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Affaire Achour



Affaire Achour
Alors que la défense avait laissé une lueur d'espoir, le tribunal a conforté le premier jugement rendu dans l'affaire condamnant Achour Abderrahmane et son adjoint à 18 ans de prison ferme.
La soupe à la grimace de Me Miloud Brahimi, au moment où le juge Mohamed Rekkad faisait lecture de plus de 100 questions posées aux différents accusés et témoins dans l'affaire, était un signal que les dés étaient jetés et que les carottes étaient cuites.
Dans un silence de cathédrale, le magistrat annonce les peines : 18 ans contre Achour Abderrahmane et A. Rabah, son adjoint. Ses deux proches S. B. et S. D. écopent respectivement de 14 et 12 ans. Côté banque, deux cadres supérieurs B. M. et K. L. M., le directeur de l'agence de Bouzaréah en fuite (A. M.) et D. A., directeur régional, sont condamnés respectivement à 14, 10, 10 et 8 ans de prison.
La secrétaire M. H. écope de 8 ans. D'autres peines allant entre 6 et 3 ans ont été prononcées à l'encontre de cinq personnes, alors que six mis en cause ont finalement été acquittés, dont deux femmes L. M. et S. D. À retenir que toutes les peines ont été assorties d'une amende variant entre
50 000 et 1 million de dinars. L'un des chefs d'accusation, à savoir l'association de malfaiteurs, a été au départ annulé.
Mais le juge reviendra sur la question pour lui donner une autre tournure : il s'agit d'une association de malfaiteurs ayant servi à préparer une organisation ayant abouti à la dilapidation de deniers publics.
Au-delà du jugement rendu après une quinzaine de jours d'auditions, de réquisitoires et de plaidoiries et après un renvoi de la Cour suprême, que peut-on dire de cette affaire à part qu'elle rappelle curieusement l'affaire Khalifa avec, bien sûr, moins d'envergure ' Comme l'avait si bien résumé
Me Brahimi, lors de son anthologique plaidoirie, 'au lieu d'une justice à deux vitesses, l'affaire a eu droit à un jugement à toute vitesse'. On l'aura compris comme l'a fait remarquer Me Laceb, 'cette affaire a été expédiée'. L'affaire Achour Abderrahmane est une suite de coups de théâtre.
Au moment où l'on s'attend le moins apparaît un fait nouveau, semant le doute dans un procès controversé. Pourtant, la défense brillamment menée a réussi un certain temps à renverser la vapeur, à l'image des Laceb et Bourayou. Le premier, contredisant l'accusation, démontre avec des preuves concrètes l'existence tant remise en cause des sociétés dites fictives de Achour Abderrahmane. L'avocat assure avoir une copie du rapport de l'inspection régionale de Blida établi en 2003, et attestant que la Sarl National A+ 'est une entreprise en plein essor employant 750 travailleurs déclarés et dont le redressement fiscal a atteint 500 milliards'. Cette dernière, appuie l'avocat, a été sollicitée à l'époque pour des marchés de travaux publics au niveau de certaines communes du centre de la capitale.
Comment peut-on parler de société fictive quand cette dernière réalise un chiffre d'affaires mensuel dépassant les 3 milliards de dinars ' Comble de l'ironie, elle est même félicitée pour la qualité de ses travaux. 'Peut-on affirmer une chose et en même temps son contraire , s'étonne l'avocat.
Des autres sociétés, il plaidera dans le même sens. 'Mamounia, Prodiprom, Natasim existent et continuent de faire travailler des gens', affirme la défense. Revenant sur le cas des chèques sans provision, l'avocat fait noter que des 1 957 chèques barrés, on ne retrouve aucune traçabilité prouvant le paiement ou le non-paiement. Aucune preuve tangible de l'utilisation de ces chèques pour retirer de l'argent. Pour la défense, 'l'affaire a été exploitée pour cacher le fameux trou de 4 000 milliards dont souffrait depuis quelque temps la BNA', et de déclarer que 'la banque s'est retranchée derrière le sceau de l'Etat pour commettre des actes frauduleux d'une extrême gravité'. Défenseurs et observateurs s'accordent sur un point : Achour Abderrahmane a-t-il détourné autant d'argent ' Comment a-t-il réussi à tromper tous les systèmes de contrôle d'une aussi grande banque nationale ' Et si la fameuse lettre anonyme n'avait jamais été écrite, que se serait-il passé ' Pourquoi le choix du moment ' Comment expliquer la légèreté de l'expertise ' Des questions auxquelles il est très difficile de trouver des réponses. Et si la complicité des agences de Bouzaréah, Cherchell, Koléa, Aïn Benian et Zighoud-Youcef n'est plus à démontrer tant elle est frappante, les opérations reprochées à Achour Abderrahmane continuent d'alimenter l'une des plus grosses énigmes dans le détournement de deniers publics. Même si on ne peut parler de l'innocence des accusés, le contrôle a, dans cette affaire, montré trop de faiblesses. 'La justice consiste à mesurer la peine et la faute, et l'extrême justice est une injure', disait Montesquieu dans L'Esprit des Lois.
A F.


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