
The morphine melody, du Marocain Hicham Amal, est une réflexion soignée sur la création artistique.The morphine melody, premier long métrage du Marocain Hicham Amal, projeté mardi au Théâtre régional Azzeddine Medjoubi de Annaba à la faveur de la compétition du 2e Festival de Annaba du film méditerranéen, peut porter un autre titre comme La symphonie des cris. Mieux, ce drame psychologique peut même avoir plusieurs autres titres tant la thématique est profonde et évolutive. A première vue, l'histoire paraît simple. De cette simplicité qui frôle la banalité.C'est celle d'un compositeur de musique, Saïd Ettayer (Hicham Bahloul), qui est renversé par une voiture. Le choc lui fait perdre la mémoire. Il retrouve ses souvenirs, mais ne se rappelle plus de ses compositions ni de la manière d'écrire des partitions. Son amnésie lui fait perdre sa notoriété. Nawal (Yasmina Bennani), son épouse, le qualifie de «loser» dans une interview alors qu'il était à l'origine de sa célébrité en tant que chanteuse. Dépressif, Saïd veut essayer les drogues dures pour faire dissiper le brouillard qui enveloppe sa mémoire Il doit, d'une part, affronter la pauvreté, supporter les cris continus de son père agonisant et tenter d'oublier l'ingratitude de Nawal.Saïd recolle les morceaux de sa mémoire au gré des situations. Le cinéaste a puisé dans le patrimoine musical classique européen pour évoquer les états d'âme de son personnage qui ne cherche qu'une seule chose : retrouver sa capacité totale à composer de la musique. Les compositions de Beethoven, de Mozart et de Verdi soutiennent une narration qui se fait par chapitres comme dans un roman ou par mouvements comme dans une symphonie. Chaque chapitre porte un titre.Hicham Amal, qui est visiblement dans une démarche d'expérimentation, utilise la technique du story telling, puise dans les formes du pop'art, joue avec les archives filmiques et iconographiques, brise la ligne temporelle du récit et s'appuie sur la bande son. Une bande son qui réécrit le film d'une manière incroyable. Autant que le montage qui donne beaucoup de rythme à la trame. Le spectateur est tenu de se concentrer sinon il perd le fil du récit. Le narrateur guide ce spectateur, le prépare à passer à la prochaine étape et lui lance des étincelles pour l'inviter aux questionnements sur le sens de la vie et des arts.Le flash-back est là pour raviver les souvenirs et rappeler que le film évoque une mémoire en faillite. Pire, une existence à la dérive ! La musique pour Saïd est un tout, une vie. Il suffit qu'un DJ connu l'appelle pour lui proposer un drôle de projet pour que le compositeur se rende compte que la musique, en tant qu'art raffiné, a perdu beaucoup de sa valeur dans le monde d'aujourd'hui. «La musique n'a jamais arrêté la guerre», dit le narrateur. Faut-il alors désespérer de la création musicale 'Ce n'est pas le propos de Hicham Amal qui suggère, par les cris douloureux du père mourant, que l'acte créatif est le produit d'une souffrance d'une âme qui peut être tourmentée, d'une blessure ouverte. Au-delà de la charge critique sociale et politique contenue dans le film, The morphine melody est un hymne à la musique et au cinéma. Les images montées et traitées du film rappellent les premières années du septième art. Un art qui vit l'âge digital sans rompre avec les racines du passé.i
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Fayçal Métaoui
Source : www.elwatan.com