Annaba - A la une

«Nous sommes dans un véritable contrat de dupes» Nasreddine Lezzar. Avocat d'affaires



-Comment peut-on évaluer ou juger le fait que Sider devienne un actionnaire majoritaire du complexe sidérurgique d'El Hadjar '
L'évaluation est mitigée ou plutôt douteuse. Il me semble que nous sommes dans un véritable contrat de dupes. Il y a une année, des informations sérieuses évoquaient une cessation de paiement et une liquidation de la filiale ArcelorMittal Annaba. Une banque avait, semble-t-il, accepté de consentir un crédit après avoir reçu l'aval du groupe. Il s'est avéré, il y a quelques mois, que le groupe lui-même était dans de sérieuses difficultés et qu'il était sur le point d'abandonner son site en France.
Le gouvernement français avait même envisagé une nationalisation. Il faut préciser que l'acquisition des actions engendre une prise en charge des dettes y afférentes et acquérir une majorité du capital signifie corrélativement assumer une majorité du passif des dettes et des pertes. Acquérir 51% du capital signifie prendre en charge 51% des pertes. Devenir majoritaire d'une filiale en difficulté au bord du dépôt de bilan, adossée à un groupe lui-même en difficulté et en voie de liquidation, annoncé comme un fait de gloire, est un véritable contrat de dupes ; une opération dans laquelle la partie algérienne est le dindon d'une sinistre farce.
-Quelle est votre lecture du communiqué d'ArcelorMittal dans lequel il annonce le secours qui lui est accordé par les pouvoirs publics algériens '
Pourquoi accorder toutes ces largesses à un groupe aux abois ' N'eut-il pas été préférable de reprendre carrément la filiale ou chercher un partenaire plus fiable ' Les pouvoirs publics algériens deviennent particulièrement généreux avec les entreprises étrangères en difficulté et peu fiables. Cet épisode s'inscrit dans le prolongement de Djezzy et Anadarko où l'Etat algérien fait preuve de largesses et de prodigalité à l'égard des entreprise étrangères. ArcelorMittal est un opérateur qui n'arrive pas à respecter et réaliser son business plan conventionnellement consenti, qu'on couvre de largesses, pour lui assurer une pérennité soutenue par les caisses de l'Etat à lui et à son groupe.
Le business plan est une obligation de résultat et la partie qui a failli est appelée aux conséquences. Il faut revenir aux conditions initiales du contrat et mettre en application les clauses relatives à la non-atteinte des objectifs. Des décisions troublantes qui semblent prises pour soutenir des intérêts étrangers. Citons aussi le paradoxe du port de Djendjen (Jijel) que les pouvoirs publics ont laissé périr jusqu'au jour où il a été concédé à Dubaï Port. Les autorités algériennes ont pris une décision politique de réserver à ce port et à celui de Aïn Témouchent toutes les importations de véhicules. Cette décision a été une aubaine pour Dubaï Port. La mollesse et les largesses des autorités et responsables algériens vis-à-vis des opérateurs étrangers défaillants sont un acte antinational.
Quel est votre commentaire sur le reprofilage du crédit à court terme de 122 millions de dollars contracté auprès de Société Générale
-Algérie avec la garantie du groupe en un crédit à long terme BEA '
Il s'agit là, me semble-t-il, d'une sorte de rachat par la BEA du crédit qui avait été consenti par Société Générale à ArcelorMittal Annaba avec la garantie du groupe international ArcelorMittal. Il est de notoriété publique que le groupe ArcelorMittal n'est plus solvable ! Comment s'engager sur le long terme sur la base d'une garantie offerte par un groupe en cessation de paiement ' La BEA a, en définitive, accepté un transfert de risque très élevé et à un taux d'intérêt bonifié.
En fait, il s'agit là tout simplement d'un assainissement financier qui consiste en une injection, dans la filiale algérienne ArcelorMittal, de capitaux qui iront, selon le principe des vases communicants, renflouer les caisses du groupe international. Injecter des capitaux pour sauver le complexe est une décision salvatrice mais permettre à ArcelorMittal de se maintenir est une décision insensée. C'est comme si on veut gérer une faillite en maintenant le failli. C'est aussi comme si on dédommageait ArcelorMittal des pertes qu'il nous a causées. Voilà un acquéreur qui ne respecte pas son business plan et qui voit les autorités algériennes venir à son secours et à celui de son groupe.
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