
La gestion des déchets hospitaliers en Algérie pose problème en l'absence d'un contrôle et d'un suivi rigoureux des services concernés - particulièrement les directions de l'environnement- et d'une application stricte des lois en vigueur. Laisser-aller, laxisme, négligence et passivité ont encouragé les intervenants de la santé relevant du secteur public ou du privé à se débarrasser de ces déchets nocifs et dangereux comme s'il s'agissait d'ordures ménagères ajoutant ainsi à l'anarchie générale qui règne sur tout.En Algérie, selon les statistiques, il y aurait près de 125 000 tonnes de ces déchets qui sont jetés chaque année dans la nature. Déchets solides, liquides, toxiques et même infectieux se retrouvent dans des décharges publiques. Décharges où paissent des animaux qui se disputent ces scories dangereuses qui sont ingérées et qui peuvent en fin de parcours se retrouver dans l'alimentation humaine.Au centre d'enfouissement technique d'El Berka Zarga, dans la daïra d'El Bouni, à quelque 5 km du chef-lieu de wilaya de Annaba, ce qui frappe le plus, en dehors des déchets domestiques communs, ce sont les déchets hospitaliers qui trainent çà et là, avec parfois comme on nous l'a rapporté des pièces anatomiques dont on a amputé des patients et que des bêtes se disputent. S'entassent ici, pêle-mêle, des bandages, des seringues, des couches, desmédicaments périmés et autres au milieu de colonnes de fumées dont la puanteur embaume tout le périmètre et, emportée par le vent, cette odeur s'étend jusqu'aux localités toutes proches. Ce qui est vraiment grave dans tout cela est que normalement, étant toxiques, les déchets hospitaliers sont traités à part et ne peuvent selon la réglementation en vigueur être déversés dans des décharges publiques ou des centres d'enfouissement technique (CET). Ceux-ci doivent être incinérés dans des fours spécialement aménagés pour préserver l'environnement de toute pollution pouvant avoir des effets négatifs sur la santé publique. La réglementation prévoit pourtant de lourdes sanctions en cas de non-respect des textes régissant letraitement des déchets hospitaliers, aucune des 8 cliniques privées implantées à Annaba n'est dotée d'un incinérateur censé prendre en charge lesdits déchets. Selon un responsable au niveau de l'un de ces établissements, les déchets hospitaliers sont sous-traités avec les hôpitaux qui, eux, sont dotés d'incinérateurs. Les déchets sont acheminés vers ces établissements publics pour y être incinérés; cela implique des formalités, un suivi et un contrôlepermanent pour que tout soit exécuté dans les conditions prévues par laréglementation. Ceci est l'ordre normal des choses, dans la réalité c'est une autre affaire puisqu'on se débarrasse de ces déchets dangereux comme on jette sapoubelle. Des éboueurs inconscients du danger et moyennant un gros billetprennent tout en charge en procédant à l'enlèvement de ces déchets pour les déposer au niveau du CET où certains travailleurs, à qui on a graissé la patte,ferment les yeux.Côté établissements publics (Epsp, EPH ou EHS) on compte 7 incinérateurs, dont le plus important est celui de l'hôpitalIbn Sina qui est d'une capacité de500 kg/heure. Si ces incinérateurs sont en service et tournent à plein régime, cela ne règle pas pour autant le problème des déchets hospitaliers toxiques. En effet, selon des spécialistes de la question la température dans les fours utilisés pour l'incinération des déchets hospitaliersn'atteint pas les 1 200 degrés exigés pour la destruction des virus et donc c'est comme si rien n'a été fait. Mais ceci est une autre affaire et un traitement des déchets selon les nouvelles techniques adoptées dans d'autres pays demande toute une panoplie de mesures en amont et en aval pour que le problème soit définitivement réglé.À Biskra, ces déchets sont déversés à la sortie sud de la ville à quelques encablures des habitations, ce qui représente un danger réel puisque l'on trouve parmi ces déchets des produits toxiques, des médicaments périmés, des clichés de radios et autres. Tout est éparpillé en pleine nature et emporté par le vent, ce qui étend encore plus cette pollution et dégrade un environnement déjà mis à mal.À Skikda, c'est pire, puisque le 9 mars 2014 et sur dénonciation d'un citoyen-un acte civique à saluer- des déchets hospitaliers dangereux ont été trouvés entreposés près d'un... lycée ! Un acte irresponsable qui en dit long sur lanégligence, qualifiée de criminelle par certains, des services de santé publique. L'enquête menée par les agents de la brigade économique et financière relevant de la sûreté de wilaya a établi que ces déchets provenaient du CHU de Annaba qui les avait confiés à une entreprise privée spécialisée dans le traitement de ce type de déchets. Or l'entreprise en question ne dispose pas d'un agrément pour ce type d'activités et l'on a découvert par la suite que le patron de cette entité procédait à ce «traitement» dans sa villa avec toutes les conséquences que cela pouvait avoir sur l'environnement. C'est dire le manque de sérieux et l'irresponsabilité de ceux-là même qui sont chargés de la santé publique.M. R.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Mohamed Rahmani
Source : www.latribune-online.com