
Avec l'annonce de l'ouverture du secteur de la plaisance maritime aux capitaux privés, avec comme cadre institutionnel un nouveau décret exécutif adopté par le Conseil du gouvernement en juin dernier, plus d'un spécialistes en affaires maritimes n'a pas tardé à réagir.Saluant la démarche, vu les retombées positives que cette activité est susceptible d'avoir au double plan social et économique, les mêmes spécialistes appellent, en revanche, à prendre très au sérieux la sécurité de la navigation et la formation des effectifs de mer, deux aspects, à leurs yeux, «sensibles et complexes», ne pouvant, à ce titre, être appréhendés avec légèreté. Et ce, bien que, du côté des officiels, l'on se veut rassurant à ce sujet. «Il est question à travers ce décret de mettre l'accent sur l'aspect sécuritaire de la navigation.Dans les cahiers des charges régissant la pratique de cette activité, nous avons établi des conditions très sévères permettant de prendre en charge en particulier les passagers», assurait, dans une déclaration à la Radio nationale Mohammed Ibn Boushaki, premier responsable de la marine marchande et des ports auprès du ministère des Transports. Pour que l'ambitieux projet du département de Boudjemaâ Talaï puisse aboutir, est-ce donc aux garde-côtes que reviendrait le dernier mot, surtout en ce qui concerne la conformité aux règles et normes de sécurité ' A en croire des cadres de l'administration maritime civils interrogés, la réponse est affirmative.La gestion du trafic urbain et de plaisance maritime attendu, suite à la privatisation de ces deux activités, serait du ressort des trois circonscriptions (Annaba pour l'Est, Alger pour le Centre et Oran pour l'Ouest) dont relèvent les 11 stations maritimes principales (Tlemcen, Oran, Mostaganem, Chlef, Tipasa, Alger, Boumerdès, Tizi Ouzou, Jijel, Skikda et Annaba), nées, faut-il le rappeler, de jumelage entre trois, la pêche, les transports et les garde-côtes (Défense nationale), indiquent nos sources.En effet, les services des garde-côtes, longtemps assimilés, tantôt à la police maritime et à la Marine nationale, tantôt à un service public ou à puissance publique, constituent la première autorité en mer, comme l'explique Adelaziz Zaïdi, ex-chef de la station maritime principale des garde-côtes de Annaba: «Les enjeux et les préoccupations en termes de sécurité en mer font que les domaines d'intervention des services des gardes-côtes, en mer ou en milieu portuaire, sont multiples et vont s'accroître davantage puisque les activités maritimes urbaines et de plaisance sont désormais ouvertes aux investissements privés».Une sécurité maritime efficienteOutre l'administration des gens de la mer, la tenue de la matricule des gens de mer et du registre algérien d'immatriculation des navires, les hommes de ce corps constitué veillent à l'application de la législation se rapportant à la navigation maritime, à la pêche et aux Douanes maritimes, précise M. Zaïdi, administrateur des affaires maritimes de formation.L'exécution des règles concourant à la sauvegarde de la vie humaine en mer et à la protection de l'environnement marin et du domaine maritime public, l'application des dispositions de la loi sur la pêche et enfin l'inspection de tous navires, nationaux ou battant pavillon toutes nationalités étrangères soient-ils, sont d'autres missions qui incombent aux stations maritimes principales des garde-côtes (11) intervenant dans les eaux sous juridiction nationale, a renchéri notre interlocuteur. Autres missions, autres enjeux : la fonction internationale des ports aujourd'hui établie, considérant la hausse du trafic de fret maritime et voyageurs, est-elle appelée à se réaffirmer avec le nouveau projet relatif à la plaisance maritime 'D'autant que l'accueil ou le transit incessants de navires de transport marchandises/voyageurs et de bateaux de plaisance, nationaux ou battant pavillon étranger, pourrait être une source permanente d'infractions, de conflits ou constituer des menaces de toutes natures, en matière de sécurité. «A ma connaissance, le nouveau projet concerne uniquement le privé national. Au plan international, notre pays est juridiquement suffisamment outillé. La sécurité maritime est couverte par diverses conventions signées par notre pays», souligne M. Zaïdi.Les plus importantes, Port States Control (convention internationale relative à l'Etat du port), Flag States Control (convention internationale relative à l'Etat du pavillon), Solas (convention internationale pour la sauvegarde de la vie humaine en mer), Marl Pol Pollu-tion (convention internationale pour la prévention contre la pollution par les navires), STCW (convention internationale relative aux normes de formation des gens de mer, délivrance de brevets et de veille) et SAR (convention internationale de recherches et sauve-tage en mer), énumère t-il.S'agissant toujours du contrôle de la conformité des navires de commerce, quelle qu'en soit la nationalité du pavillon, aux standards internationaux, la même source a tenu à rappeler que sont mobilisés par les autorités civiles et militaires compétentes du pays «des inspecteurs hautement qualifiés dont la mission exclusive porte sur le contrôle des navires à l'entrée et à la sortie des ports, dans le large ou lorsqu'ils sont en rade».Néanmoins, «le contrôle n'est pas systématique pour tous les navires étrangers dans les ports algériens. Il y a des normes internationales à respecter en la matière, soit un minimum de 15% de navires de commerce étrangers à contrôler. Ce seuil a été fixé dans le cadre du mémorandum d'entente de la mer Méditerranée signé à Malte en 2002», précisera M. Zaïdi. En somme, se réjouit-il, les dispositifs institutionnels prévus par notre pays «n'ont rien à envier à ceux déployés par les plus grandes puissances maritimes».Par contre, au plan interne, vu la tendance à la privatisation des dessertes entre les différents ports algériens, il estime incontournable le déploiement préalable «de programmes de dragage pour permettre l'accostage de navires gros tonnages dans les enceintes portuaires». M. Zaïdi, qui a eu à occuper plusieurs postes de responsabilité au sein de l'administration maritime locale, civile et militaire, préconise, dans la foulée, l'amélioration des conditions d'accueils des passagers au niveau des gares maritimes dans la perspective de promotion du transport urbain par voie maritime.La formation, une nécessitéLa formation des effectifs de mer est, par ailleurs, un volet sur lequel il a insisté : «J'estime qu'il est nécessaire de revenir à la formation pour se doter d'une vraie flotte civile, que ce soit pour le transport de personnes ou de marchandises. La formation doit cibler en particulier les officiers à la passerelle (ponts) : capitaine longs cours (CLC), capitaines au cabotage (CC), lieutenants au longs cours (LLC), lieutenants au cabotage (LC), les officiers machines, tels que les officiers mécaniciens 1re, 2e et 3e classe (OM1, OM2 et OM3), les officiers radio, les matelots, graisseurs, etc.). En termes relatifs, l'effectif est très restreint.» Tous ces points et tant d'autres, conclut M Zaïdi, «ont été abordés lors d'une longue entrevue le 23 décembre 2013 avec le défunt Mounib Sandid, ex-wali de Annaba, lorsque nous avions échangé autour des ports de plaisance et la possibilité de lancer le transport urbain par voie maritime pour désenclaver les zones enclavées de Annaba.Le défunt était tout ouïe et il m'avait même invité, par écrit, à une autre rencontre, mais le destin en a décidé autrement». Bien des années auparavant, ajoute-t-il, «le 22 octobre 1994, j'avais saisi par courrier, le directeur des transports de Annaba pour étudier la possibilité de l'ouverture d'une ligne de transport (taxi maritime) Annaba-Chétaïbi-Annaba avec la création d'une auto-école maritime pour la préparation de candidats au permis de conduire en mer types A, B et C».
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Naima Benouaret
Source : www.elwatan.com