Annaba - A la une

Quand l'esprit rejette la science



Depuis plusieurs années, maintenant, dans le brouhaha de l'autoglorification qui accompagne l'annonce des résultats du bac, des voix constructives s'élèvent pour tirer, elles, une sonnette d'alarme qui n'a malheureusement pas plus d'effet qu'une trompette qu'on embouche à vide. S'il est en effet une réalité que les taux de réussite en constante augmentation n'arrivent pas à masquer, c'est cette baisse impressionnante du niveau général de l'enseignement et une dévalorisation subséquente des diplômes universitaires algériens. Alors quand une autre voix, courageuse, s'ajoute au ch?ur des critiques, elle mérite d'être relevée. A fortiori quand cette voix est celle du ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique.Lui-même de formation scientifique et ancien professeur de chimie macromoléculaire, M. Rachid Harraoubia n'a pas fait la moindre concession à la langue de bois, la semaine dernière, à l'université de Annaba où il a tenu à assister à la cérémonie d'inauguration des travaux du congrès de la Société mathématique algérienne. Le ministre a bel et bien parlé de «sécurité scientifique» pour laquelle son département «a pris un certain nombre de mesures au vu du recul du nombre d'étudiants dans les filières mathématiques et leurs spécialités». Sortant de sa bouche, on imagine bien que le terme «sécurité» a été bien pesé et soupesé. Un constat objectif ne rimant pas forcément avec catastrophisme. Il est plus directif encore quand il assène que, sans ces mesures, «il ne saurait y avoir de développement». Voilà qui remet, et de fort belle manière, l'enseignement scientifique et technique au c?ur de l'essentielle problématique du développement économique et social du pays. Les ingénieurs, les techniciens, les enseignants et chercheurs scientifiques de haut niveau, les agents techniques et ouvriers qualifiés bien formés sont le maillon incontournable de la chaîne de transmission du savoir acquis à l'école vers les lieux de production où se crée la richesse qui sanctionne un niveau de développement. Or, chez nous, c'est un truisme de dire que ces disciplines qui façonnent des «têtes bien faites», toujours meilleures que des «têtes bien pleines», sont le parent pauvre de l'enseignement à tous ses paliers. Les investisseurs et producteurs, nationaux ou étrangers, ne soutiendront pas le contraire, confrontés qu'ils sont en permanence au contraignant problème de recrutement des personnels qualifiés, en particulier techniques, pour le lancement des chantiers ou assurer convenablement les cycles de production.Une fois les lamentations terminées et les habituels plaidoyers pro domo ressassés avec force satisfecit, ceux qui se réclament encore de l'esprit scientifique doivent faire preuve de probité intellectuelle pour identifier et dire la cause du recul. Ce qui, en l'occurrence, devient un acte de courage, voire de bravoure dans un environnement où, même drapé d'académisme universitaire, un débat sur les langues d'enseignement remet inévitablement en ordre de bataille les esprits de l'arrière contre?l'esprit scientifique. C'est pourquoi les mathématiciens algériens réunis à Annaba ont beaucoup de mérite en reconnaissant que la cause première du recul de la discipline qu'ils enseignent tient d'abord à la langue, plus exactement à l'insuffisante maîtrise du français par des étudiants qui avaient suivi toute leur scolarité, jusqu'au bac, entièrement en arabe. N'arrivant pas à suivre les cours, dispensés en français, un grand nombre d'entre eux ne franchissent même pas le cap de la première année et optent, quand ils restent à l'université, pour des filières réputées plus accessibles mais sans grande utilité pour le pays et son devenir.Pourtant, depuis une douzaine d'annéesil n'est pas un seul discours officiel qui ne mette l'accent sur la nécessité absolue de promouvoir les sciences et la technologie dans tous les cycles du système éducatif. Sur le terrain, les chiffres n'indiquent pas que l'orientation, gravée dans le marbre des bonnes intentions, ait été sérieusement mise en ?uvre. Plus grave, les filières littéraires, juridiques et religieuses continuent de se tailler la part du lion en matière d'effectifs étudiants. C'est ce qui s'appelle être mal placé pour se plaindre de la forte présence de la main- d'?uvre asiatique et du recours à la prestation de services étrangère qui coûtent plusieurs milliards de dollars à l'Algérie, chaque année.
A. S.
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