
Un grillage barre le devant de la scène. Les comédiens avancent dans l'obscurité, précédés par le titre de jazz oriental Beirut du Libanais Ibrahim Maalouf. Ils évoluent sur deux niveaux.Le niveau supérieur, qui peut ressembler à une terrasse, est réservé aux hommes, comme pour suggérer la domination ou la séparation. Les femmes échangent, pleurent, rient ou crient dans l'espace clos de la maison. Des femmes d'une même famille qui vivent quatre périodes en Algérie : 1957, 1987, 1995 et 2014. Autrement dit, l'oppression coloniale, les tournants politiques, le terrorisme et la stagnation actuelle. Les dates sont précisées à chaque fois sur l'écran. Des images défilent sur scène à l'appui d'une projection vidéo qui accompagne l'évolution des personnages durant un spectacle bâti sur la déconstruction temporelle.Yema (Ma mère), la nouvelle pièce du Théâtre régional de Skikda, mise en scène par l'Algéro-Belge Senda Amel Guessab, fait appel à plusieurs formes d'expression scénique. Présentée dimanche après-midi au Théâtre régional Azzedine Medjoubi de Annaba, à l'occasion du 4e Festival national du théâtre féminin, Yema est enveloppée dans une forme post-dramatique où l'on peut percevoir également les traces du théâtre documentaire.Le grillage suggère l'enfermement, alors que le texte, parfois bavard, évoque une certaine obsession de la metteur en scène à dénoncer les silences dans une Algérie lacérée de brutalité, de violence et d'injustice. L'usage de l'image vidéo n'a pas contribué grandement à l'esthétique d'ensemble, mais la pièce porte une certaine fraîcheur et une volonté certaine de casser des codes du théâtre. Ce spectacle visuel s'approche d'un exercice périlleux que Senda Amel Guessab assume en interrogeant la grande histoire à partir de petites histoires réelles, celle de sa propre famille. «J'ai construit ce travail sous forme de laboratoire de recherche autour de l'actorat et des techniques qui en sont liées.Je n'ai pas voulu me mettre dans le schéma classique où l'acteur se positionne dans des endroits précis. C'est une tentative collective d'écrire un texte à partir d'histoires intimes et de souvenirs de onze créateurs. C'est une forme d'écriture du réel. Le spectacle est en mouvement, va encore évoluer. La recherche est constante», a précisé la metteur en scène, qualifiant sa pièce d'une nouvelle aventure.Yema a provoqué un vif débat après sa présentation au public. Les intervenants, comme Djamila Zegaï, Abdelnacer Khelaf, Mohamed Kali, Tounès Aït Ali, Rabie Guechi ou Lamisse Messaï se sont interrogés sur le théâtre que Senda Amel Guessab veut proposer. Il lui a été reproché un prologue musical trop long, une narration lourde, des clichés sur les femmes algériennes, l'inutilité des images vidéo, une scène encombrée, une superposition de plusieurs points de vue, de mise en scène et discontinuité du texte... «Faut-il se taire ' Ou faut-il parler ' En Algérie, où j'entends beaucoup de choses, je me tais beaucoup pour ne pas être frontale. Dans chaque période évoquée dans la pièce, garder le silence ou parler est une question de vie ou de mort. Mais là, j'ai décidé de ne pas me taire», a soutenu Senda Amel Guessab.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Fayçal Métaoui
Source : www.elwatan.com