à El-Hayat, et restait, jusqu’à preuve du contraire, le seul à l’avoir fait. Jusqu’en novembre 1997, quand il annonce respecter la «trêve» proclamée par l’AIS un mois auparavant, son organisation ne se distinguera en rien dans la région de Larbâa qui a continué à subir le même terrorisme qu’elle a connu depuis les débuts du phénomène. Sauf que, durant cette même période qui s’étalera jusqu’à janvier 2000 et l’abandon définitif du maquis, un certain nombre de terroristes qui lui étaient liés ont mis fin à leur «trêve» et ont rejoint le GSPC alors que d’autres qui ont tenté de le faire ont été arrêtés par les forces de sécurité. Avec un parcours de ce genre, succinctement présenté ici, il est difficile de ne pas penser que l’attentat auquel il a échappé avant-hier ne soit pas lié à son passé. Et si l’hypothèse est fondée, le mobile pourrait être repérable à partir de la reconstitution de son itinéraire depuis qu’il a bénéficié des mesures accompagnant la loi sur la «Concorde civile».
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