Non, ce n'est pas une émeute ovine, mais à la réflexion, le désordre est tel que cela y ressemble beaucoup. A cause de l'animal sacré de l'Aïd, des passagers d'Air Algérie ont raté leur avion, des ambulances transférant en urgence des malades ont été bloquées, un convoyage de fonds « pris de panique », des centaines de voyageurs empêchés de passer pendant de longues heures...
Bref ! Tout ce qui peut se produire de désagréable lorsqu'une route à grande circulation est barrée. Les mauvaises langues rapportent que la circulation est rétablie à coups de trique si cela s'avère nécessaire lorsqu'il y a un officiel, un wali et plus, qui doit passer. L'aéroport de Annaba se trouve à la limite des wilayas de Annaba et d'El Tarf. C'est aussi à cet endroit-là que se retrouvent la RN 44 et le CW 109 qui relient Annaba à El Kala, l'une passant par le chef-lieu El Tarf et l'autre par El Chat. Comme partout ailleurs à l'approche de l'Aïd El Adha, tout ce que le pays possède en terrains vagues se transforme en marché à bestiaux. Et à cet endroit stratégique à plus d'un titre, il y a un espace libre avec de verts pâturages aux alentours où, habituellement, se délassent des familles, les week-ends de la belle saison. C'est aussi l'avant-dernière demeure du mouton mais le paradis du maquignon, l'enfer des agents de la circulation, le cauchemar des automobilistes. Ce marché d'occasion draine du monde - nous avons rencontré des maquignons de Bougtob (Naâma) de la steppe de l'ouest du pays - et, bien entendu, des centaines de véhicules. Les acheteurs viennent de partout et on est même surpris de voir en surnombre des véhicules immatriculés des wilayas de Tébessa et d'Oum El Bouaghi qui ont la réputation ici d'être les pourvoyeurs de moutons de tout l'Est algérien. Les pluies diluviennes, qui ont transformé ces derniers jours ce marché de fortune en marécages, n'ont découragé ni les acheteurs ni les vendeurs parmi lesquels on compte un nombre incroyable de revendeurs improvisés, pour quelques jours, en maquignon ou berger pour faire quelques substantiels profits, sachant pertinemment que même les petites gens sont prêtes à se saigner. Toute cette foule fébrile, affairée ou dés'uvrée a fini par déborder du terrain s'appropriant les routes vers Annaba, El Tarf, El Kala et l'aéroport. Les agents de la circulation sont débordés et manifestement insuffisants pour contenir toute cette foule. Ajoutez-y l'incivisme et l'incivilité qui nous caractérisent sublimement dans ce genre de pagaille et voilà comment deux importantes voies de la circulation sont retirées à leur usage vital pour être cédées à la vedette, la chose sacrée, précieuse, qui réclame toutes les attentions, tous les sacrifices, le mouton. On est ici pour acheter « l'Aïd », le reste est secondaire, accessoire, quitte à laisser mourir des malades ou retenir des personnes des heures durant.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Slim Sadki
Source : www.elwatan.com