
On est tenté de qualifier la pièce Louiza de «Bône » .Car elle est produite par le théâtre régional Azzedine Medjoubi de Annaba .Une Carmen d'Hippone de bonne facture.Une représentation qui séduit le public de l'après-midi, à 15h ? par opposition à celui du soir à 19h ? lors du Festival national du théâtre professionnel se tenant du 23 novembre au 2 décembre 2016, au Théâtre national algérien Mahieddine Bachtarzi.Mise en scène par Abdelhamid Gouri, Louiza, est en fait une adaptation algérianisée de la nouvelle Carmen de Prosper Mérimée, connue par sa fameuse dictée aux pernicieuses subtilités grammaticale, écrite en 1845 et publiée en 1847. Et qui sera immortalisée 35 ans plus tard, en 1875, par Georges Bizet, à travers un opéra éponyme.La version de Annaba, Louiza, est fraiche et juvénile. Avec une volonté de se surpasser de par un «effet b?uf» qui a du mordant. De la vache enragée. Un conte tragique, une histoire d'amour impossible entre Louiza, campé admirablement par la jeune comédienne Cherfi Fériel ayant du talent à rendre et Bled, incarné par H'rour Khiereddine.Les deux comparses, dans Louiza se donnent la réplique en exhibant un amour interdit, sans issue ni happy end», ni avenir, ni autre nidification d'un foyer. Car Bled est un hors-la-loi recherché et Louiza est une «manon», une gypsy, libre pour ne pas dire libertine. Donc victime toute indiquée du conservatisme, de la religion et la «bienpensance réac» extrémiste, obscurantiste et surtout d'une grande hypocrisie selon les «fetwas» imposées par la norme dans ce monde ? le contexte de la pièce ? qui ne croit pas, jamais, à l'amour. Une histoire?d'eau fraîche.L'ENFER, C'EST LES AUTRESDu coup, Louiza et Bled, à travers le dialogue, la dialectique, balancent de vérités sociétales. Les deux désormais damnés et condamnés osent. Ils disent tout haut ce que l'on pense tout bas. Sur la condition féminine, l'injustice, la corruption «halal», le népotisme, l'imposture patriotique et nationaliste? Dans un soliloque, Louiza, belle et rebelle, assène à propos du fonds de commerce de la religion : «Il n'y a ni enfer pour les hommes ni enfer pour les femmes. Un seul enfer. Un enfer mixte.» Et ce, de par un maelström sonique ? une mention pour le bruitage balistique et animalier. Un bestiaire domestique mêlant braiment, hennissement, aboiement, croassement? Et un autre cri animal. Celui de la bête humaine, immonde, mitraillant la vie. Avec des intermittences musicales allégoriques de Khaled, Mami, Idir, Rimitti?Mais l'interlude chorégraphique, signé avec brio par Ahmed Rezag, a fait réagir le public de par une longue ovation. Et pour cause. C'était la ballade mélancolique Fix You du groupe britannique de pop Coldplay qui disait : «Et ces larmes sur ton visage deviennent des torrents/lorsque tu perds quelque chose que tu ne peux remplacer/lorsque tu aimes quelqu'un, sans rien en retour/la lumière te ramènera chez toi/et réchauffera ton c?ur/et j'essaierai de te réconforter, te soigner?»Vaste programme de désaffection. Mais au bout, l'espoir. Une «Bône» pièce.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : K Smail
Source : www.elwatan.com