L'ARH, l'agence de régulation des hydrocarbures a ordonné une baisse de 30% des livraisons de gaz naturel aux deux complexes d'Arzew et Annaba. "Une décision disproportionnée" crie l'actionnaire espagnol qui a redressé l'ancien actif d'Asmidal. Une bataille pour le contrôle de Fertial est lancée.L'autorité de régulation des hydrocarbures, l'ARH, a adressé le 1er juillet dernier un courrier au DG du groupement Fertial propriétaire des deux complexes d'engrais d'Arzew et d'Annaba, dont Maghreb Emergent a obtenu une copie de source syndicale. L'ARH y somme la société Fertial SPA " de réduire l'exploitation, au minimum technique garantie (...) soit 70% de la consommation actuelle au plus". La décision de l'ARH est motivé par des audits et inspections réalisés en 2013 sur les deux sites de production d'ammoniac d'Arzew et de Annaba. La correspondance de l'ARH, évoque "la non mise en conformité des installations ...", "le constat de surconsommation en énergie", " la non-réalisation des engagements par le Groupe Villa Mir notamment en matière de mise à niveau, optimisation de la consommation spécifique du gaz naturel, la mise en 'uvre du plan de choc pour la maintenance des installations. L'ARH a chargé dans la même correspondance Sonatrach et la société en charge de la distribution du gaz "de procéder à la réduction des quantités de gaz naturel livrées aux complexes industriels de la société Fertial SPA".
Le groupe Villa Mir en appelle à Yousfi...
La décision de l'ARH a provoqué un vrai choc à Madrid où siège le groupe Villa Mir, détenteur depuis 2005 de 66% des parts sociales de Fertial, une joint-venture réalisée avec l'EPE Asmidal et comportant les deux complexes d'engrais de Arzew et de Annaba. Maghreb Emergent n'a pas pu obtenir la réaction directe du DG de FERTIAL. Il a pu se rapprocher, par ailleurs, des intérêts du groupe espagnol en Algérie pour apprendre que le président du groupe Juan-Miguel Villar Mir a saisi le ministre de l'énergie et des mines Youcef Yousfi par courrier pour lui demander de concourir au rétablissement du gaz avant le 30 septembre prochain afin d'éviter des pertes considérables. Le groupe Villar Mir juge la mesure de l'ARH " totalement disproportionnée". Il affirme que les réserves émanant des audits et inspections de sécurité avaient été étaient prises en charge par la direction de Fertial, et étaient en cours d'être levées lorsqu'est tombée la décision de l'ARH le 1er juillet dernier. L'actionnaire majoritaire espagnol de Fertial s'avance même pour citer mars 2014 comme date de mise à niveau complète du site si toutefois l'ARH lui précise plus en détail les opérations de réhabilitation à devoir conduire. Le groupe Villar Mir affirme comprendre les exigences de l'ARH de mise à jour des études de risques sur les sites et les études de pression hydraulique. Il soutient à contrario que ces réserves sont déconnectées avec la mesure de réduction de livraison de gaz. L'actionnaire majoritaire de Fertial évoque un préjudice pour 1300 travailleurs et un réseau de sous-traitants de près de 5000 personnes. Selon la source proche de Villa Mir, le seul rapport d'audit de l'ARH a été reçu par Fertial en mars 2013. La célérité exceptionnelle avec laquelle l'ARH a sévit recouperait plutôt une volonté algérienne de changer la donne patrimoniale au sein de Fertial.
... et évoque les pressions de Sonatrach pour reprendre Fertial
La réduction des livraisons de gaz naturel serait, du point de vue espagnol, un pur moyen de pression afin d'obtenir une redistribution des cartes dans l'actionnariat de Fertial. Dans le courrier adressé par le président du groupe espagnol au ministre algérien de l'énergie et des mines, il serait fait une allusion directe à des correspondances du PDG de Sonatrach Abdelhamid Zerguine dans lequel le groupe, actionnaire minoritaire dans Fertial, exige de monter dans le capital de cette joint-venture. Aucune source à Alger, ni espagnole ni proche du secteur de l'énergie, n'a encore pu préciser à Maghreb Emergent si "l'exigence" de Sonatrach concerne un passage au 51-49 avec maintien du management au profit des espagnols. Asmidal revendique plus de d'actions et plus de droits de vote à ce stade. Mais la gravité du bras de fer qui est en train de s'engager laisse à penser que la partie algérienne vise à l'application à rebours du 51-49 rendant systématiquement majoritaire l'actionnaire algérien dans les partenariats avec des étrangers. Le premier ministre Abdelmalek Sellal rassurait encore il y'a quelques jours des partenaires étrangers sur le fait que les investissements préalables à 2009 ne souffriraient pas d'effet rétroactif pour la règle du 51-49. Il semblerait que les performances économiques présentes mais surtout à venir de Fertial, un peu comme celles de Djezzy en 2008, aient été trop tentantes pour ne pas vouloir agrandir la part du gâteau.
Vers un nouvel arbitrage international '
Les espagnols de Villa Mir ne seraient pas hostiles à l'idée de rediscuter le pacte des actionnaires signé en 2005, mais refuseraient de devenir minoritaire dans Fertial après, selon eux, sept années de redressement qui ont rendu la joint-venture clairement profitable aujourd'hui. Le recours, selon eux, a un procédé coercitif comme moyen de pression est facile à démontrer devant les instances juridiques internationales. Le conflit qui vient "d'exploser" entre Alger et Madrid sur la filière des engrais fait plus penser au scénario de Djezzy qu'à celui d'Arcelor Mittal. La renationalisation rampante tente de récupérer un bon actif, sans doute mal évalué au moment de la conclusion du partenariat sous l'encouragement politique du président Bouteflika. Fertial a en effet multiplié ses ventes par trois et son résultat net par 11. Fertiberia - l'enseigne espagnol des engrais du groupe Villa Mir, importe vers le marché européen les excédents de production d'Arzew et d'Oran depuis que l'Union Européenne a levé son embargo sur les engrais algériens accusés d'être fortement subventionnés. C'est sans doute, d'ailleurs, la perspective de croissance prometteuse des exportations d'engrais vers l'Europe qui - un peu comme les dividendes de Djezzy en 2007- a tendu la relation entre les partenaires au sein de Fertial. Le président de Villa Mir se serait plaint dans son courrier à Youcef Yousfi de ce que l'ARH se soit mêlée d'évaluer le pacte des actionnaires au sein de Fertial alors que cela n'est pas de ses prérogatives... oubliant au passage que le principal manquement aux engagements vient du côté algérien, selon lui. La construction d'une nouvelle usine d'ammoniac sur le site d'Arzew a été bloquée par les autorités algériennes au moment où des projets venus plus tard dans la même filière ont été autorisés. Le groupe Villa Mir proche, par son président, du parti au pouvoir en Espagne (PP), rappelle que le partenariat algéro-espagnol dans Fertial était il y a encore peu, évoqué comme un exemple réussi. Un autre "partenariat exemplaire" qui menace de finir au tribunal de Londres.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : El Kadi Ihsane
Source : www.maghrebemergent.info