En plus de souffrir du virus, les malades du sida se heurtent régulièrement à des refus de soins. Un drame dénoncé pour la première fois par l'association AnisS en octobre dernier.
Hier, alors que pour la Journée mondiale de lutte contre le sida, le ministère de la Santé annonçait ses chiffres officiels, loin de refléter la réalité, nous avons contacté des malades. Ils racontent leur double peine. «J'essaie depuis quatre ans, en vain, de décrocher un rendez-vous à l'hôpital de Constantine pour qu'on me place une prothèse. Le médecin me fuit encore. Il réussit toujours à trouver des excuses pour ne pas m'opérer. C'est un comportement inexpliqué. Il n'arrête pas de me dire qu'ils manquent de prothèse' Ce qui est faux, puisque je connais d'autres malades qui se sont fait opérer il y a quelques semaines. Tout est clair pour moi, je m'en remets aux mains de Dieu'»
Amel, 54 ans, a le sida depuis quatre ans. Elle pense ' et elle n'est pas la seule ' que les médecins ne veulent pas la soigner de peur d'être contaminés. Si la Journée mondiale de lutte contre le sida, hier, a été l'occasion une fois de plus de rappeler ce qui est fait pour combattre le virus, la question de la discrimination dont sont victimes les malades reste peu abordée. Visage triste et moral en berne, elle continue de s'appuyer sur des béquilles pour faire ses courses chaque matin à Sidi Mebrouk, à Constantine. Elle monte péniblement les escaliers de son appartement, au cinquième étage. Le droit aux soins ' Rien de l'arsenal juridique n'est appliqué. Les différents rapports publiés depuis 2010 dénonçant la discrimination envers les personnes vivant avec le VIH (PVIH) sont restés dans les tiroirs. Des personnes vivant avec le VIH souffrant d'infections dentaires, des femmes enceintes sur le point d'accoucher, des services hospitaliers refusant la prise en charge et des chirurgiens refusant d'opérer...
Séropositif
Des dizaines de malades du sida essuient chaque année des refus de soins dans des structures aussi bien publiques que privées dans tout le pays, selon les dernières estimations de l'association AnisS (Association de lutte contre les IST/sida et de promotion de la santé). Pourtant, les membres d'AnisS se mobilisent contre toutes les formes de discrimination en matière de soins. Le rapport «Récapitulatif des services juridiques liés au VIH en Algérie, obstacles et évolution», premier du genre en Algérie, sorti en 2011, révèle l'injustice des soins prodigués à ces malades. Amel, elle, en a conscience, mais ne peut rien faire. Elle continue de parler de sa maladie sans aucun tabou ni même tristesse.
«Je suis honnête et chez n'importe quel médecin j'affiche mon statut séropositif. C'est normal, je fais cela pour qu'il prenne ses dispositions. Toutefois, c'est injuste de ne pas nous faciliter l'accès aux soins. Un jour, alors que j'insistais parce que j'avais mal, il m'a répondu que lui aussi était malade ! Insensé comme réponse !», crie-t-elle. Elle n'ose pas déposer plainte. «C'est mon destin et je dois vivre avec. Sur le plan santé, les antirétroviraux m'ont fait du bien. Je suis restée au centre de référence pendant neuf mois. Même si la situation était difficile pour moi au début, j'ai fini par l'accepter. Dans la vie, nous sommes appelés à défier certains malheurs. Et mon malheur aujourd'hui, ce sont ces médecins qui refusent de me placer une prothèse. Regardez ma hanche infectée et enflée.»
Grippe
«C'est bizarre, je croyais souffrir du sida et, finalement, c'est une petite infection qui me rend malheureuse. Je veux être soulagée. Tous les calmants qui m'ont été prescrits s'avèrent inefficaces. Je veux une solution définitive», réclame Amel. Même constat relevé par Salim. Originaire de Souk Ahras, il s'installe à Ouargla pour travailler à Sonatrach. Mais sa carrière est en danger. La douleur de l'âme pèse plus que la souffrance du corps. A 28 ans, il découvre sa maladie. Après une hospitalisation de quatre mois à Annaba, il se voit obligé de faire des allers-retours jusqu'à Annaba à chaque malaise.
Rage dentaire, grippe ou malaise intestinal, on ne peut pas l'ausculter n'importe où. «Je suis appelé à faire des centaines de kilomètres pour me soigner au centre de référence de Annaba. Seul habilité à me prodiguer des soins. Ici à Ouargla, ils ne veulent pas de moi. Vu ma santé, je suis tout le temps fatigué et souffre d'une anémie, et il est donc inadmissible d'aller jusqu'à l'extrême
Est pour une simple consultation», s'énerve-t-il. Il s'emporte également contre le fait qu'avant même qu'il soit au courant de sa maladie, c'est son employeur qui a été avisé par l'hôpital soignant en 2009. «Je ne comprends pas cette attitude discriminatoire, mais comme dit le proverbe : rien ne nous rend si grands qu'une grande douleur», confie-t-il.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Nassima Oulebsir
Source : www.elwatan.com