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Le réservoir à problèmes Constructions illicites et bidonvilles



Le réservoir à problèmes                                    Constructions illicites et bidonvilles
Photo : S. Zoheir
De notre correspondant à Annaba
Mohamed Rahmani

A Annaba, principalement dans la daïra d'El Bouni (5 km à l'est du chef-lieu de wilaya), les constructions illicites poussent presque toutes les heures sans que personne ne s'en inquiète ou du moins n'en dénonce l'illégalité. Les élus locaux, frappés de cécité quand il s'agit de faire appliquer la loi en réquisitionnant la force publique et ainsi procéder à la démolition de ces constructions, sont plus que visionnaires en matière de préparation des prochaines échéances électorales. En effet pour ces responsables, ces bidonvilles constituent un réservoir électoral (en fait un réservoir à problèmes) duquel ils pourraient plus tard tirer leur légitimité étant sûr que ces populations voteraient en leur faveur puisqu'ayant fait l'objet de bienveillance de leur part. Un calcul que la réalité dément à chaque fois puisque les habitants de ces constructions érigées à la hâte vivant dans des conditions précaires se rebellent quelque temps plus tard pour exiger des logements sociaux et c'est la porte ouverte aux manifestations et aux émeutes. Cette situation qui s'est encore une fois produite dans cette commune (la plus peuplée de Annaba) a donné lieu à des sit-in et à des rassemblements devant le siège de la daïra qui subit presque quotidiennement les assauts des habitants de ces bidonvilles pour réclamer des logements qui normalement devraient revenir à d'autres qui attendent depuis des années. Dernièrement, ce sont les habitants des petites agglomérations de Boukhadra, Bidari, Sarouel, El Allelik, Oued Ennil et El Bouni, menés par les associations de quartier, qui s'étaient rassemblés devant la daïra pour demander que «les promesses faites par l'ex-chef de daïra soient tenues.» Lesdites promesses consignées dans des PV de réunion et signées par l'ex-responsable engagent l'administration à attribuer des logements à ces habitants au plus tard en décembre 2012.
Une erreur, plutôt une aberration, dans la mesure où le nombre total de logements promis est de 5 030 unités qu'il faudra construire en quelques mois. L'ex-chef de daïra voulait, selon certaines indiscrétions, préserver la paix sociale comptant sur les réalisations en cours pour plus tard en attribuer une partie aux habitants de ces agglomérations. Mais ces derniers ne voyant rien venir sont montés au feu et se sont heurtés au refus de l'administration qui ne peut matériellement tenir ce type de promesse même avec toute la bonne volonté qu'on y met. Un vrai casse-tête difficile à résoudre et qui pourrait remettre en cause la crédibilité de l'administration au moment où l'Etat fait tout pour rétablir la confiance avec ses administrés. Toujours est-il que maintenant, tout le monde verse dans l'illicite en construisant (en dur) sur des terrains qui relèvent du domaine privé de l'Etat. Ainsi, rien que durant ce week-end et selon un élu qui a préféré garder l'anonymat, 70 constructions illicites ont poussé à Boukhadra (ex-Bouhamra). «Certains élus, des manipulateurs et des présidents d'associations ont réussi à faire croire à ces citoyens qu'il va y avoir un nouveau recensement des constructions précaires en 2012 et qu'en construisant illicitement, ils pourraient figurer sur ces listes et donc ils sont assurés d'avoir des logements sociaux», nous a confié cet élu.Aussi un coup d'accélérateur a été donné à ce type de constructions qui poussent comme des champignons en l'absence des services censés contrôler et réprimer ces dépassements. Point de commission d'urbanisme, aucune forme de dissuasion, pas de police d'urbanisme et de protection de l'environnement, des élus qui ne voient pas ou ne veulent pas voir ce qui se passe sur le territoire de leurs communes et des squatteurs qui ne craignent plus rien allant jusqu'à construire en dur et en plein jour narguant les services de l'Etat.Si ces mêmes services ne réagissent pas au plus vite, la situation sera d'ici 2 à 3 mois impossible à gérer, «la cadence de réalisation» des constructions illicites est telle que l'on peut se retrouver avec de véritables «nouvelles villes illicites».Le wali de Annaba, qui est sorti de ses gonds dernièrement pour tancer vertement les élus à propos de ces constructions illicites, a donné des instructions fermes quant à leur démolition quelles que soient les conséquences parce que force doit rester à la loi. Intraitable sur cette question, le chef de l'exécutif a convoqué les présidents d'APC des 12 communes que compte la wilaya pour faire le point sur la question et prendre les mesures qui s'imposent. La commission de suivi installée récemment a visiblement du pain sur la planche.
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