«Deux groupes de 27 candidats à l'immigration clandestine dont un mineur et, chose inédite, un handicapé moteur, on été interceptés dans la nuit de mardi au large des côtes d'Annaba», nous apprenait notre correspondant local qui citait le commandement territorial des gardes-côtes.Dans ce qu'ils ont de commun, les services de sécurité comme les journalistes croient toujours avoir le détail croustillant qui va émerger du sujet. Même si le détail en question ne cache ni le manque de précision ni le fond de la question introduite par le sujet, il y a toujours un «effet» en l'occurrence.
Surtout quand, par mégarde ou à dessein, on réussit à mettre en avant le croustillant spectaculaire au détriment de l'essentiel. Mais ce n'est pas toujours sur les faits qu'on agit, on le fait souvent par les extrapolations qu'on en fait et dans les interprétations qu'on en attend.
S'agissant du sujet de la harga, la presse nous ramène régulièrement et cycliquement ce genre de détails qui, pour avoir surpris, n'ont pas pour autant fait oublier l'essentiel : de jeunes Algériens sans perspectives affrontent à longueur d'années, dans toutes les conditions et par milliers, les périls de la mer pour tenter de se donner une raison souvent chimérique d'espérer.
Mais il n'y a pas que les jeunes, il n'y a pas que les mâles, puisque quasiment à chaque «fournée» arraisonnée par les gardes-côtes avant d'atteindre le large, à chaque tragédie en haute mer et à chaque arrestation à Lampedusa ou ailleurs, on nous signale que parmi les harraga, il y avait un père de famille sexagénaire, une femme ou un adolescent tout juste sortie de l'enfance.
La presse, qui reprend généralement les services de sécurité qui exercent un monopole de fait en matière d'informations sur le sujet, ne se prive pas de ces détails qu'elle s'empresse de mettre en évidence, souvent en titre et en exergue. Mais les «détails croustillants» sont aussi faits pour faire oublier le tout-dramatique. C'est sans doute pour cela qu'on s'est souvent posé les mauvaises questions.
Car quand un sexagénaire, une femme ou un enfant est «dans le coup», la bonne question n'est pas pourquoi, mais pourquoi pas ' Après tout, une société qui pousse les jeunes de 18 à 40 ans vers le suicide sur l'écume peut-elle faire de ses enfants, de ses «seniors» et de ses femmes des gens heureux ou pas assez malheureux pour se jeter dans les bras de la mer en furie ' Il n'y a pas de bonheur à deux vitesses, et ceux qui président aux destinées du pays ne peuvent pas faire dans le deux poids, deux mesures quand il s'agit d'assurer un minimum de vie décente et de possibilités de promotion. En tout cas pas sur la base d'une discrimination générationnelle ou sexiste !
Même les catégories les plus fragiles, les plus vulnérables, celles qui bénéficient partout d'un maximum d'attention comme les handicapés, ne se sentent pas rassurés. Au point de maintenant tenter la traversée suicidaire. Maintenant que la boucle est bouclée depuis mardi au large d'Annaba, peut-être qu'on reviendra aux vraies questions. Y a-t-il encore un détail croustillant qui puisse encore surprendre dans les histoires de harga '
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Le Temps d'Algérie
Source : www.letempsdz.com