
Les autorités tunisiennes s'apprêtent à restituer à leurs homologues algériennes le Masque de Gorgone, une précieuse sculpture en marbre blanc volé d'un site archéologique de l'Est algérien en 1996. Une pièce archéologique rare de plus de 300 kg découverte en 1930 lors des fouilles effectuées par l'archéologue français Choupaut, près du site d'Hippone dans la région d'Annaba. L'information donnée par l'APS cite une déclaration du ministre tunisien de la Culture, Mehdi Mabrouk, qui serait en phase de parachever les formalités légales de cette restitution. Par la même occasion, le responsable tunisien a souligné la nécessité d'approfondir la coopération entre les deux pays voisins dans la lutte contre le trafic illicite de biens culturels. Un fléau qui prend chaque année de l'ampleur, notamment en Algérie. Au cours du premier trimestre de l'année en cours, la Gendarmerie algérienne a récupéré 357 'uvres, et présenté à la justice 14 personnes impliquées dans des trafics d'objets d'art et de pièces antiques, rapporte le site algérien d'information on-line, Maghreb Emergent. Cette saisie énorme, qui reste toutefois bien loin de traduire le volume réel du pillage, donne une idée sur l'envergure de la menace. Les biens patrimoniaux algériens, faute de valorisation et de prise en charge adéquate, sont exposés aux ravages des filières bien huilées du marché noir de l'art. Les professionnels de la lutte contre le crime culturel ont également découvert que l'Algérie sert de pays de transit à des 'uvres provenant d'autres pays africains ou moyen-orientaux.
Lors de la révolte égyptienne en 2011, des enquêteurs algériens avaient mis la main sur une statue en bronze datant de l'époque des pharaons. Cette pièce de grande valeur était destinée au marché parallèle européen. Il est aujourd'hui établi que des bandes, bien structurées, opérant sur le territoire national, s'occupent de vol de pièces dans les musées et autres espaces d'exposition, effectuent des fouilles sauvages sur des sites pas suffisamment exploités, dissimulent de nouvelles découvertes et se proposent pour le transfert d''uvres en provenance de l'extérieur du pays. Un filon lucratif qui attire des criminels de mieux en mieux outillés et bien renseignés sur la valeur, artistique et financière, des objets. Face à ce phénomène destructeur, les nombreux sites archéologiques algériens, notamment à l'Est du pays, sont peu protégés. Les efforts déployés dans ce sens par la Gendarmerie nationale, la police et les Douanes devraient être soutenus à travers une meilleure implication et la mobilisation des institutions culturelles pour l'exploitation et le gardiennage des monuments historiques, ainsi que la collaboration de la société civile et des acteurs associatifs. Il serait également nécessaire de sensibiliser et d'encourager les populations pour déclarer les nouvelles découvertes afin de les soustraire à l'arnaque de ses réseaux du crime. En 2010, à l'occasion du 40e anniversaire de la Convention pour la lutte contre le trafic des biens culturels, mise en place par l'Unesco, l'organisation onusienne avait notamment mis le doigt sur ce point précis. « Si le manque de coordination entre les acteurs publics et privés du secteur ne facilite pas la recherche des 'uvres dérobées, la grande préoccupation concerne les objets issus de fouilles sauvages, jamais répertoriés et donc difficilement identifiables. C'est le danger qui pèse aujourd'hui sur les sites d'Afrique du Nord privés de protection», préviennent les experts. L'alerte est donnée.
K. A.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Kamel Amghar
Source : www.latribune-online.com