Salim a essayé de donner un sens à sa vie. A 20 ans, toutes les portes lui ont été fermées. Cela a commencé à 15 ans. Après avoir été exclu de l'école, sa mère lui demande, alors, de suivre une formation professionnelle. Son choix s'est porté sur la plomberie. Après 18 mois de stage dans un centre de formation et le diplôme en main, il sollicite aussi bien le privé que le public pour un poste d'emploi. « A chaque fois on me demande deux ans d'expérience », dira-t-il. Las de taper à toutes les portes restées malheureusement fermées, en plus de la pression de la famille, Salim a effectué plusieurs petits boulots en attendant mieux. Tour à tour, il a été porteur dans un marché de fruits et légumes, revendeur de cigarettes et de cacahuètes, de sardines, de parapluie.... « J'arrive à faire, quotidiennement, une marge bénéficiaire de 500 à 700 DA comme il m'arrive de tout perdre et vendre à perte », a-t-il informé.
Cette situation a duré trois bonnes années. Sa mère était gentille avec lui, elle prenait en considération son dynamisme et sa volonté de chercher un travail stable et rémunéré. Mais, ce n'est pas le cas pour son père qui voit en lui un « raté ». Il lui dit souvent que ses cousins ont réussi à obtenir le baccalauréat et ont fait des études supérieures. L'un d'eux est ingénieur en pétrochimie, l'autre en électronique et un troisième en informatique. « Les remarques blessantes fusent tous les jours que Dieu fait au point d'en être complexé », a-t-il fait remarquer. Salim a une s'ur et un frère plus jeunes que lui et eux, travaillent bien en classe et sont la fierté des parents. « Il m'arrive de m'attabler en famille pour le dîner et mon père sans parler me regarde du coin de l il. Cela signifie que je suis bon à rien », a-t-il expliqué. Ce sentiment d'infériorité a poussé Salim à quitter, un jour, le pays et aller sous d'autres cieux plus cléments pour s'affirmer. De fil en aiguille, il se renseigne à Annaba, d'où il est originaire, sur le prix à payer pour aller de l'autre côté de la Méditerranée. « 500 euros ». Ce montant exorbitant n'a pas découragé Salim qui venait de boucler sa 18e année. Il a travaillé d'arrache-pied pour rassembler la somme en dinars qu'il échange en euros. Le jour « J », il prend place sur une embarcation de fortune, très tôt le matin, sans avertir les membres de sa famille. « Au début, la mer était calme et nous échafaudions des plans pour travailler, mettre de l'argent de côté, se faire une situation, fonder un foyer, avoir des enfants... Soudainement, le rêve a cédé le pas à la réalité : la mer s'est démontée au au milieu du voyage », raconte-t-il. Il était midi, le soleil était au zénith.
LE CALVAIRE A DURE TROIS HEURES
« L'eau potable s'est raréfiée. Le mal de mer a gagné les plus robustes d'entre nous. On avait peur de ne pas arriver en Italie, la première étape du grand périple. L'angoisse de chavirer et de la noyade nous hantait. Même le passeur ne pouvait pas faire quelque chose et lui aussi se trouvait mal. Et comme la fin justifie les moyens, il fallait seulement prier pour arriver sains et saufs et à bon port. Après trois heures de calvaire, la mer commença à calmir. Nous poussâmes un ouf de soulagement. La nuit commençait à tomber.
A ce moment-là, un autre problème surgit, celui des gardes-côtes italiens qui nous ont pêchés comme du menu fretin bien avant d'accoster. Subitement, le rêve s'est brisé. Nous avons été emmenés sur une île après avoir rempli toutes les formalités. Le surlendemain, sous bonne garde, nous avons été rapatriés à bord d'un bateau vers le port de Annaba. L'argent perdu, les rêves évaporés, la fatigue, la déception et la honte d'avoir été refoulés comme des malfrats, voilà notre lot. La famille de Salim a été soulagée. La maman a pleuré et a fait une « waâda ». L'essentiel est que son fils soit revenu et ait retrouvé les siens. Le père n'a pas voulu se montrer rustre et a préféré comprendre la situation. Depuis cette aventure, Salim caresse toujours le rêve de partir mais dans les règles de l'art. Sa dernière trouvaille est la loterie pour émigrer aux USA. Il s'est inscrit sur le site. Il a déposé un dossier au consulat et attend. « Peut-être que je serais parmi les heureux élus car je réponds à tous les critères », dira-t-il. Entre-temps, il cherche à contracter un prêt auprès de l'ANSEJ pour monter sa petite entreprise en plomberie sanitaire. Mais le chemin est long et escarpé et ce n'est pas demain la veille qu'il pourra travailler normalement avec un registre de commerce et avoir sous sa coupe quelques employés. Le premier obstacle à franchir est de disposer d'un local.
En attendant de voir plus clair dans ses projets, Salim est devenu un homme à tout faire et s'est réconcilié avec son père. Pour gagner sa vie, il entreprend des travaux de plomberie et autres. Histoire d'acquérir de l'expérience et de ne plus risquer sa vie en traversant la Méditerranée sur une embarcation de fortune. Il conclura que c'était une expérience très amère et heureux celui qui s'en est sorti indemne. A 20 ans, dira-t-il, la vie ne fait que commencer.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Rabéa F
Source : www.horizons-dz.com