On pensait que Mouldi Aïssaoui était définitivement à la retraite et se contentait du poste de président d'honneur de l'USMA. Mais, sitôt l'ère du professionnalisme arrivée, il a repris du service comme directeur général.
Il faut dire que ses compétences ne seront pas de trop en cette cruciale période de transition pour un club dont les nouveaux dirigeants ambitionnent de mener au sommet de l'Afrique. Préférant l'action dans l'ombre et la discrétion plutôt que l'exposition médiatique, il a accepté de s'exprimer sur le présent et l'avenir d'un club qu'il côtoie depuis plus de cinquante ans.
Le Soir d'Algérie: Etre DG de la SSPA-USMA, cela consiste en quoi exactement '
Mouldi Aïssaoui : Avec la décision de professionnaliser notre football, les clubs sont censés avoir un conseil d'administration avec un président et également un directeur général pour la gestion de la société par actions. C'est un poste important qui assume pratiquement toutes les responsabilités.
Et en particulier la gestion administrative '
Oui, mais cette gestion administrative n'est pas aussi simple qu'on le pense parce qu'elle englobe toutes les catégories qui sont au nombre de huit actuellement. D'une manière plus simple, je dirai que ma fonction consiste à veiller au grain sur la vie quotidienne du club.
Ce poste de DG avait été refusé par Saïd Allik auparavant.
A la naissance de la SSPA-USMA, Saïd Allik était président du CSA et c'est lui qui a piloté tout le processus de professionnalisation. Ensuite, lui-même s'est posé la question de savoir comment sauter le pas vers cette nouvelle organisation du club, et pour des raisons personnelles, il n'a pas accepté le poste de DG, préférant être actionnaire. Bon, il y a eu quelques mésententes dans cette nouvelle vision et il a préféré demeurer président du CSA.
En ce qui vous concerne, vous viviez une bonne retraite après avoir été ministre des Sports. Pourquoi ce retour vers la vie active '
J'étais fatigué de rester inactif mais il y a aussi deux facteurs qui m'ont poussé à revenir : la passion du football et l'amour de l'USMA. D'autre part, il faut rappeler que l'on est venu me solliciter à un moment où l'USMA était en grandes difficultés et je ne pouvais pas refuser parce que j'ai considéré que c'était une marque de confiance envers moi.
Vous avez été un brillant joueur de l'USMA puis un dirigeant respecté. Peut-on dire que ce club a été un tremplin pour devenir un cadre supérieur de l'Etat '
Tremplin, je ne crois pas parce que je vivais l'instant présent et je ne faisais pas de calculs sur mon avenir personnel. J'ai exercé par exemple avec passion ma fonction de président de l'USMA. J'ai toujours essayé de donner l'exemple pour instaurer une discipline et mener le club au plus haut.
Mais auriez-vous pu être président de la FAF ou ministre si vous n'étiez pas passé par l'USMA '
Je ne sais pas. On ne peut pas faire des suppositions sur le destin de quelqu'un. Dans ma conduite à l'USMA, j'ai toujours été sincère et exemplaire et je crois que les supporters me le rendaient très bien.
Et à l'époque, ils avaient créé le slogan «Oullahi mankhaf, ana baba Aïssaoui» (moi je n'ai pas peur, mon père c'est Aïssaoui). Vous vous en souvenez '
Oui, je m'en souviens très bien et comme j'étais étudiant à la fac, mes camarades me la chantaient souvent pour me «chambrer». Je vivais donc l'instant présent, sans projet de devenir président de la FAF ou ministre. Ensuite, je pense que c'est le mektoub qui m'a mené à ces hautes responsabilités.
Justement, quand vous êtes arrivé à la FAF, vous avez été le premier à imposer le revêtement en tartan malgré l'opposition de plusieurs présidents de club de l'élite.
A l'époque, je n'avais pas imposé le tartan mais je voulais qu'on en finisse avec les terrains en tuf. Je voyais qu'en Tunisie, les clubs de première division évoluaient depuis dix ans déjà sur du gazon naturel. Les Tunisiens étaient donc en avance sur nous. Par ailleurs, certains de nos clubs, qui avaient des terrains en tuf, renfermaient dans leurs rangs des internationaux qui avaient l'habitude du tuf et qui se retrouvaient à affronter d'autres sélections sur du gazon. Non, il fallait prendre cette mesure pour permettre à notre football de se développer.
Aujourd'hui, il y a un débat pour le choix de la pelouse. Vous seriez pour le naturel ou le synthétique '
Moi, je dis que si on arrive à maîtriser le gazon naturel, il n'y a pas mieux pour la compétition. Le meilleur football dans le monde se joue sur des pelouses en gazon naturel, que ce soit en Angleterre, en Italie, en Espagne. Mais chez nous, on est confronté aux problèmes d'entretien et de la sécheresse. Par conséquent, on peut compenser cela en optant pour la dernière génération de tartan à condition que les terrains soient disponibles.
Et ce n'est pas le cas actuellement '
Contrairement à ce que l'on croit, tous les clubs en Algérie ont des difficultés à trouver des terrains d'entraînement et cela freine énormément le développement de notre football.
A propos de terrain, est-il vrai que vous envisagez de recevoir vos adversaires au 5-Juillet à partir de la saison prochaine '
C'est un projet qui est lié aux ambitions du club. Notre stade fétiche, c'est Omar- Hamadi mais on voit grand, encore faut-il que le gazon du stade du 5-Juillet soit fonctionnel. On aspire à donner à l'USMA une envergure internationale et, par conséquent, il nous faut un grand stade.
Où en est le litige entre le CSA et la SSPA, notamment sur le siège de BEO que vous souhaitez récupérer '
C'est un litige, et chacun voit le problème à sa façon.
Pourriez-vous nous éclairer sur ce point '
Je ne peux pas vous éclairer parfaitement vu que la situation est un peu bloquée. A un certain moment, Saïd Allik qui gère donc le CSA et plusieurs sections était d'accord pour les transférer ailleurs à condition qu'on l'aide. Il en a parlé en conseil d'administration et c'est le statu quo. Bon, j'espère qu'on parviendra à trouver une solution.
Olle-Nicole a remplacé Renard mais auparavant c'est Dziri qui avait assuré l'intérim et certains supporters avaient souhaité que vous lui confiez la barre technique. Qu'en dites-vous '
Dziri a été un grand joueur de l'USMA et il est normal qu'il ait toute l'affection des supporters. Il a drivé l'équipe pendant deux rencontres avec une victoire contre le MCO. Mais il y a le règlement de la FAF qui impose la licence CAF à tout entraîneur de Ligue 1 et malheureusement Dziri ne la possède pas. Au contraire, cette nouvelle expérience qu'il est en train de vivre avec l'USMA devrait l'inciter à préparer ses diplômes. Il est encore jeune pour devenir entraîneur, et driver un club professionnel comme l'USMA demande une certaine expérience.
Pensez-vous avoir fait le bon choix en recrutant Olle- Nicole '
Le bon choix, on le verra à travers les résultats qu'il obtient avec l'équipe. Personnellement, il m'a laissé une bonne première impression du fait qu'il s'implique davantage que son prédécesseur. J'ai senti un très fort engagement de sa part.
L'objectif que vous lui avez assigné, c'est bien le titre de champion '
Oui, tout à fait, l'objectif demeure le titre de champion d'Algérie, c'est incontestable !
Puis viendrait la Champions League africaine, trophée derrière lequel court l'USMA depuis des années. Votre objectif, c'est d'y participer ou de la remporter '
A ce jour, nous sommes concentrés sur le titre de champion d'Algérie. C'est la première étape et ce ne sera pas facile pour nous. Nous sommes devenus l'équipe à battre et toutes nos sorties ne seront pas des parties de plaisir.
Lemmouchia est le joueur le mieux payé du championnat avec un salaire de 5 millions de dinars. Estce indécent, excessif ou mérité '
D'abord je conteste ce chiffre.
Alors pourriez-vous nous révéler le chiffre exact '
Je n'ai pas à vous révéler le montant exact du salaire de Lemmouchia parce que cela fait partie de sa vie privée. Bon, les gens sont libres de spéculer mais moi, en tant que responsable, je dis que c'est un grand joueur, titulaire indiscutable au sein de la sélection nationale qui a prouvé sa valeur. Il a signé un contrat avec nous et ce qui m'intéresse, c'est qu'il honore ce contrat et non pas le chiffre de ses mensualités. N'oubliez pas que nous visons la Champions League et pour cela, il nous faut des joueurs de la trempe de Lemmouchia qui était très convoité par d'autres clubs.
Peut-on viser la Champions League quand on évolue dans un vieux stade avec des créneaux horaires limités et imposés '
C'est une bonne question mais c'est le défi qu'on doit relever. Nous espérons faire aboutir notre projet de centre de formation et de terrains d'entraînement à Aïn Benian. Nous espérons parvenir le plus vite possible à mettre à notre disposition ce centre afin de travailler dans de bonnes conditions et un volume horaire supérieur à celui qui est le nôtre aujourd'hui. Nous devons nous aligner en organisation et en compétences sur des clubs comme l'Espérance de Tunis ou le Ahly du Caire.
Vous êtes natif d'Annaba. Que pensez-vous de la situation de l'USM Annaba qui a été reléguée la saison dernière '
Moi, ce qui me chagrine, c'est qu'un foyer de joueurs comme Annaba en soit arrivé là. Je dis que pour relancer le foot dans cette région, il faut engager des compétences.
Seriez-vous prêt à aider l'USM Annaba personnellement '
Si on me sollicite, pourquoi pas '
Président de l'USM Annaba, ça vous dirait un jour '
Pour l'instant, je suis à l'USM Alger mais je n'exclus pas de servir le football algérien dans n'importe quelle partie du pays.
Vous avez été président de l'USMA, puis président de la FAF et enfin ministre des Sports.
(Il nous coupe) Et aussi président du Conseil supérieur de la jeunesse.
Parmi ces quatre postes, quel est celui qui vous a plu et donné le plus de satisfactions '
A chaque poste son expérience et sa sensibilité. Je me suis toujours donné à 100%. Par exemple, au niveau du Conseil supérieur de la jeunesse, c'était exhaltant d'être en contact avec les jeunes du pays. A l'USMA, j'ai vécu une expérience passionnante comme président du club. A la Fédération, en 1994, j'ai travaillé avec très peu de moyens mais j'y étais à fond.
Pour conclure, quel souvenir gardez-vous de Djamel Keddou qui fut votre coéquipier à l'USMA '
Je me souviens de lui quand il est arrivé en seniors. Je suis plus âgé que lui et Keddou et Abdouche formaient la nouvelle charnière centrale en remplacement de la paire Oulkhir-Belbekri. J'ai eu le plaisir et l'honneur d'évoluer avec Djamel pendant quelques saisons et on a vécu des moments formidables. Nous partagions des valeurs saines et fortes, comme la sincérité, l'amitié et la solidarité.
Quel genre d'homme était-il '
C'était un homme à la droiture exemplaire. En dehors de ses qualités footballistiques énormes, il était un être humain respectable, c'est-àdire qu'il ne trichait pas. Il avait des règles de vie qui ne sont pas courantes dans notre société. Il était fier et ne s'abaissait jamais. J'ai eu la tristesse de vivre ses derniers moments avec lui et je peux alors vous dire qu'il est resté digne jusqu'au bout.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : H B
Source : www.lesoirdalgerie.com