
Le dernier dîner est une pièce qui raconte la fin peu glorieuse d'un tyran livré à son passé noir.AnnabaDe notre envoyé spécialUn général chassé par une révolte populaire après des années de tyrannie au nom du patriotisme se retrouve un soir, au crépuscule de sa vie, face à son épouse. Elle lui rappelle, comme une conscience meurtrie, ses «prouesses» patriotiques. «Tu as torturé, tué, massacré, violé... Ô pays, combien de crimes ont-ils commis en ton nom '», lui crie-t-elle à la figure. C'est le début de la pièce Al Achae al akhir (Le dernier dîner), d'Amel Menghad, présenté jeudi au Théâtre régional Azzedine Medjoubi de Annaba à la faveur du 3e Festival national du théâtre féminin. Adaptée d'un texte du dramaturge qatari Hassan Al Rashid par Haïdar Benhassine, la pièce pénètre l'univers intérieur d'un haut gradé de l'armée (Wael Bouzida) qui n'a plus de pouvoir, qui se retrouve sans amis, seul à la maison, incapable de réaliser la fin de son règne, de son aveuglement. «Sors ! Sors ! Va retrouver la vie !», lui dit son épouse (Warda Saïm).Les deux époux règlent leurs comptes, fouillent dans les poubelles du passé, constatent l'ampleur de leur faillite et de leur désarroi, se rendent compte de leur isolement. Offensive, l'épouse reproche à son époux ses excès, son arrogance et ses violences. Il lui réplique qu'elle avait elle-même profité de son statut social, des luxes du palais, de l'argent et de la dolce vita. «Je n'avais pas le choix, j'étais obligée. Je me souviens bien des regards méfiants des gens dans les restaurants», répond-elle. Pour «ressentir» la vie, l'épouse s'est fait recruter dans une école pour enseigner, contacter «le peuple». La pièce se perd malheureusement dans de longs dialogues et une linéarité qui alourdissent son atmosphère. Peu de rebondissements dramatiques, peu d'effets scéniques.La scénographie classique de Tewfik Anceur exprime assez bien l'idée du vide, de l'ennui et de la mélancolie dans lesquels se retrouve le couple. Le dîner évoqué dans le titre de la pièce ne se prépare nulle part. C'est à peine à la fin de la représentation que l'épouse parle du repas du soir. Pas d'odeur de mets donc ! «Cela aurait été facile pour moi d'imaginer une scénographie où la cuisine serait présente sur scène. J'ai préféré faire autre chose», a expliqué Amel Menghad lors du débat qui a suivi la représentation.Le va-et-vient entre l'arabe classique et le parler algérien a quelque peu perturbé le jeu dans la mesure où la tonalité et l'intonation vocales suggéraient l'existence d'un dédoublement de personnages. La metteur en scène s'est visiblement autocensuré pour éviter «des ressemblances» avec la situation algérienne en se réfugiant dans l'arabe classique. Haïdar Benhassine refuse l'idée de la dualité et de «la problématique» de la langue dans le théâtre. «Nous avons introduit le parler algérien pour créer d'autres écoutes.Le comédien a besoin de technicité, mais a besoin d'être diffusé. Cette impression de dualité du deuxième caractère va disparaître. Il faut laisser du temps au spectacle dans le sens qu'il se construise en se diffusant davantage en termes de rebondissements, de technicité, de maîtrise de jeu d'acteurs et de dramaturgie. Le spectacle doit mûrir. La vraie répétition, c'est au contact du public. Après, c'est une question de phonétique, de concassage du texte, du travail de la voix. Il s'agit de questions purement techniques dans le temps et dans l'espace», a-t-il affirmé.Haïdar Benhassine n'a pas apprécié les remarques et critiques faites à la pièce Le dernier dîner lors du débat. «Je refuse tout ce que vous dites ! J'accepte l'autre point de vue quand il est constructif et généreux. Je refuse les points de vue exprimés avec une arrière-pensée et qui ne prend pas en compte la vie difficile du comédien et les contraintes dans la direction d'acteurs, dans la scénographie, dans les projecteurs, la sono. Nous avons des salles de théâtre mal entretenues en Algérie...», a-t-il lancé avant de quitter la salle.Amel Menghad a déclaré que le regretté M'hamed Benguettaf, alors directeur général du Théâtre national algérien (TNA) lui avait confié le texte de Hassan Al Rashid en 2010 pour le monter sur scène. «A la lecture, je m'étais dit que le texte ne m'intéressait pas. En assistant à la 2e édition du Festival de Annaba, j'ai eu l'idée de reprendre le texte pour mettre en scène une pièce après avoir renoncé de reprendre ma première pièce Kalam (montée en 2007) qui n'a pas été bien présentée au public. Au début, je voulais jouer le personnage de l'épouse, après j'ai décidé de confier le rôle à Warda Saïm», a-t-elle déclaré.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Fayçal Métaoui
Source : www.elwatan.com