Blida - Revue de Presse

Abandon



Le fait est renversant : la ville de Tamanrasset est en ébullition. La population s?est révoltée contre les autorités et contre un ordre qui tend à la mépriser. Les jeunes, comme ceux du nord du pays, souffrent de manque de perspectives. De chômage. Au même moment, le wali de Tamanrasset est absent. Il est en congé. Il ne s?est même pas donné la peine de reprendre ses fonctions. De s?inquiéter de la situation dans « sa » wilaya. Voilà un exemple simple d?un certain modèle de gouvernance en Algérie en 2005. Les walis gèrent les régions du pays comme des royaumes. Sans rendre compte presque à personne. A commencer par les citoyens placés sous leur responsabilité. La tradition non démocratique de désignation, qui semble avoir de beaux jours devant elle, fait que les walis s?en vont sans faire de bilan. Que l?argent public est mal dépensé. Que des détournements se font. Que de la « clientèle » se crée. Que des carrières sont brisées. Que des fortunes s?amassent. Tout cela est happé par une bureaucratie centraliste qui n?a cure de la représentation populaire. Les récentes affaires des ex-walis de Blida et d?Oran viennent comme pour souligner que ce système a atteint ses limites. Et que le mal a bien pris dans la chair. Au-delà de ce constat, qui rappelle que le projet sur la réforme de l?Etat n?a pas démarré, le peu d?intérêt accordé par le gouvernement et les cercles de décision aux réclamations et aux appels de détresse de l?Algérie profonde a de quoi inquiéter. Les ministres ne se déplacent plus sur le terrain pour « essayer » de comprendre ce que le peuple en colère veut. Des ministres qui semblent se satisfaire de la poésie assommante de l?ENTV autour des dîners de 20 h. Au lieu de l?écoute et du dialogue, la machine de la répression se met en branle pour tenter d?étouffer la contestation. Jusqu? à quand ? Hier, les jeunes de Béchar sont ressortis dans les rues crier leur ras-le-bol après des verdicts rendus par des juges locaux contre d?autres jeunes émeutiers. En voulant apparaître sévère, la justice, qui n?est pas au-dessus de tout soupçon, alimente la colère. Et tant que cette justice obéit aux mêmes réflexes autoritaristes, la contestation gagnera des espaces de plus en plus larges. Car la population aura ce sentiment qu?elle n?a plus de recours. Aucun discours, aucune menace, ni aucun verbiage sur les théories de la manipulation n?auront de prise sur une population désespérée et qui a le sentiment d?être abandonnée. Population qui, cela dit, attend toujours comment seront dépensés les fameux et lumineux 55 milliards de dollars réservés au développement et à la croissance.
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)