
L'Entreprise de production de boissons d'Annaba (EPBP), dernière brasserie publique, est en cours de liquidation. Sur résolution du Conseil de Participation de l'Etat (CEP), l'ex-Brasserie d'Annaba a fini par être cédée au Groupe industriel public Batimetal.Or, il était initialement convenu que 66% des actifs de l'entreprise soient contrôlés par des nationaux contre une limite de 49% pour les étrangers, conformément à la règle des 51/49 relative à l'investissement impliquant des étrangers, avons-nous appris auprès d'ex-syndicalistes de la défunte EPBP.Outre Batimetal, étaient en lice le néerlandais Heineken, deux industriels privés intervenant dans la filière agroalimentaire (lait et pâtes), ainsi que M. H., le repreneur de la brasserie publique d'Oran (BAO). Et si l'Etat, à travers la holding Société publique de gestion des participations, conserves, jus et boissons alcoolisées (SGP Cojub), en avait, dans un premier temps, décidé ainsi, c'est bien aux fins de maintenir l'activité de l'usine, ainsi que la préservation des plus de 160 emplois.Or, il s'était avéré qu'il ne restait plus rien à sauver : l'usine qui produisait quelque 8 millions de bouteilles de bière/an, 200 hl/j, générant un chiffre d'affaires de plus de 10 millions de DA/j, est devenue l'ombre d'elle-même. Elle avait sombré dans une cessation d'activité totale, la bière, son produit phare, étant abandonnée depuis bien des années auparavant. Situation qui s'était traduite par l'amputation de 1/5 du nombre des effectifs que comptait l'entreprise en 2000 et la moitié de ce que chercherait à protéger le propriétaire (SGP Cojub). «Le GBA (Groupe boissons d'Algérie) qui était notre tutelle n'a rien fait pour sauver la dernière brasserie publique, les trois autres unités d'Alger et Oran déjà privatisées.Nous nous débattions seuls dans d'insurmontables difficultés financières», soulignent, avec dépit, nos sources syndicales, ajoutant : «Si notre entreprise s'était effondrée, c'est également du fait de la concurrence féroce qui s'était confortablement installée sur le marché depuis l'arrivée des deux grandes marques internationales. Les travailleurs et les dirigeants de l'entreprise avaient tout fait pour y résister, malheureusement ces deux géants ont fini par la dévorer. Etant une entreprise publique, nos installations, en fin de vie, avaient cédé face aux équipements ultrasophistiqués dont disposent les fabricants étrangers.Aussi, contrairement à nos désormais ex-concurrents, nous n'avions ni les moyens ni la latitude d'offrir des cadeaux de valeur ? des écrans plasma, réfrigérateurs, des voyages à l'étranger, des camions ou voitures de luxe à nos clients», précisent les mêmes sources. Une colère non moins profonde était perceptible dans les propos d'un groupe de travailleurs, parmi les moins de la quarantaine toujours sur le site, car maintenus par Batimetal : «En 2010, nous avions dû renoncer à la fabrication de la bière, notre produit phare, du fait de lourdes contraintes financières. Nous n'avions même pas de quoi remplacer le compresseur froid, maillon fort de la chaîne de fabrication qui était en fin de vie».Et nos interlocuteurs de poursuivre : «La concurrence, très rude, qui prévaut dans le marché de la bière avait fait le reste. Les deux mastodontes étrangers de la bière, qui figurent dans le top 10 mondial, ont réussi à s'emparer de la quasi-totalité de parts de marché, l'un d'eux contrôlant ce marché à hauteur de plus de 60%».C'est dire que malgré les prix étudiés appliqués (15 à 20% moins chers que le privé), la qualité de sa célèbre bière 100% bio, la «Bônoise», très appréciée par les amoureux des alcools légers et qui s'était même attiré une reconnaissance internationale, feue Brasserie d'Annaba n'avait visiblement pas pu résister au rouleau compresseur Castel-Heineken. Carrément laminée, elle a ainsi été chassée d'un marché où ses produits, en bouteilles retournables, occupaient une place de choix.Les deux géants internationaux ont décidément si bien «brassé» qu'ont été emportées, sur leur passage, les 4 brasseries publiques qui faisaient la force de l'industrie nationale de la bière. Et, avec la liquidation de la grande usine de Annaba, c'est la boucle qui est enfin bouclée ; ses semblables d'Oran, de Reghaïa (Alger) et d'El Harrach (Alger) sont déjà entre les mains des brasseurs privés qui se livrent une guerre sans merci, des intérêts titanesques en jeu.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Naima Benouaret
Source : www.elwatan.com