Les algériens l'ont beaucoup entendu qu'ils ont commencé par l'intégrer, le relayer et parfois en faire une certitude. Une sorte d'argument-massue contre lequel on ne peut rien, qui met fin aux discussions et fait acclamer ceux qui, toujours perspicaces, le brandissent comme l'arme fatale. Ce serait donc l'indigence des conditions de vie et de travail des magistrats et «personnels assimilés» qui auraient développé dans la corporation corruption et soumission politique. Un recours «normal» donc, quand on ne susurre pas qu'il est naturel, voire? légitime. Comme un «bonheur» ne vient jamais seul, le pouvoir a surfé sur la vague à chaque velléité de mettre la question dans le débat public. C'est tellement commode qu'il n'allait pas se gêner d'en remettre une couche et de renforcer une «croyance» que lui-même n'a pas demandée. Il a donc à chaque fois fait ce qu'il sait faire de mieux sur la question comme en d'autres domaines : faire aux algériens lâcher la proie pour l'ombre. L'indépendance de la justice ' Il faut construire de nouveaux tribunaux, former des magistrats spécialisés? On a même expliqué la lenteur dans le traitement de certains dossiers de corruption et l'enfouissement d'autres par la faiblesse ou l'absence de compétences judiciaires dans le domaine ! Il a aussi suggéré que le fait d'augmenter les salaires et donner un maximum de confort aux juges les mettrait à l'abri de la tentation ! Voilà pour l'ombre. Il reste la proie qu'on n'a pourtant pas besoin d'aller chercher très loin : l'indépendance de la justice est l'émanation d'un Etat de droit, sinon un projet à terme porté par un pouvoir qui exprime la volonté politique d'y conduire le pays. Comme c'est loin d'être le cas, le pouvoir découvre parfois des gens et des situations qui lui usinent des arguments à décharge, quand ils ne le disculpent pas carrément de ses errements. C'est parce qu'il a fait de la justice un instrument à son service exclusif que des hommes et des structures dans l'institution ont? élargi leur liberté, comme on «diversifie ses activités» pour plus de prospérité, la principale étant de servir la tutelle au sens le plus large. Et quand, il y a quelques jours, le syndicat des magistrats a rendu publique sa déclaration, tout nous revient. On y trouve certes un astucieux lifting dans le discours mais sur le fond, rien n'a changé. Ou plutôt si, puisqu'il y est suggéré que? l'indépendance de la justice est désormais acquise. Il suffirait donc aux magistrats de faire preuve de bonne volonté? opérationnelle, au pouvoir de prendre en charge leur «précarité» sociale et régler quelques soucis techniques et le tour est joué. Il n'a même pas songé à nous expliquer pourquoi les magistrats qui ont «marché» au début de l'insurrection populaire sont devenus subitement invisibles. A moins qu'on ne sache pas lire entre les lignes, pour nous rendre compte que les magistrats qui ont manifesté ont été? entendus. Pour l'heure, on n'a même pas entendu la pauvre juge d'Annaba qui a acquitté un manifestant inculpé pour port de drapeau amazigh, à qui on a trop vite inventé un destin d'héroïne. Ça se saurait si tel était le cas et ce n'est pas la matière qui manque en ce moment pour que ça inspire.S. L.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Slimane Laouari
Source : www.lesoirdalgerie.com