Annaba - Revue de Presse

Taches et attaches



Ce qui a fait du Festival panafricain de 1969 une rencontre mythique tient à plusieurs choses. Mais, à une époque où l'autorité n'était pourtant pas avare d'autoritarisme, un seul fait est resté dans les mémoires comme une tache indélébile sur ce rendez-vous exceptionnel. Cité à chaque fois, il s'agit de l'interdiction faite à Marguerite-Taos Amrouche de chanter. Elle était alors partie le faire à Cuba, non pas la petite île en face de la grande Amérique, mais ce que l'on nommait alors ainsi, à savoir la cité universitaire de Ben-Aknoun où des étudiants l'avaient invitée. Aussi, vous aurez beau parler de la grandeur du Panaf de 69, par ailleurs indéniable, il y aura toujours au fond de la salle quelqu'un qui se lèvera pour dire : oui, mais, et Taos alors ' Ce fait n'a jamais réussi à enlever au Panaf son panache, car il y en eut tellement d'autres, beaux, chaleureux, sensés, merveilleux, pour donner à l'ensemble son caractère positif. Mais pourtant, comme disait le poète, il peut arriver qu'un seul être vous manque pour que tout soit dépeuplé. Saint John Perse écrivait cela à propos d'amour. Mais rien ne ressemble autant à la culture qu'une relation amoureuse. Une seule défection de l'être aimé peut entacher tout ce qui peuplait cette relation. Comme un bon film gâché parce qu'un seul acteur a raté son rôle. Ahmed Cheniki est bien différent de la défunte écrivaine et chanteuse, mais il vient de nous écrire pour nous dire son indignation d'être exclu des rendez-vous de théâtre.Ancien confrère d'Algérie-Actualités, il a opté pour la recherche universitaire, s'abimant les neurones dans la critique théâtrale et l'histoire de cet art, enseignant à l'université de Annaba et professeur invité à celle de Paris-Sorbonne. Bien sûr, tout le monde ne peut être invité partout. Bien sûr, les organisateurs sont libres de leurs choix comme les autres de les contester. Mais quand on sait qu'il est sans doute le seul algérien qui ait travaillé des années sur le théâtre africain et arabe, publié deux livres sur ces sujets, animant en Europe des séminaires sur le théâtre africain, il y a de quoi se lever au fond de la salle. Remuant comme il l'a toujours été, dérangeant, ce brave garçon parfois exaspérant mais toujours intéressant, méritait d'être invité. « Nous pouvons ne pas être d'accord' », dit-il.Et c'est exactement ce que disait Zouaoui Benhamadi, directeur de la communication du Panaf'2009 et ancien directeur d'Algérie-Actualités en affirmant qu'au Panaf on pourrait « entendre ce que nous voulons entendre et ce que nous ne voulons pas entendre ». Les chants de Taos Amrouche ne sont pas ce qu'il y a de plus beau à entendre (question de goût) mais valent par leur recherche. On peut également ne pas accepter les écrits de Cheniki ou, du moins, tout ce qu'ils contiennent.Mais on ne peut en négliger l'apport, d'autant que ce serait pour ses critiques du théâtre algérien actuel et son rejet des grandes manifestations qu'il aurait été "oublié". Cheniki, égal à lui-même, affirme aussi que s'il avait été invité, il ne serait pas venu. Cela peut paraître contradictoire mais, dans le fond, non. Car une invitation n'a de valeur que si elle peut être déclinée. Sinon, elle devient une convocation.
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