Encore quelques heures et il y aura plus de monde sur les marches du TM de Blida que sur celles de la Grande-Poste, un vendredi !Décennie brune '
Une femme est toujours seule en Principauté ! Prenez une montée des marches sous l''il goulu d'une caméra non déclarée, filmant au black et volant le droit citoyen à l'image. Eh bien, les hommes eux montent les marches, accompagnés. Certes, par des armoires à glace, mais accompagnés tout de même. Et parfois devisant avec les paquets de muscles, évoquant sûrement la légère brise qui descend du Haut Chréa vers la vallée en bas. Accompagnés en signe de déférence ultime. La femme, elle, doit monter seule. Le voyeurisme doublé de cynisme machiste. La femme a beau avoir tout connu, et déjà les geôles du régime, il faut encore marquer, accentuer un peu plus cette scarification en l'amenant solitaire sur ce chemin de gravier et de crissements amplifiés. L'écraser du poids de cette solitude infâmante. L'homme arrive par petits groupes, les mains dans les poches. La femme est un groupe à elle seule, dans sa tête. Seulement dans sa tête. Le sac de jute et les pieds nus ne sont pas très loin dans cet univers de mâles où la « Femme de Paroles » est à punir. Les zommes sont héroïsés, même dans leur montée vers l'échafaud. Au café du commerce, le soir même, on commentera, admiratifs, la Montée des Zommes : « T'as vu ' Ils avaient les mains dans les poches, et semblaient tellement à l'aise ! » La femme, elle, doit être poursuivie d'avilissement dans ces instants ultimes avant l'avaloir. Acharnement ! La parole, la pensée, la réflexion, lorsqu'elles fusent d'un crâne de femme, entrent aussitôt dans la sphère de la culpabilité et du soupçon castrateur. Alors, la sanction ! SEULE ! Tu viens à nous ! Mais tu viens seule ! Tu montes les marches, mais tu les montes seule ! Rien ne doit venir perturber le champ de la caméra qui te balaie sans vergogne. Ni gardes. Ni hommes. Ni commentaire. Seule pour te rappeler encore et encore que tu es femme au pays des zommes. Que tu n'es que ça ! Femme ! Livrée seule sur un parvis au rite sacrificiel qu'endurent les femmes de mon pays. Celui d'un univers de créatures dites hommes, fortes de ce pouvoir étrange d'offrir au marbre des marches une proie seule. Demain s'éloigne ! Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Hakim Laâlam
Source : www.lesoirdalgerie.com