Le programme du 2e Festival national de la création féminine de Annaba est aéré et largement intéressant. Outre la compétition officielle qui se décline sous la forme de deux représentations par jour au Théâtre régional Azzeddine-Medjoubi de Annaba, et les deux spectacles ['la Robe blanche" du Théâtre national algérien Mahieddine-Bachtarzi, 'El-Khobza", de la compagnie Triangle de feu de la Protection civile de Dar El-Beïda (Alger)] présentés, samedi et dimanche, en hors compétition, des débats et des lectures de pièces théâtrales sont organisés, les matinées, au Théâtre régional de Annaba. La matinée de samedi dernier a été une occasion pour les amis et collègues de Wafia Belarbi (1933-1998) ' à laquelle l'édition de cette année est dédiée ' d'apporter un éclairage sur sa vie et son parcours.
Des témoignages qui ont permis de dessiner la personnalité de la comédienne. L'universitaire Djamila Mustapha Zegaï a animé, dimanche matin, une conférence intitulée 'la Femme en cinquante ans de théâtre algérien".
Depuis lundi et jusqu'au jeudi 7 mars, il sera question, les matinées à partir de 10h, de la lecture de pièces théâtrales. Bouziane Benachour, critique et journaliste (également membre du jury), a été le premier à inaugurer ce cycle, en présentant son tout dernier texte, 'Rassi w rassek" (qu'on pourrait traduire approximativement par rien que nous deux). Une pièce construite autour de deux personnages : Khelifa et Yamaha. Ce dernier nom a été choisi en hommage au supporter du CRB, assassiné durant la décennie noire. 'J'éprouve de la sympathie pour ce monsieur que je ne connais pas", signalera-t-il.
Il faudrait également rappeler que le choix des noms dans le travail de Bouziane Benachour a toujours une symbolique particulière. Khelifa et Yamaha, donc, se retrouvent dans un entre-deux. L'un descend d'une montagne, et l'autre la remonte. Entre eux naît un échange, un dialogue.
Même s'ils refoulent le passé parce qu'il semble lourd, ils évoquent le souvenir d'une femme. Suite à la lecture, un débat entre Bouziane Benachour et l'assistance a eu lieu. Brahim Noual, président du jury de la présente édition du Festival, a d'abord exprimé son point de vue en tant qu'universitaire, en considérant que l'écriture de cette pièce est 'à contre-sens de l'écriture de l'urgence, une écriture post-traumatique". Et de souligner l'influence de l'absurde sur l'écriture de Bouziane Benachour. M. Noual estimera ensuite que 'c'est un texte qui donnera beaucoup de lumière au théâtre algérien".
Le dramaturge a expliqué, en réponse à M. Noual : 'J'adore tout ce qui est théâtre après 1945. Je suis fou amoureux de Ionesco (et de ses contemporains), car c'est lui qui a exprimé le mieux l'homme, dans son sens philosophique." M. Benachour appuiera également que c'est la dimension humaine qui l'intéresse dans son travail.
Quant à la langue utilisée, elle est simple et complexe à la fois. Le style est épuré, et l'orateur a signalé, en réponse notamment à Omar Fetmouche, directeur du théâtre régional Malek-Bouguermouh de Béjaïa (également dramaturge et metteur en scène) : 'Je fonctionne à l'oreille et j'ai volontairement fonctionné à l'économie. Ce texte comporte 28 pages."
Bouziane Benachour qui, d'après le texte qu'il a lu, adore les ambiances pesantes, poursuit son exploration de l'âme humaine, de l'ambivalence des humains.
S. K.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Sara Kharfi
Source : www.liberte-algerie.com