Le temple des « affaires » La cité résidentielle constituée de logements haut standing de deux étages avec au rez-de-chaussée un garage, située à la sortie ouest de la deuxième commune de Sétif, construite en 1991 par Geni Sider, s?est tout d?un coup transformée en zone de libre-échange ne disant pas son nom. Sa réputation grandissante a dépassé depuis longtemps les frontières. A telle enseigne que de nombreux fournisseurs asiatiques ont, à plusieurs reprises, fait le déplacement, constatant de visu l?importance et le volume des échanges dans ces lieux d?affaires, sollicités par les simples citoyens et les commerçants des quatre coins du pays. Les numéros d?immatriculation des véhicules de différents tonnages bondant le parking implanté entre la cité précitée et la gare routière illustrent parfaitement nos propos. Spécialisé dans l?import-import, le quartier ne cesse de grandir. La cote du loyer et du mètre carré prend des envolées spectaculaires. Pour dénicher un local, l?heureux bénéficiaire doit débourser en loyer mensuellement plus de 70 000 DA. Une superficie nue de 200m2 a été, nous dit-on, cédée à 7 millions de dinars car l?endroit est un lieu d?investissement rentable à mille pour cent. Il l?est moins pour la collectivité. Les services des impôts n?ont, nous dit-on, perçu au titre de l?exercice écoulé, des 331 commerçants sur les 600 négociants que compte l?espace que 13 milliards de centimes. Eu égard au chiffre d?affaires engrangé par le souk qui dépasserait, nous dit-on, 2000 milliards de centimes, le manque à gagner du Trésor public est incommensurable. A Dubaï, le licite chevauche avec l?illicite qui brasse quotidiennement, et à la barbe d?un Etat qui ne touche pas un rond, des milliards. En ces lieux, les clients ont une gamme variée en vaisselle, produits d?entretien, cosmétiques, bibelots, lustres, tapis, vêtements, détergents, quincailleries, électroménager et divers autres effets. Les prix sont réellement imbattables car « exonérés » de TVA. Ici, la facture n?est ni exigée ni remise de facto. Celui qui cherche à connaître les dessous de ce procédé risque de se voir rabroué de manière peu élégante. Après plusieurs tentatives, un employé a daigné lâcher quelques bribes d?explication. « Certains patrons louent auprès d?une tierce personne le registre du commerce, achètent et vendent sans nullement être inquiétés. » Ces derniers, indique notre interlocuteur, utilisent les vendeurs à la sauvette pour l?écoulement d?une marchandise contrefaite. Lui demandant si des agents de l?inspection de la répression de la fraude ou des services de sécurité opèrent des descentes, il répond d?un ton teinté d?ironie : « Le contrôle est inefficace dans ce capharnaüm. Trahis par des fuites, les contrôleurs rentrent le plus souvent bredouilles. Les coups-de-poing de la police qui a, dernièrement, saisi 20 000 CD contrefaits sont conjoncturels... » Un commerçant s?en prend carrément à l?Etat : « Les draconiennes conditions d?importation et les hausses des taxes poussent les gens à tricher. En exagérant les impositions, l?état se transforme en raquetteur légal, ce qui est le géniteur de l?informel. » Cette situation arrange le commun des mortels, les habitués de Dubaï sont conscients que le produit est contrefait, ne répondant à aucune norme et peut même nuire à la santé, mais ils continuent à le fréquenter. « Notre pouvoir d?achat est ce qu?il est, sans ce marché, nous mourrons d?envie », rétorque un couple de Annaba venu spécialement pour faire des emplettes. Le commerce informel, qui prend les allures d?un phénomène déstabilisateur des équilibres de l?économie nationale, mérite réflexion. Qui est le premier à clouer au pilori : l?Etat, les barons de l?import-import, la crise économique, le fisc, les tricheurs fiscaux ? Difficile de répondre.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Kamel Beniaiche
Source : www.elwatan.com