
«Ils nous ont tués avec les importations !» C'est par cette phrase qu'un chef d'entreprise publique de fabrication de meubles exprime ce qu'il pense de la campagne ??Consommer algérien''.Une initiative dans laquelle les opérateurs économiques sont loin de placer tous leurs espoirs, trop souvent déçus par des slogans politiques creux et des campagnes aussi éphémères que la cote dont jouit le produit national auprès des consommateurs.Car, à mesure que le produit national s'est dévalorisé, le produit importé l'a remplacé dans ce qui semble être un processus irréversible. L'Etat qui promeut le produit local aujourd'hui n'est pourtant pas étranger à cette situation. Ouverture économique anarchique, restructurations infructueuses, stratégies industrielles hasardeuses et environnement des affaires non propice à l'investissement, ont largement contribué à troquer plus facilement le local contre l'importé.Si certaines filières arrivent encore à titrer leur épingle du jeu, comme l'agroalimentaire ou l'électroménager, d'autres semblent avoir perdu définitivement la confiance des consommateurs largement attirés par ce qui vient d'ailleurs. Pour le secteur de l'ameublement par exemple, les importations ont plus que doublé en 5 ans (2009-2014). Celle de la matière première, à savoir le bois, a quant elle augmenté de plus de 60% durant cette période.Les importations ont laminé la production locale. C'est un fait. Encore faut-il déterminer si leur envolée est la conséquence de la déstructuration du secteur industriel productif, ou si elle en est la cause. L'entrée dans l'économie de marché s'est manifestée au début de 1991 par la levée du monopole sur le commerce extérieur, pendant que l'Etat restructurait le secteur public.ProcessusL'autonomie des entreprises, les holdings, les sociétés de gestion des participations (SGP), les privatisations, ou encore dernièrement les groupements d'entreprises n'ont pas réussi à remettre l'industrie nationale sur pied. La fermeture de dizaines d'entreprises et les licenciements de plus de 150 000 travailleurs sous la pression du FMI ont fini d'achever un secteur agonisant pour lequel les opérations d'assainissements bancaires à répétition ont été infructueuses.Entre la fin des années 1980 et 1997, la production industrielle a baissé de 35% (Taous Hamdaoui, Bilan des réformes du secteur industriel en Algérie, université de Annaba) et la part du secteur dans le PIB est descendu à moins de 6%. Le secteur des industries manufacturières en a le plus pâti en raison d'une situation aggravée par l'accord d'association avec l'Union européenne et les conséquences du démantèlement tarifaire.Dans une étude sur «L'impact de l'accord d'association, 2005», l'économiste Mohamed Yazid Boumghar évoquait une baisse «brutale» de 30% du taux de protection pour le secteur des industries manufacturières pour les deux premières années de la mise en ?uvre de l'accord. Les droits de douanes moyens par branche affichent des baisses de «72% pour le secteur du bois, 52% pour la chimie, et 26% pour le textile», relève-t-il.Difficile de résister à l'assaut des importations dans ce cas. Amar Takjout, secrétaire général de la Fédération nationale des industries manufacturières des textiles et cuirs affirme qu'avec la fermeture de «beaucoup d'entreprises depuis 20 ans, le potentiel existant ne peut répondre à plus de 20% des besoins nationaux». A titre d'exemple, le secteur du textile ne représente «en termes de disponibilité que 5% du marché national. 95% des besoins sont satisfaits par l'importation», dit-il.InsuffisanceDans la filière chaussure, l'entreprise nationale ne fournit que 1% des besoins du marché estimé à 70 millions de paires par an. Quand ce n'est pas un problème de quantité, le produit national pèche souvent par une qualité (conception, réalisation et finition) qui laisse à désirer et une disponibilité aléatoire,Difficile dans ce cas d'offrir au consommateur un produit qui soutienne la concurrence avec toutes ces contraintes, et ce, même avec l'apport du secteur privé dont l'émergence a peu contribué à modifier la trajectoire du secteur. Beaucoup de chefs d'entreprise reconnaissent qu'il est plus facile d'importer et de vendre que de produire en Algérie. Plus de la moitié des entités économiques existantes font du commerce, et à peine 10% appartiennent au secteur industriel.Des aberrations, comme celles qui imposent à un producteur de payer les mêmes droits de douanes pour un intrant qu'un importateur de produits finis, la facilité du gain pour certains, la pression fiscale pour d'autres, les difficultés d'accès aux crédits bancaires et au foncier, etc. sont autant de facteurs qui ont contribué à détourner les opérateurs économiques de l'investissement productif et par ricochet le consommateur algérien du produit local. Aujourd'hui, avec ou sans volonté politique, il faudra sans doute plus qu'une simple campagne de sensibilisation pour corriger les deux.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Safia Berkouk
Source : www.elwatan.com